DANS UNE GENERATION :
L’AUVERGNE, TERRE OUVERTE.
UN QUART DE SIECLE DE DEVELOPPEMENT DE L’ECONOMIE DU SAVOIR
ET DE GESTION DE NOUVEAUX PARADIGMES ©

(Laura Garcia Vitoria)

Introduction

Les analyses présentement développées sont directement issues de trois sources : notre Club du Futur, notre Observatoire et bien évidemment les dossiers du RVN directement consacrés aux analyses prospectives et à partir desquels notre Fondation des Territoires de Demain se proposera d’accompagner au quotidien les collectivités locales et acteurs territoriaux.

Nous avons retenu ici trois tendances lourdes en ce qui concerne :

1- les polarités futures de l’innovation et de la RDI
2- les villes de la connaissance
3- le tourisme de demain et les pratiques d’itinérance cognitive

Nous en présenterons à chaque fois une brève analyse suivie de quelques axes concrets basés sur nos propres accompagnements de projets.

I - L’innovation au sein du monde rural.

Il y a moins d’une décennie, nos collègues normands évoquaient dans le cadre du mois des Villes Numériques que nous avions organisé à la Cité des Sciences « Internet sous les pommiers ». D’ici deux décennies, on évoquera les centres de RDI du monde rural - comme le montrent et vont commencer à le démontrer dans moins de deux ans les opérations que nous accompagnons aujourd’hui.
Le rapport villes - campagnes ne pourront qu’en être profondément bouleversés, de même que les paradigmes qui définissent ce rapport, comme le montre d’ailleurs - malgré ses approximations scientifiques notoires - le premier rapport de l’Observatoire des territoires.
Il est donc essentiel de totalement reconsidérer à cette aune les analyses traditionnelles sur la prospective du monde rural (celles qui notamment avaient été développées de manière hasardeuse à partir des statistiques de l’INSEE sur l’évolution démographique auvergnate).

* Il y a trois ans, j’ai eu l’occasion de développer pour le CROCIS une assez longue analyse où j’ai montré combien la ville de petite taille était précisément destinée - plus encore que d’autres - à être l’un des vecteurs de l’innovation territoriale. L’évolution ne fera à cet égard de la décennie à venir que prolonger la décennie écoulée : souvent, l’histoire des territoires aide à mieux esquisser leur avenir.
Nous avions ainsi eu l’occasion de rappeler que certaines des approches de la ville de Stockholm - et de Kista, tout à côté de la capitale suédoise