DANS UNE GENERATION :
L’AUVERGNE, TERRE OUVERTE.
UN QUART DE SIECLE DE DEVELOPPEMENT DE L’ECONOMIE DU SAVOIR
ET DE GESTION DE NOUVEAUX PARADIGMES ©
Introduction
Les analyses présentement développées
sont directement issues de trois sources : notre Club du Futur, notre
Observatoire et bien évidemment les dossiers du RVN directement
consacrés aux analyses prospectives et à partir desquels
notre Fondation des Territoires de Demain se proposera d’accompagner
au quotidien les collectivités locales et acteurs territoriaux.
Nous avons retenu ici trois tendances lourdes en ce qui concerne :
1- les polarités futures de l’innovation et de la RDI
2- les villes de la connaissance
3- le tourisme de demain et les pratiques d’itinérance cognitive
Nous en présenterons à chaque fois une brève analyse
suivie de quelques axes concrets basés sur nos propres accompagnements
de projets.
I - L’innovation au sein du monde rural.
Il y a moins d’une décennie, nos collègues
normands évoquaient dans le cadre du mois des Villes Numériques
que nous avions organisé à la Cité des Sciences « Internet
sous les pommiers ». D’ici deux décennies, on
évoquera les centres de RDI du monde rural - comme le montrent
et vont commencer à le démontrer dans moins de deux ans
les opérations que nous accompagnons aujourd’hui.
Le rapport villes - campagnes ne pourront qu’en être profondément
bouleversés, de même que les paradigmes qui définissent
ce rapport, comme le montre d’ailleurs - malgré ses approximations
scientifiques notoires - le premier rapport de l’Observatoire des
territoires.
Il est donc essentiel de totalement reconsidérer à cette
aune les analyses traditionnelles sur la prospective du monde rural (celles
qui notamment avaient été développées de manière
hasardeuse à partir des statistiques de l’INSEE sur l’évolution
démographique auvergnate).
* Il y a trois ans, j’ai eu l’occasion de
développer pour le CROCIS une assez longue analyse où j’ai
montré combien la ville de petite taille était précisément
destinée - plus encore que d’autres - à être
l’un des vecteurs de l’innovation territoriale. L’évolution
ne fera à cet égard de la décennie à venir
que prolonger la décennie écoulée : souvent,
l’histoire des territoires aide à mieux esquisser leur avenir.
Nous avions ainsi eu l’occasion de rappeler que certaines des approches
de la ville de Stockholm - et de Kista, tout à côté
de la capitale suédoise - n’auraient de même aujourd’hui
pas la même force s’il n’y avait pas eu Ronneby, ou
encore Naestved au Danemark (Naestved qui elle-même a repris un
certain nombre de schémas élaborés par de petites
villes espagnoles).
* Le premier centre des nouvelles technologies va commencer
à sortir de terre au printemps prochain pas loin d’ici, en
Ardèche. Il peut à nos yeux tout à fait préfigurer
quelques-unes des traits du visage de l’Auvergne dans une génération.
Je souhaiterais donc prendre quelques instants pour vous l’évoquer
de manière à développer l’approche la plus
concrète possible.
Ce village hébergera des activités qui utilisent les NTIC
comme moyen clé de création de valeur ajoutée. Ces
activités s’exerceront principalement dans les domaines suivants :
recherche et développement en matière de commerce électronique,
services à distance, assistance à la personne, conquête
de marchés pour PME - TPE.
De tels villages regrouperont donc tout à la fois les entreprises
NTIC, les professions de services et du tourisme, les commerces nécessaires
au quotidien, les logements indispensables aux professionnels, chercheurs
et personnels qui pourront ainsi habiter et travailler sur place. Grâce
à sa qualité architecturale et environnementale (parcs,
jardins, étangs-piscines...), le village permettra des séjours
centrés sur la remise en forme, le sport, la santé
et le tourisme. Cet apport de clientèle amènera des
ressources supplémentaires en termes d’activités et
de commerces et une animation permanente, procurant ainsi une grande qualité
de vie aux professionnels des NTIC et des services.
Ce village a pour objectif fondamental de : faire venir
sur le site des entreprises d’activité internationale à
fort taux de croissance, créer des emplois de toutes qualifications,
créer des activités nouvelles sur un secteur qui vit actuellement
du textile et de la vigne, créer de nouvelles ressources.
Des logements et locaux « intelligents »
sont prévus afin d’apporter efficacité et confort
à leurs utilisateurs spécifiques. La qualité de vie
des chercheurs et personnels a été placée au centre
du concept. Pas de déplacements quotidiens - et donc moins
de fatigue, plus de temps disponible pour les loisirs et la famille, la
possibilité de déjeuner en famille à midi, le véhicule
non indispensable au quotidien contribuent ainsi à créer
un environnement professionnel enrichissant et gratifiant
Les infotechnologies deviennent de la sorte le cœur de métier
du village. Les entreprises et professionnels qui s’installeront
dans le village auront pour spécificité de travailler à
distance.
Quatre grands types d’activités sont concernés :
- 1. Prestations de services à distance : traduction, centres
d’appels, assistance bureautique, enseignement à distance,
création graphique, publicité, communication, conception
assistée par ordinateur, intelligence économique.
- 2. Recherche et développement : dans tous les domaines
ne nécessitant pas d’infrastructures lourdes : robotique,
intelligence artificielle, génie logiciel dans de nombreux domaines
(électronique, textile, agroalimentaire), prototypage virtuel,
simulation numérique, applications médicales 3D, maquettes
numériques.
- 3. Commerce électronique : vente de produits à
distance (le conditionnement et l’expédition pouvant être
réalisés sur un autre site); notamment : vins, logiciels,
cosmétiques, livres électroniques, voyages.
- 4. Infotechnologies et technologies de la connaissance : conseil
en systèmes d’information et réseaux, gestion de
bases de données, télémaintenance, sécurité
informatique, portails d’entreprises, édition de logiciels
CRM (customer relationship management), contrôle et sécurité
à distance.
Les innovations organisationnelles - qui seront de manière
générale celles de la génération à
venir - résideront d’abord en un CDS (Central de services)
qui proposera l’accès à des services extérieurs
spécialisés, ce qui permettra aux TPE et PME d’aborder
les marchés avec la capacité d’action des grandes
entreprises : prospection de marchés, partenariats avec des
entreprises étrangères, veille concurrentielle, accueil
des visiteurs venant de l’étranger, actions relationnelles
et événementielles multilingues, logistique pour les traductions,
interprétariat simultané, visioconférence, plateforme
de services NTIC pour TPE et PME, ressources de recherche et développement…
Un pôle d'accueil des entreprises NTIC et des services
communs permettra à des entreprises souhaitant s’installer
sur place rapidement de disposer d’une logistique d’installation
déjà prête : bureaux câblés, appartements
meublés, et tout ce qui est nécessaire pour être opérationnel
sur place dans un délai d’une dizaine de jours. Après
une mise en activité rapide l’entreprise pourra s’installer
dans une autre zone du village ou du pôle qui sera mieux en accord
avec la dimension qui lui est nécessaire.
Des services communs d'entreprise seront initiés
par le pôle en partenariat avec des opérateurs spécialisés
: entretien, secrétariat, restauration d'entreprise, sécurité,
surveillance, assistance bureautique, reprographie, salles de réunions,
équipement de projection et visioconférence
Une pépinière et un tutorat d’entreprises
permettront aux techniciens et spécialistes de créer leur
entreprise. Assistés par un « tutorat » émanant
de chefs d’entreprises expérimentés, ceux-ci bénéficieront
de services à tarifs préférentiels mis en place par
le CDS. Ces créateurs d’entreprises pourront progresser beaucoup
plus vite que s’ils étaient isolés.
Un service de prospection européenne et d'installation
des entreprises NTIC, financé et mis en place par le partenaire
privé, permettra de faire découvrir le village à
33.000 entreprises de l’Union Européenne. Les opérateurs
interprètes apporteront les réponses formulées par
le management. La base de données des 33.000 entreprises NTIC sera
mise en place après acquisition des fichiers qualitatifs spécifiques
et sera gérée en interne et enrichie en permanence.
Les campagnes de prospection comprendront : informations presse spécialisée
(Union Européenne et hors Union), salons professionnels (France
et étranger), e-mailings, réunions et réceptions,
information (France et étranger)
Plusieurs types d’avantages seront mis à
disposition des entreprises et des professionnels NTIC : loyers préférentiels
des activités innovantes et des habitations des professionnels
(au titre des premières années), équipements high-tech
du site : toujours à la pointe de l’innovation (très
haut débit…) et bien sûr apports du CDS pour l’efficacité
opérationnelle.
L’objectif est de faire venir dans un premier
temps sur le village 60 entreprises NTIC représentant 240 professionnels.
Au fur et à mesure que ces entreprises grandiront, elles seront
invitées à s’installer dans de bonnes conditions sur
d’autres secteurs de la zone Privas-Rhône et Vallées,
et seront remplacées dans le village par d’autres TPE.
Un nouveau marché est en pleine expansion :
celui des seniors, nouvellement retraités, qui souhaitent résider
plusieurs mois par an dans un bel environnement, sous un bon climat, avec
des installations de loisirs et de santé fonctionnant toute l’année,
mais avec aussi, très important, un voisinage jeune et actif.
Le village sera édifié dans un environnement de nature protégée
de 300 ha. : vignes, forêts, prés, champs. Son architecture
rurale traditionnelle s’intégrera parfaitement dans le paysage
qu’il protègera et mettra en valeur. Les vignes resteront
un élément typique du site.
Ce village symbolisera la vie ardéchoise traditionnelle associée
à l’innovation de demain.
Le développement durable sera naturellement placé
au centre du concept: eau, plantes, biodiversité, économies
d’énergie. Dans le premier village, les visiteurs découvriront
la « maison ardéchoise du développement durable »,
un exemple de création d’énergie renouvelable,
de récupération et recyclage de l’eau, de biothermie
et de climatisation naturelle.
On estime généralement qu’un emploi
NTIC génère, par le développement d’activité
et les besoins périphériques, deux emplois supplémentaires
à échéance de cinq à huit ans.
Le commerce, l’hôtellerie, la restauration, la remise en forme
et les activités touristiques amèneront une cinquantaine
d’emplois directs sur place. Tout comme les activités NTIC,
ces activités d’accueil et de tourisme génèreront
aussi des emplois indirects.
Au global, ce sont environ 1100 emplois directs et indirects de toutes
qualifications qui seront créés sur la zone à échéance
de cinq à huit ans.
II - L’Auvergne, territoires de la connaissance.
La Commission européenne nous a demandé il y a de cela deux
ans de présenter à Séville un tableau prospectif
de l’économie de la connaissance à l’horizon
des années 2020 (« L’Europe de 2020 : la
construction d’une économie territoriale de la connaissance »).
Nous y rappelions que dans l’ensemble des expériences, projets,
programmes et réalisations que nous suivons et que nous accompagnons
à l’échelle internationale, nous retrouvons la même
évolution forte relative aux rapports entre les territoires et
les savoirs et l’impérative nécessité pour
ceux-ci d’en assurer la gestion et la transmission. Ces rapports
se retrouvent ainsi dans tous les domaines de nos analyses prospectives.
Formuler une telle affirmation à Séville était aisé,
dans une ville que son plan de prospective définit comme ville
de l’innovation et de la connaissance et dont une partie du centre
historique s’est donné pour vocation de devenir dans les
années à venir un quartier de la nouvelle économie
de la connaissance.
Certains économistes évoquent d’ores et déjà
une société européenne de la compétitivité
par le savoir. L’expression peut certes déplaire, on le conçoit,
mais si l’on analyse avec soin le développement de certaines
stratégies territoriales, en Scandinavie et dans les pays baltes,
en Irlande, dans certaines régions d’Europe centrale ou d’Europe
méditerranéenne, nous pouvons d’ores et déjà
répondre à certaines interrogations relatives à l’Auvergne
: ce qui fait progresser les territoires européens en matière
de gestion numérique de l’information et de la connaissance,
ce sont - transcendant les technologies - les savoirs qu’elle possède
déjà en termes de structuration et d’intégration
des savoirs, et ce sans que les divers acteurs en soient véritablement
conscients. C’est la première vision, nous semble-t-il, de
la plupart des territoires du futur que nous pouvons avoir.
II - les villes de la connaissance
Une propective des programes de villes de la connaissance
On rappellera simplement que Munich et Berlin se disent
aujourd’hui volontiers Stadt des Wissens et que l’exemple
de Heidelberg s’avère à ce titre éminemment
significatif, de même que celui de Stuttgart. En Italie, Brescia
ou encore Bari entendent devenir Citta de la connoscenza. Ailleurs dans
le monde, nombreuses sont les stratégies qu’il convient ainsi
de suivre, sur le continent nord-américain (les villes ingénieuses
canadiennes, Austin au Texas, Monterrey au Mexique), en Amérique
latine (les villes chiliennes)…
Un premier axe prospectif de notre analyse doit donc prendre en compte
ce que pourront être, à l’horizon qui se trouve être
le nôtre ici, les orientations majeures de ces programmes. Il nous
faudra également prendre en compte ce que seront les futurs espaces
interrégionaux d’élaboration et de confluence des
savoirs ou encore, en d’autres termes, la configuration de la géo-économie
de la connaissance dont nous observons aujourd’hui la genèse.
Nous prendrons ici tout particulièrement en compte des exemples
espagnols.
La programmatique territoriale de l'économie de la connaissance
Toute esquisse de prospective territoriale se trouve
aujourd’hui centrée sur des espaces de gestion locale des
processus de capitalisation des savoirs et des connaissances :
1- des espaces virtuels de recension de toutes les possibilités
d’accès à la formation : il s’agit là
d’une mission majeure de l’ensemble des acteurs locaux, publics
et privés dont le développement plus ou moins importé
sera clairement conditionné selon collectivités et les régions
par une tradition plus ou moins forte d’intelligence territoriale.
On signalera ainsi que Villafranca est l’une des villes qui a pu
le mieux esquissé une telle démarche destinée à
être de l’ordre de l’évidence dans la décennie
à venir.
2- les actions municipales et régionales de formation qui seront
l’évidence même de la bonne gouvernance territoriale
de 2020 : former et former encore constitue aujourd’hui un
leitmotiv pour les collectivités territoriales les plus dynamiques :
Burgos Ciudad XXI prévoie des cours de formation pour les jeunes
en difficulté et leur permettre d’accéder aux infotechnologies,
des cours de formation aussi pour l’ensemble du personnel municipal.
Et il en est de même pour le plan Bilbao 2010 destiné avant
tout à conforter le programme d’apprentissage tout au long
de la vie mené par la municipalité. Grenade voit l’Institut
municipal de formation s’appuyer tout particulièrement sur
un centre des nouvelles technologies. Jerez de la Frontera, près
de Cadix, a crée dans le même esprit une bourse virtuelle
du travail, mais également un amphi virtuel de téléformation. Leon
Ciudad Digital porte de la même manière l’accent sur
les questions de formation, où les stratégies d’intégration
seront également à suivre dans le cadre d’un programme
tel que Ciudad Real : Ciudad empressarial virtual.
3- le repérage et la cartographie des savoirs faire à l’échelle
territoriale : la condition première de l’attractivité
économique d’un territoire réside, au-delà
de la formation et de la transmission des savoirs dans une connaissance
minutieuse des savoirs existants. C’est ce que nous appellerons
le processus de Mataro, qui en Catalogne s’est engagée dans
cette voie : nous aurons à l’analyser en détail
dans la suite de cet exposé.
4- la mise en place de dispositifs complexes mettant en œuvre des
externalités économiques vecteurs de polarisation des compétences
: si l’on reprend les deux mêmes exemples, c’est d’ailleurs
l’objectif que s’est fixé pour 2015 la ville de Burgos
autour d’une nouvelle génération de parc technologique
qui doit aider la ville à se transformer en cité de la connaissance.
Il en est de même de Zorrozaurre à Bilbao qui entend devenir
un espace d’implantation d’activités permettant l’utilisation
de services avancés, future ville à part entière
d’une ville de l’innovation et de la connaissance.
5- l’administration électronique comme processus d’accompagnement
de tels programmes : la dimension de l’administration électronique
locale de la ville de La Corogne se définit d’ailleurs en
fonction du programme « Coruna, ciudad del conocimiento »
qu’elle entend développer dans les années à
venir. Elche propose une dimension particulièrement intéressante
dans sa réflexion stratégique : elle conçoit
le champ de l’e-administration comme « instrument de
gestion du changement de modèle urbain ». C’est
dans cette optique d’abord que l’e-administration est amené
à constituer l’un des cadres futurs de tels programmes. Getafe,
dans la région de Madrid, souhaite ainsi viser une situation de
réelle compétitivité territoriale, avec surtout un
plan de qualité pour la gestion municipale.
6- les collectivités tentent de façonner leurs propres outils
de visibilité : si elles le font aujourd’hui peu et
surtout mal, la prospective territoriale aura à suivre leur élaboration
et leur développement progressif. C’est là que se
joueront les rapports futurs entre acteurs territoriaux et chercheurs,
domaine d’observation et d’analyse de notre Réseau
depuis maintenant cinq ans. Ainsi Sabadell, près de Barcelone,
au travers de son « plan pour la société de l’information
et de la connaissance », a ainsi crée une Fondation
des industries de l’information pour mette en place des formations
liées aux infotechnologies et capable de former les entrepreneurs
de demain, ceci parallèlement à l’Institut d’études
et de recherche appliquée qui développe des fonctionnalités
d’observatoire et de développement de projets innovants :
le plan Sabadell 2010 souligne que la ville numérique qu’elle
entend être viser la formation et la compétitivité
territoriale.
Une geo-économie d'espaces interregionaux de connaissances
Au-delà, ce sont également des espaces
régionaux et interrégionaux de connaissances qu’il
convient de créer pour faciliter transferts technologiques et mutualisation
d’outils. Une stratégie qui entend se situer par rapport
à l’action de réseaux tels que ceux construits par
des quartiers apprenants qui aujourd’hui permettent à de
nombreuses collectivités européennes de travailler et de
réfléchir ensemble dans leurs programmes de villes intelligentes
ou de cités-savoir.
Il faut ainsi songer à ce que sera la Hanse numérique dans
le Nord de l’Europe - de Bergen à Tallin - ou encore les
constructions territoriales ultrapériphériques de la Communauté
européenne sous l’égide notamment des Canaries qui,
de Tenerife à Las Palmas, semblent destinés à devenir
très bientôt des territoires d’expérimentation
et d’interface de mise en œuvre de tels modèles à
l’échelle atlantique.
Quid dans un tel contexte de l’écosystème territorial
auvergnat ? Je vous propose que nous évoquions cette question
au moment de notre discussion de cet après-midi.
Les dispositifs territoriaux d'aide au savoir et d'itinerance cognitive
Nous avons récemment analysé la manière dont divers
outils - dont notamment les technologies de géolocalisation et
de marquage de l’espace - permettent le développement de
formes d’apprentissage continu au travers de dispositifs mis en
place à l’échelle des territoires, et ce en partant
notamment de récentes expérimentations menées en
Europe du Nord.
A - Les futures services d'aide au savoir
Il s’agit ici plus qu’ailleurs encore de
prendre en compte une projection des demandes, en s’appuyant notamment
sur les vecteurs d’évolution à long terme des horizons
culturels pris en compte. Les travaux du Centre de Recherche en Economie
et Gestion de l’Université de Rennes ont montré d’ailleurs
combien l’intellectualisation de nos productions conduit à
développer un lien de plus en plus étroit entre recherche,
développement, innovation, éducation, connaissances, connaissance
partagée et production de biens et de services et que les multiples
dimensions de ce phénomène ont conduit à un réel
renouvellement théorique de l’analyse économique.
1- Des demandes d’abord largement issues du nouveau statut
de l’image
L’apparition d’un nouveau statut de l’image explique
par exemple parfaitement certaines de ces demandes, l’image apparaissant
de plus en plus anthropomorphique, « embarquée »
et bien évidemment omniprésente et surtout caractérisée
par son ubiquité. De manière plus générale,
la crise de la représentation que nous vivons et dans laquelle
- plusieurs études récentes le soulignent - les images,
support majeur s’il en est de notre « héritage »,
finiront par ne plus représenter qu’elles mêmes et
par être à elles-mêmes leur seul message. Il ne faut
pas à cet égard oublier les implications, économiques
souvent très concrètes des nouvelles images et l’apport
des neurosciences par exemple à « l’anthropologie »
des images.
Au-delà en effet des images véhiculées par les outils
de la mobilité par exemple ou les écrans de la ville, l’image
se définit aussi comme une représentation commune de la
réalité et à ce titre le rôle qu’elle
joue dans la coordination des connaissances individuelles est amené
à former l’un des processus majeurs à l’œuvre
dans le nouvel horizon économique.
Ce qui est très probablement en jeu pour l’essentiel, ce
sont les mécanismes d’acquisition, de création
et de coordination des connaissances, ainsi que - certains prospectivistes
l’oublient trop - les mécanismes d’évolution
des organisations reposant sur la croissance cumulative des connaissances :
le concept d’image met également en avant le fait même
qu’à toute situation doit être conféré
un sens.
L’innovation met ainsi en scène la création d’images
d’événements futurs permettant de guider l’action.
C’est par là-même toute une définition de la
gouvernance qui se forge : « innovation et production
de connaissance dépendent de l’interprétation sociale
de la situation. Cette interprétation sociale de la situation contribue
à déterminer un plan d’action ».
Tout responsable se doit ainsi d’exercer un véritable leadership
cognitif « afin d’aligner les cadres interprétatifs
des acteurs ». L’image qu’il déploie permet
de faire de l’institution un dispositif cognitif collectif, ce qui
fait qu’au-delà des dimensions formelles et incitatives le
pouvoir sera donc amené toujours d’avantage à revêtir
des dimensions cognitives.
2- Le rôle des communautés intensives en connaissances
C’est au travers de ces communautés que la génération
à venir se situe potentiellement au cœur d’une nouvelle
culture de la croissance. Ces communautés apparaissent comme de
nouvelles formes de coordination efficace dans les organisations sous
forme de structures informelles et des systèmes d’échange
coopératif volontaire supportant les processus de création
et de diffusion des connaissances organisationnelles.
Les entités publiques ou privées devront ainsi apparaître
comme un faisceau de ressources dont la logique économique ne sera
plus tant l’allocation de ressources que la création de ressources.
Elles auront à mettre en place les conditions d’une réelle
confiance cognitive et l’élaboration de véritables
codebooks de langages communs afin de permettre une vraie approche cognitive
de l’action des entreprises et entités publiques ou privées
concernées, coopération qui, avec ses modèles mentaux
partagés et ses dispositifs cognitifs collectifs, vise à
favoriser la création de nouvelles connaissances individuelles
par un ensemble d’interactions entre individus, une approche qualifiée
par les économistes de transactionnelle ou communicationnelle.
Si dans le cadre d’une économie fondée sur la
connaissance, il est usuel de parler d’organisations apprenantes,
produisant et utilisant de la connaissance, insérées dans
des réseaux d’échanges de savoirs, les approches traditionnelles
des organisations ont assez largement négligé ces aspects
en réduisant la connaissance à de l’information. Dans
ce sens, les institutions devront se transformer en dispositifs cognitifs
collectifs.
3- Les immatériels du secteur public
Il convient de souligner le rôle futur des infrastructures
immatérielles nécessaires pour une bonne gouvernance territoriale.
Les services que le secteur public et politique offre, les politiques
qui y sont conduites seront ainsi de plus en plus appuyés par la
connaissance scientifique, une documentation statistique et qualitative
de sujets, un débat, bref des connaissances accumulées et
accessibles sans coût que l’on peut appeler les immatériels
du secteur politique et publique qui évolueront en permanence tant
en gamme qu’en qualité et en utilité sociale. Sans
connaissance commune des affaires publiques, il ne pourra y avoir de bonne
gouvernance : pour concevoir à l’entrée et suivre
et réformer ensuite, les concepteurs politico-administratifs auront
besoin de plus de connaissances.
Si l’on utilise la formulation de la bonne gouvernance à
partir naturellement de sa racine grecque originelle de kybernan et si
l’on confère tout leur poids historique aux systèmes
de valeurs et de représentations qu’il véhicule, celle-ci
apparaîtra inexistante sans une réelle mobilisation des immatériels
du secteur politique et public, en termes d’évaluation par
exemple et les élus devront associer de plus en plus
à leurs choix la réflexion préalable, la recherche
du modèle de l’action préférable, l’écriture
des diagrammes logiques d’impact, les tests de réussite.
Reposant d’avantage sur des savoirs, les politiques publiques européennes
devront également se faire les vecteurs d’un large apprentissage que
les nouvelles évaluations de politiques publiques et des programmes
peuvent permettre à tous d’apprendre : il faudra donc
renforcer l’évaluation moderne dans une démarche d’apprentissage
collectif des politiques.
B - De nouvelles declinaisons de l'itinerance cognitive
1- Des rapports avec notre environnement connotés
par des savoirs
Tout notre environnement s’apprête donc à
se faire pourvoyeur de connaissances. Il en est de même des multiples
écrans parsemant nos villes, des écrans qui auront donné
naissance à de nouvelles applications ou à de nouvelles
générations de machines portables, écrans "dépliables"
et "journaux électroniques enroulables" et voir généralisés
sur les vêtements ou les emballages de certains objets.
2- Un environnement constitué de strates d’espaces
et de flux informationnels
Les espaces intelligents qui se créent autour
de nous au travers notamment des technologies sans fil et qui nous offrent
une sorte d’Internet ambiant qui se transforme la ville en
espace de radiofréquence et de réseaux omniprésents.
Une ville amplifiée en quelque sorte par l’intrusion d’espaces
informationnels multiples. Nous sommes aujourd’hui en mesure de
créer une possibilité de rencontre entre les strates d’informations
qu’est par essence un monument (ses strates chronologiques et symboliques
par exemple) et les flux d’informations contemporains, véritable
allégorie de la construction identitaire.
On a ainsi tout particulièrement pu mettre l’accent récemment
sur des expériences permettant à tous ceux qui fréquentent
un espace urbain d’annoter leur environnement, de lui conférer
un sens personnalisé, se transformer en auteur en se servant de
cet environnement, de se voir auteurs et de vouloir et d’être
au départ d’un processus de construction de connaissances.
Bref de rechercher et de fournir informations et renseignements.
Les récentes expérimentations menées par exemple
à Londres au cours de ces derniers mois montrent ainsi ce que pourra
être par exemple la mobilisation des résonances cognitives
des environnements urbains.
3- De nouvelles demandes face à une recherche
territorialisée
L’exemple d’une kennistadt hollandaise s’avère
à cet égard significative : déjà connue
pour son "projet pilote fibre" qui ambitionne de connecter toute
la ville en fibre optique, une municipalité de la banlieue d'Amsterdam,
Almere, vient d’annoncer une sorte de première mondiale :
la création de la "première grille de calcul hétérogène
municipale" afin certes de répondre aux besoins des
entreprises et laboratoires publics installés sur le territoire
et mettre à disposition de ces laboratoires les capacités
inexploitées des ordinateurs reliés à son réseau
très haut débit (100 Mb/s), de susciter naturellement aussi
une prise de conscience collective des potentialités du haut débit,
mais surtout d’associer les habitants de la ville aux travaux des
chercheurs. On imagine les habitants d’un quartier ou d’une
ville suivre en ligne les travaux sur le patrimoine local, sa restauration,
son aménagement, son animation…, mais aussi naturellement
tous ceux qui peuvent être intéressés à des
titres divers et ne manqueraient souvent pas de se rendre sur place.
4 - La créativité des territoires
Le rôle de la création et de la créativité
à l’échelle des villes et territoires de demain constitue
un vecteur majeur dans le processus contemporain de développement
d’une économie de la connaissance précisément
basée sur le leadership créatif. Il ne s’agit en effet
pas seulement ici d’évocations sémantiques et d’une
approche nouvelle de la gestion entrepreneuriale : l’un des
enjeux réside en effet dans le défi de nouveaux vécus
des réalités territoriales et des stratégies de l’innovation
qui sont sur le point de bouleverser nos villes et régions.
C’est en démultipliant ces démarches territoriales
et ces best practices au travers notamment de projections sur les besoins
locaux sur les deux prochaines décennies que l’on pourra
contribuer très concrètement à mieux percevoir la
situation d’une région comme l’Auvergne en 2030 et
surtout à construire cette vision à laquelle tendent les
travaux de l’Institut de Prospective de Séville et sur laquelle
se focalisent également les efforts de notre Réseau.
C – La cartographie de la connaissance : le processus de Mataro
Elle sera évidemment centrale dans l’économie
de la connaissance d’une région comme l’Auvergne.
La gestion territoriale des connaissances dans les collectivités
à l’horizon 2020 - 2030 est amenée à s’appuyer
sur des processus spécifiques dont certains ont déjà
fait l’objet de premières applications. Il nous semble donc
intéressant d’en évoquer l’une des plus pertinentes
au regard de nos propres recherches.
La démarche de la petite ville de Mataró en Catalogne nous
semble de la sorte parfaitement résumer l’une des concrétisations
territoriales possibles des stratégies de Lisbonne, au point qu’au
sein de notre Réseau, nous avons baptisé cette démarche
le processus de Mataró.
Rappelons en les origines : la Fondation Tecnocampus Mataró
avait organisé il y a trois ans de cela un colloque « usagers
et réseaux créateurs de la nouvelle ville » qui
évoquait les horizons ouverts par la gestion urbaine en réseau.
Avec une équipe d’économistes de l’Université
Polytechnique de Catalogne, ce séminaire a par la suite permis
de modéliser un certain nombre d’axes de développement
de la ville en la matière.
La ville de Mataró s’était placée d’emblée
sous l’égide d’un plan directeur qui entend en faire
une ville de la connaissance, capable d’exploiter pleinement le
capital intellectuel de la ville et de son territoire comme source principale
de richesse, de prospérité et de croissance future. A été
utilisé à cette fin une modélisation économique
qui se traduit par la création et la gestion d’une plate-forme
de connaissance, ceci à partir notamment des micro-clusters existants
dans la cité.
Ce processus se base en effet sur cinq points majeurs :
1- la vision issue de l’analyse des potentialités existantes
à partir d’entrevues avec des personnalités de la
ville, dans des domaines tels que les sciences de la vie, les sciences
sociales, la planification urbaine, la gestion des entreprises, de manière
à ce que puissent être développés de véritables
champs d’attractivité.
2- l’identification des activités essentielles capables de
mener à terme une telle vision à travers des actions et
projets forts
3- l’identification des compétences essentielles pour accomplir
ces actions et ces projets
4- le choix des indicateurs pour chaque activité et chaque compétence
essentielles,
5- l’assignation de ces indicateurs à chacune des grandes
catégories intellectuelles (capital humain - avec notamment les
valeurs culturelles de la ville -, capital des structures - laboratoires,
systèmes de gestion, structures organisationnelles…-, capital
marchand - éléments de compétitivité -, capital
de rénovation et de développement et enfin capital de l’ensemble
des démarches engagées.
La finalité d’une modélisation globale consiste ainsi
à mesurer et gérer le capital intellectuel de chacun des
micro-clusters présents sur le territoire, ceci à travers
notamment un processus de benchmarking de leur capital intellectuel spécifique
qui permet par exemple d’obtenir un index de confiance globale.
L’application du modèle amène de la sorte à
une vision stratégique du développement de la ville, de
la cohésion sociale (où la vie associative est amenée
à jouer un rôle de tout premier ordre) et des possibilités
de croissance économique durable. Les responsables de la collectivité
peuvent ainsi juger de l’importance des vecteurs culturels, de la
créativité et de l’innovation, véritables piliers
du développement urbain futur et des capacités de compétitivité
du territoire du fait même de ses actifs intangibles. Le rôle
de tels facteurs se voit naturellement démultiplié par les
infotechnologies.
Un modèle spécifique implique l’ensemble des micro-clusters
(et leurs potentialités face à de nouvelles productions
émergentes), aux côtés de la plate-forme globale des
capacités intellectuelles de la collectivité ; la gestion
commune de ces deux composantes du capital de la ville s’appuie
notamment sur des démarches de benchmarking des potentialités
d’autres collectivités. On aboutit ainsi à un système
de support décisionnel, un système d’information et
d’aide aux décisions stratégiques des élus
et aux choix de financement, un point de départ aussi pour les
investigations ultérieures accompagnant une telle stratégie
de construction d’une ville de la connaissance.
Il en sera de même pour ce qui est du développement des centres
de la connaissance, des centres d’inspiration comme en Finlande
et des nouveaux réseaux sociaux basés sur la diffusion du
savoirs.
Mais qu’entend-t-on par là? C’est dès aujourd’hui
la démarche de l’Estrémadure qui nous éclairera
le plus.
D – Les centres de la connaissance
C’est en 1999 que fut crée le projet des
Centres de connaissance au travers d’un projet pilote de six collectivités
territoriales de la région - il en existe quarante aujourd’hui
-.
Ce projet fut en réalité la résultante d’un
projet antérieur – INFODEX (Stratégie Régional
de sociedad de la Information) - qui était né en 1997 avec
pour objectif d’analyser les possibilités de la région
pour mettre en œuvre les applications des technologies de l’information
et de la connaissance en vue de la modernisation des activités
productives, l’amélioration des services proposés
aux habitants, la réduction des différences entre zones
urbaines et rurales et bien évidemment la mise en œuvre des
potentialités offertes par toute zone frontière.
Les groupes de travail de chacun des centres s’organisèrent
ainsi en fonction des intérêts des utilisateurs des divers
lieux - qu’il s’agisse d’entrepreneurs, de jeunes, d’un
public plus âgé, de femmes, d’associations, de handicapés.
Au-delà de l’accès de l’ensemble des habitants
d’un territoire aux infrastructures et aux contenus numériques,
l’objectif de la démarche réside aussi bien dans la
promotion du développement d’initiatives autonomes qui ouvrent
à tous les possibilités offertes par l’économie
du savoir.
Aussi, aux côtés de la Junta, participent à la démarche
l’Association régionale des Universités Populaires
et tous les organismes - depuis le niveau régional à l’Union
Européenne - chargés d’éducation, de formation,
de transfert de savoirs et surtout du partage et de la dissémination
de la culture scientifique et technologique.
L’alphabétisation technologique en Estrémadure, c’est
aussi bien:
* défendre la culture locale et régionale, le partage donc
de la mémoire commune à travers la constitution d’une
immense bibliothèque de l’expérience et de la mémoire
du territoire et de ses habitants
* développer les compétences et les capacités entrepreneuriales
nécessaires pour affronter les défis des mutations économiques
des années à venir
* générer un espace de rencontre sociale - physique aussi
bien que virtuelle - et créer une valeur ajoutée
* créer des réseaux de collaboration entre institutions
entreprises, associations et personnes présentant des affinités
communes - de vrais réseaux sociaux donc –
* donner naissance à des manuels de bonnes pratiques en tous domaines,
notamment en matière d’alphabétisation technologique…
Un projet donc qui, offrant de réelles opportunités économiques,
sociales et culturelles à chacun, préfigure bien ce que
seront les centres de connaissance – physiques aussi bien que virtuels,
temporaires aussi bien que permanents – répartis dès
la décennie à venir sur l’ensemble des territoires.
La Junta d’Extremadura a d’ores et déjà développé
à cette fin de multiples outils pour notamment générer
et développer des contenus en ligne.
* Intranet : Red Corporativa Extremeña
* RTE: Red Tecnológica Educativa
* Feval: Plataforma de Comercio electrónico
* Vivernet: Viveros de Empresa en la Nueva Era
* Plan d’alphabétisation technologique de l’Estrémadure
: NCC et Integrared
* Portal Extremadura.org : portail de la société de l’information
et de l’éducation
* Théâtre pour tous
* L’élaboration d’une méthode d’apprentissage
de la langue espagnole pour les lusophones comme contribution à
l’administration en ligne
* Web institucionnel de la Junta
* Todoweb
Il s’agit en tout cas de toujours provoquer synergies, partenariats
et coopération entre le secteur privé et public (E-Estrémadure).
Il s’agit aussi de gérer des projets européens (Econtent).
L’objectif aussi est de mettre en place une société
locale de la connaissance : Publication électronique “enred”.
Il faut enfin aussi de mettre en perspective les défis mêmes
d’une économie du savoir (au travers d’analyses prospectives,
au travers de la mise à disposition par les autorités régionales
d’une bibliothèque de la société de l’information).
La méthodologie du projet se base sur un certain nombre d’axes.
Il s’agit de permettre à chacun de s’approprier le
futur de son territoire, de faire siennes toutes réflexions et
analyses proposées à ce propos : il s’agit là
d’une sorte de contrat social proposé par la Région.
Il s’agit également d’amener tous les habitants à
s’accorder sur des objectifs économiques communs. Chaque
projet doit refléter la contribution des habitants. Des débats
sont lancés pour ce qui est de la méthodologie et des technologies
à mettre en œuvre pour atteindre les objectifs fixés…
La démarche consiste à motiver, donner des compétences
et aider à organiser.
En définitive, il faut aider chacun à mieux connaître
telle ou telle composante du contexte territorial et tenir compte de ses
contraintes.
Tous les habitants peuvent contribuer à la démarche au travers
de : centres de la connaissance itinérants, publications en ligne,
diffusion de visioconférences, organisation d’expositions
virtuelles, radios en ligne, albums photographiques, journaux en ligne,
wikipédia territoriaux, suivi de fêtes d’intérêt
touristique, valorisation de chansons populaires, ceci sans oublier les
immigrants en Estrémadure, les émigrants d’Estrémadure,
les outils destinés au développement entrepreneurial, les
associations de voisins en ligne et des projets comme REDMIL, AGRORED,
GASTRONOMIA de Extremadura sur Internet et de manière générale
le Web et le Développement Durable.
E - Le paradigme de Poblenou
Ce que nous appelons le paradigme de Poblenou définit
le quartier de la connaissance tel que nous le connaîtrons dans
une génération.
La compatibilité et l’interopérabilité des
usages sera de plus en plus la réponse des urbanistes à
la complexité qui caractérise l’économie de
la connaissance au travers de la mise en place d’infrastructures
de la connaissance, vue la propension de l’économie de la
connaissance à utiliser l’intelligence comme principale ressource
productive. Architectes et urbanistes devront en effet de plus en plus
répondre à la nécessité d’améliorer
les conditions de transmission de connaissances entre le système
d’éducation et de recherche et le système productif
et utiliser pour cela leur champ d’intervention, l’espace
urbain. C’est ce qu’illustre aujourd’hui le chantier
de Poblenou à Barcelone.
Dans le cas de Barcelone, c’est également, au-delà
des ambitions économiques qui caractérisent la ville, la
dimension culturelle qu’il convient de relever tout d’abord
dans l’objectif que s’est clairement fixée la capitale
catalane : faire de la ville l’un des hauts lieux de convergence
des flux d’une nouvelle culture numérique et y assurer un
« accès intelligent » pour tous qui y vivent
et y travaillent. Le suivi de telles ambitions correspond à un
réel travail d’accompagnement des regards prospectifs qui
guident maintes stratégies de la ville. La transmission d’une
information qui puisse se présenter réellement sous une
forme interactive constitue l’un des objectifs majeurs du plan stratégique
de Barcelone Métropole. Les objectifs qu’elle s’est
donnée en la matière ne souffrent guère d’ambiguïté :
« Barcelone, est-il en effet écrit dans le troisième
plan stratégique, doit s’identifier comme un territoire d’innovation
constante ». On y rencontre donc certes les nécessités
de l’alphabétisation en matière de connexion électronique,
mais aussi et surtout un plan de recherche en partenariat avec les universités
pour renforcer la création d’une société locale
de la connaissance, l’élaboration d’outils destinés
au suivi d’une telle construction territoriale et même la
création d’un « diseno urbano » basé
sur les infotechnologies et qu’illustre bien la transformation d’un
quartier de l’époque industrielle - Poblenou - en quartier
du savoir, de la créativité et du transfert de technologie
qui s’y veut omniprésent au travers de la création
de centres adéquats permettant la création d’entreprises
à partir de technologies innovantes et surtout le soutien de projets
permettant de créer des usages applicatifs à partir des
laboratoires de recherche.
La ville est destinée à être non seulement un centre
d’échange de biens, mais aussi un forum pour l’échange
d’idées et un espace où l’on peut générer,
diffuser et appliquer de la connaissance et ce notamment au sein d’espaces
dans lesquels se déroulent des activité de création
et de divulgation dans le domaine technologique et où se trouve
facilitée la relation entre universités, centres technologiques,
centres de recherche et activités productives en une concentration
d’activités qui favorisent l’interactivité.
La ville de demain est une ville d’interactivité spatiale
propre à accueillir de telles activités denses en connaissance :
infotechnologies, recherche, design, édition et industries culturelles
et multimédia.
Ces espaces de ville complexe auront ainsi à déployer des
systèmes d’incitation. Pour favoriser la présence
de ces secteurs, il aura à les identifier, à les mettre
en relation, à établir des mécanismes d’actualisation
au fur et à mesure que de nouvelles activités s’incorporent
à l’espace économique. De nouvelles conditions d’utilisation
de l’espace public et de l’espace privé se dessinent,
avec des infrastructures hautement compétitives adaptées
aux requis urbanistiques, économiques, sociaux et environnementaux.
Les outils de l’ubiquité marquent d’ores et déjà
certaines pratiques relatives à l’économie d’espaces
devenus « intelligents » (de Kobé à
Séoul) et sur lesquels il nous semble impératif que les
territoires puissent exercer un vrai travail de veille afin qu’elles
puissent en suivre avec les habitants les principales évolutions.
Les territoires dont on souligne traditionnellement l’enclavement
seront bien évidemment les premiers concernés par des usages
naissants.
Les espaces intelligents qui se créent autour de nous au travers
notamment des technologies sans fil et qui nous offrent une sorte d’Internet
ambiant décliné à l’échelle de la cité
transforment celle-ci en ville de la radiofréquence et des réseaux
omniprésents, en territoires amplifiés en quelque sorte
par l’intrusion d’espaces informationnels où se
rencontrent par exemple les strates de connaissances qui forment par essence
un monument ou une œuvre d’art et les flux d’informations
contemporains. Une rencontre qui constitue une véritable allégorie
de la construction identitaire territoriale dont un touriste par définition
est en droit de s’enquérir. On a ainsi tout particulièrement
pu mettre l’accent récemment sur des expériences permettant
à tous ceux qui fréquentent un espace urbain dans les décennies
qui viennent d’annoter leur environnement, de lui conférer
un sens personnalisé, de se transformer en auteurs en se servant
de cet environnement, d’être au départ d’un processus
de construction de connaissances. Bref de rechercher bien évidemment,
mais aussi de fournir informations et renseignements à partir des
savoirs et des regards marqués par son propre horizon culturel
III - Une activité majeure de l’économie du savoir
auvergnate : le tourisme de la mémoire et l’itinérance
cognitive.
Le tourisme de demain était la grande préoccupation
de la récente présidence luxembourgeoise de l’Union
européenne : nous a été demandé alors
une étude prospective en vue de la rédaction d’une
charte du tourisme culturel. Ses principales conclusions s’appliquent
parfaitement à l’Auvergne.
A l’heure où la gestion de l’identité et de
la mémoire se transforme en enjeu décisif - dans le domaine
notamment d’une mobilité individuelle qui relève toujours
davantage d’une itinérance cognitive -, il convient d’adopter
un regard résolument prospectif sur les horizons technologiques
porteurs de nouveaux paradigmes de création et de management des
savoirs. Il convient donc, pour aborder les questions relatives au tourisme
culturel, de souligner les récentes analyses des économistes
en la matière, de même que celles portant sur le nouveau
statut de l’image et l’apport des neurosciences à leur
anthropologie. Il faut également tenir le plus grand compte de
l’utilisation des technologies de géolocalisation et de marquage
de l’espace dans la mobilisation des résonances cognitives
des environnements patrimoniaux et les nouvelles formes de tourisme de
la mémoire.
On sait aujourd’hui l’importance pour les collectivités
locales européennes, au cours de la décennie à venir,
du développement d’une économie de la connaissance
où les acteurs territoriaux se verront confrontés à
de multiples défis : mise à disposition des habitants
de portails locaux de formation, création de nouveaux lieux de
transmission de savoirs sous l’égide des villes et collectivités,
gestion de l’identité territoriale et développement
d’un tourisme de la mémoire au travers de ses référents
patrimoniaux, accompagnement de nouvelles formes de sociabilité
cognitive au travers de l’utilisation de produits numériques
nomades et de technologies comme celles de la géolocalisation…
Les territoires qui s’avèrent en effet en mesure de multiplier
les externalités permettant le développement de pôles
de compétences sont ceux pour lesquels la priorité réside
dans ces nouveaux rapports des territoires au savoir et à la création
et dans une vraie gestion territoriale des connaissances.
A - Tourisme culturel et économie de la connaissance
Un regard prospectif sur le tourisme de demain et ses
référents patrimoniaux et culturels ne peut que s’insérer
dans la problématique de l’émergence d’une économie
de la connaissance et donc de nouvelles stratégies territoriales
de gestion des savoirs.
De nouveaux horizons pour les démarches de valorisation territoriale
apparaissent aujourd’hui, qui seront autant de vecteurs clefs d’ici
une génération
De nombreux responsables culturels négligent le lien de plus en
plus étroit entre recherche, développement, innovation,
création, éducation, connaissances, connaissance partagée
et production de biens et de services [3] et ignorent souvent l’apport
de structures informelles qui peuvent permettre des synergies efficaces
entre tous les acteurs. Maints acteurs culturels se privent également
d’outils précieux en oubliant les implications souvent, très
concrètes, des nouvelles images ou encore l’apport des « neurosciences »
par exemple à l’anthropologie des images patrimoniales.
Du verre intelligent à l’apprentissage tactile de l’architecture
Il nous faut prendre en compte aussi : les nouveaux rapports entre
l’aménagement des espaces publics [4] et des supports informationnels
basés par exemple sur la connexion à Internet sur de grandes
surfaces de verre (grâce à l’utilisation des ondes
sonores), l’utilisation de modèles architecturaux virtuels
[5] (au travers notamment des travaux au cours de ces deux dernières
années de l’Institut Herz à Berlin).
Ces développements technologiques permettent de revisiter non seulement
un siècle et demi de regards artistiques sur les territoires, mais
aussi le rapport de l’héritage culturel au développement
économique contemporain.
B - De nouvelles formes d’exploration de la mémoire d’une
ville ou d’un territoire.
Tous les prospectivistes sont unanimes : la mobilité
individuelle relèvera toujours davantage d’une itinérance
cognitive : l’impact territorial des technologies de la mobilité
et de ces nouvelles formes d’itinérance se trouvent aujourd’hui
largement expérimentées en Europe (notamment à Londres
et à Helsinki, à Venise et à Alcala de Henares très
prochainement).
Plusieurs expérimentations récentes nous permettent ainsi
de nous démarquer d’un certain nombre de vieux schémas
d’analyse, en évoquant notamment les réflexions prospectives
aujourd’hui en cours, dans le domaine notamment de l’utilisation
des technologies de géolocalisation et de marquage de l’espace
dans la mobilisation des résonances cognitives des environnements
patrimoniaux.
Les espaces intelligents qui se créent autour de nous au travers
notamment des technologies sans fil et qui nous offrent une sorte d’Internet
ambiant décliné à l’échelle de la Cité qui
se transforme en ville de la radiofréquence et des réseaux
omniprésents. Une ville amplifiée en quelque sorte par l’intrusion
d’espaces informationnels. Une possibilité de rencontre aussi
entre les strates d’informations qu’est par essence un monument
ou une œuvre d’art et les flux d’informations contemporains,
véritable allégorie de la construction identitaire.
On a ainsi tout particulièrement pu mettre l’accent récemment
sur des expériences permettant à tous ceux qui fréquentent
un espace urbain d’annoter leur environnement, de lui conférer
un sens personnalisé, se transformer en auteur en se servant de
cet environnement, de se voir auteurs et de vouloir et d’être
au départ d’un processus de construction de connaissances.
Bref de rechercher et de fournir informations et renseignements.
Un réseau de réflexion qui développe aujourd’hui
un important programme de recherche autour des développements potentiels
des matrices sociales - Proboscis - est parti de l’idée de
ce que des technologies sans fil pouvaient créer en matière
de géographie sonore urbaine. Il s’agit au fond de cartographier
l’expérience que font au quotidien ceux qui parcourent une
ville et qui cherchent à établir un lien entre ce qu’ils
font au quotidien - dans leur travail économique, politique, culturel…-
et ce qui se passe, se pense, se commente autour d’eux. S’enrichir
et enrichir ce que pensent et savent ceux qu’ils côtoient
de ce qu’ils croient savoir et penser eux-mêmes. Ce sont en
fait des géographies sonores que Proboscis expérimente.
Le projet Urban Tapestries permet ainsi de créer un nouveau paysage
urbain : il nous rend tout à la fois archéologues de
nos environnements, mais aussi contributeurs à leur développement,
en ouvrant des espaces d’enquête dans l’épaisseur
des expériences de la ville : le projet permet aux usagers
d’annoter leur propre ville virtuelle, permettant à la mémoire
collective de la communauté dans laquelle ils se trouvent de croître
quasi-organiquement, en permettant aux citoyens ordinaires d’enchâsser
un savoir social dans le nouveau paysage sans fil de la cité.
Les usagers doivent pouvoir ajouter de nouveaux emplacements, des contenus
pour ces emplacements et « enfiler » en quelque
sorte les emplacements individuels à des contextes locaux par des
dispositifs mobiles. L’usager doit être capable de sélectionner
de tels « enfilements » (historiques, sociaux…) ou
au contraire de se laisser conduire: il reçoit alors une carte
des espaces qui se trouvent associés avec eux : ils peuvent
la prendre comme guide ou au contraire demander au système de les
prévenir dès qu’ils passent près d’un
de ces espaces. Il s’agit là d’une sorte de performance
de la mémoire collective
La ville au quotidien démultipliera ainsi les publications sur
elle-même : des technologies nous permettent ainsi en tout
cas de réarticuler ce qui pourra être écrite sur elle.
Un outil précieux pour changer l’image d’une ville ?
Reconfigurer aussi nos mémoires, autant personnelles que collectives
et prendre peut-être la main sur elles...Chacun l’imagine :
en rendant invisibles des composantes spatio-temporelles, le risque existe
de rendre invisible encore davantage le rapport au pouvoir et son contrôle.
Il y a vingt ans très exactement, Michel de Certeau avait analysé
les pratiques spatiales sans imaginer néanmoins combien celles-ci
pourraient changer notre « quotidien informationnel ».
Les outils aujourd’hui à notre disposition complètent
et enrichissent nos perceptions spatio-temporelles de la ville :
le projet Amble du Media Lab Europe ajoute les connotations temporelles
à la carte urbaine qui se trouve sur votre PDA : la carte
nous dit en quelque sorte le temps à parcourir.
De nombreuses applications semblables ont été expérimentées
récemment.
Avec Sonic City, un projet suédois de l’Institut Victoria,
nous traduisons en musique l’espace que nous parcourons, donnant
ainsi à découvrir ou à penser tout ce qui le structure.
Le nomadisme urbain se fait ainsi sonore, rythme et expérience
corporelle démultipliée. Processus fort de personnalisation
de la ville. Le projet Tejp développé par le même
institut nous permet de laisser, anonymement ou non, des tags musicaux :
création de communautés locales, gestion de nouveaux types
de relation sociale.
Nous pouvons là encore attacher à un espace donné
le volume d’une communication mobile. Ce qui nous apparaissait familier
et connu dans l’espace urbain peut nous livrer ainsi des sensations
nouvelles, étranges peut-être, beaucoup d’interrogations
certainement et en tout cas une démultiplication des facteurs de
curiosité et des occasions de connaître, regarder, questionner
autrement, révéler largement ce qu’il nous semblait
pourtant connaître. Ce qui ne nous appartient pas peut être
personnalisé.
Texting Glances est de son côté un projet développé
par le Trinity College de l’Université de Dublin. Le projet
permet de nouvelles formes de construction de la mémoire d’un
lieu, espace de transport ou lieu d’attente. Construction, à
l’échelle de l’espace d’une ville, en plusieurs
points mis en réseaux, au travers de textes et d’images,
d’une véritable mémoire collective. On ne peut s’empêcher
de penser aux archivistes et aux futurs historiens de la ville :
si les médiévistes disposaient aujourd’hui d’un
tel matériau, l’histoire urbaine des siècles passés
pourrait ainsi être rétrospectivement écrite.
La mutation de la perception de l’espace et du temps à
l’œuvre sous nos yeux constitue donc un élément
clef lorsque l’on aborde les impératifs présents et
futurs de l’économie patrimoniale. Il s’avère
donc urgent de prendre en compte un tel développement de nouvelles
temporalités - celle de l’attente par exemple - ou encore
et surtout la construction d’infrastructures invisibles qui permet
une sorte d’archéologie à l’envers où
nous creusons métaphoriquement un espace pour y placer contributions
et annotations, ce que développent d’ailleurs d’autres
expérimentations encore tels que Glitch.
De multiples autres projets peuvent ainsi être cités: l’utilisation
du téléphone mobile pour les enfants de zones rurales en
Galicie pour la découverte du patrimoine local , l’utilisation
d’un Pocket PC pour la visite d’un monument et la compréhension
de son décor : le projet PEACH (Personal Experience with Active
Cultural Heritage) a permis de générer un modèle
tridimensionnel de texture ayant comme objectif la création et
la manipulation interactive de films virtuels virtuelle photo-réaliste,
ce qui permet de voir et d’étudier en réalité
virtuelle par exemple la tour du château de Buonconsiglio à
Trente; le suivi en temps réel d’objets en trois dimensions
dans un flux vidéo dans le cadre du projet SORA (Suivi d’Objets
pour la Réalité Augmentée). Grâce au logiciel
D-fusion, des incrustations d'images virtuelles s’avèrent
possibles en temps réel : on peut non seulement incruster des objets
virtuels dans la main grâce à un capteur, mais il est également
possible de faire évoluer ces objets dans un véritable décor.
Le concept réside dans le fait qu'une personne puisse présenter
des objets de synthèse en les tenant dans ses mains, ce qui fait
appel à de la calibration optique de caméra, à des
systèmes de capture de mouvements, du temps réel naturellement,
mais aussi des mélanges entre des images vidéos et des images
de synthèse. Pour qu'une image virtuelle paraisse réelle
et que le virtuel et le réel se confondent, il faut en effet que
l’image réagisse à son environnement - ainsi le reflet
d'une main sur la carrosserie d’une voiture de pixels, effectué
en temps réel -. L'étape suivante pourra être
l'intégration de toutes ces technologies dans la caméra
même, avec ces algorithmes et logiciels qui tourneront à
l'intérieur.
C- L'experience de voyage numérique
Récemment à Aurillac, nous avons eu l’occasion
d’évoquer quelques axes relatifs aux potentialités
de nouvelles de tourisme que nous pouvons d’ores et déjà
commencer à développer dans la décennie qui vient.
Nous avons surtout souligné l’importance pour les acteurs
du tourisme la géolocalisation de l'internaute et donc la possibilité
d’avoir à l’avenir de plus en plus la possibilité
à son égard d’avoir un discours spécifique
et des propositions plus ciblées et plus personnalisées:
étiquettes géographiques, cartes personnalisables, équipements
nomades…
On rappellera ici quatre champs auxiliaires majeurs :
* la géolocalisation permet de plus en plus au touriste de dialoguer
avec les tags Internet dont la ville se dote progressivement pour renseigner
le voyageur et “googler” la rue. Les informations concernant
le monde deviennent visibles au travers de ce qu’il est convenu
d’appeler le géoweb, le web chargé de données
géographiques grâce à qui on peut localiser une boutique,
le lieu où a été prise une photo… Le géoweb
d’aujourd’hui permet de voir des données que jusqu’à
présent nous ne pouvions que lire de façon généralement
abstraite ou seulement chiffrée. Il permet de voir le prix médian
des maisons par quartier, leurs variations et le nombre de celles qui
sont en vente. Les maisons apparaissent aussi sur la carte en fonction
de leur date de construction. Cela permet de voir comment un territoire
perd ou gagne en dynamisme. Un site comme Mapr qui permet de visiter une
région sur la base des photos géotaggées préfigure
de nombreuses pratiques à venir.
* Les équipements nomades sont toujours davantage les compagnons
du touriste : baladeurs MP3, iPod, Blackberry et simples téléphones
cellulaires de nos e-touristes, audionautes et autres mobinautes requièrent
des cartes routières de la région visitée à
jour, des podcasts de visites guidées…
* Après le voyage, s’impose de technologies de « suivi »
aujourd’hui essentielles: avis d'utilisateurs, commentaires, forums,
carnets et blogs de voyage…
* Les cartes Web s’orientent dès aujourd’hui vers des
contenus de plus en plus personnalisés d’une part, immersifs
d’autre part -, ceci à l’instar des mondes virtuels
sociaux qui constitueront à l’évidence l’une
des données majeures de notre horizon économique et culturels
d’ici une quinzaine d’années -. Elles deviennent littéralement
la matière première que ce que nous appelons aujourd’hui
la néo-géographie. Les internautes sont en effet de plus
en plus nombreux à mettre sur des endroits précis d’une
carte en ligne leurs photos de leurs voyages ou les post de leurs blogs;
ils peuvent ainsi créer dès aujourd’hui des cartes
annotées très détaillées accessibles à
tous et classées par thèmes (localisation de monuments ou
de sites par exemple). La cartographie est donc en train d’acquérir
une véritable dimension émotionnelle où l’interaction
est - et sera de plus en plus - omniprésente : la carte, ne
l’oublions pas - surtout en termes de stratégie de développement
touristique et économique - qu’un support sur lequel primeront
les données taguées (images, opinions, critiques).
Les nouvelles sensibilités
L’e-tourisme rural est d’abord un tourisme
culturel qui se développe au sein de l’économie du
savoir en genèse sous nos yeux. Une économie où la
valeur de référence est la connaissance.
Le territoire devra de plus en plus au travers des reconnaissances cognitives
de ceux qui voudront le découvrir aider à se faire lire,
comprendre, analyser … et aimer.
Un tel processus peut s’instrumentaliser dans le très bon
sens du terme. Pour cela, il faut évidemment toujours déterminer
le niveau d’interactivité souhaité.
Ainsi, les interactions entre un visiteur et les contenus offerts peuvent
être rendues disponibles au travers de multiples dispositifs autorisant
la génération de contenus par les visiteurs. Ces contributions
des visiteurs peuvent aussi être disponibles pour commentaires et
peuvent ainsi s'influencer entre elles : les individus se trouveront ainsi
de plus en plus inter-reliés autour de l'expérience qui
s'enrichit encore de ces interactions sociales. Les visiteurs peuvent
naturellement aussi interagir directement les uns avec les autres autour
des contenus présentés grâce à différentes
approches qui touchent naturellement davantage la clientèle des
jeunes soucieux de communication en temps réel (messagerie instantanée),
de création d’univers mentaux en ligne ou de partage d’une
expérience avec autrui.
Il faudra ainsi de plus en plus développer - pour une meilleure
compréhension de ce qui est montré- les approches tactiles
dans l’espace public. Nous avons ainsi fait l’expérience
l’an dernier - et notamment à la Bibliothèque d’Alexandrie
- d’une démarche qui consiste à utiliser les grandes
surfaces de verre - précédemment évoqués -
dans des dispositifs muséologiques ou des expositions (à
Toulon par exemple). Une technologie aujourd’hui testée également
par des boutiques londoniennes et qui permet d’acheter à
toute heure des habits, sans entrer dans le magasin, en touchant simplement
la vitrine interactive de la boutique. Expérimenté à
Londres, le dispositif se généralisera à l’horizon
de la génération à venir. Une fois la commande passée,
le client entre son numéro de téléphone ou son adresse
e-mail sur un petit clavier virtuel, ce qui lui permet de recevoir un
bon de commande et de régler, ensuite, ses achats à distance.
Ce dispositif qui ne nécessite pas de travaux : es images du catalogue
de vêtements proviennent d’un DVD lu par un ordinateur. Elles
sont diffusées, de l’intérieur du magasin, via un
rétroprojecteur sur la vitrine. Ensuite, la devanture est tapissée
d’un film transparent et souple, balayé par une caméra
infrarouge qui détecte les moindres gestes du client. Enfin, un
logiciel traduit ces mouvements afin de permettre à l’usager
de tourner les pages du catalogue et de passer commande. Expérimentée
en 2005, en France, par les sociétés Peugeot et le restaurant
Planète Hollywood à Paris, la technologie, peu compliquée
à mettre en œuvre, est déjà commercialisée
au Japon et caractériseront les espaces publics des territoires
de demain. Nous travaillons aujourd’hui au sein de notre réseau
aux diverses scénarisassions de ce type de dispositif.
De manière générale, la glocalisation, on le sait
bien, est à l’œuvre partout : l’impact majeur
des processus de mondialisation et de globalisation - dont nous connaissons
aujourd’hui une nouvelle étape - est naturellement le besoin
d’enracinement dans un territoire.
Conclusion
L’Auvergne de 2030 sera - probablement plus pour
son bonheur (démultiplication de démarches d’accueil)
que pour son malheur (délocalisation d’activités)
- une terre ouverte.
Mais pour accueillir la culture d’autrui, il faut lui faudra d’autant
plus développer la sienne.
Pour être terre d’innovation, il lui faudra donc faire usage
avec rigueur de la boite à outil de son identité. Car, on
l’oublie trop, l’innovation est d’abord ouverture.
DANS UNE GENERATION :L’AUVERGNE, TERRE OUVERTE.©
(Laura Garcia Vitoria)
|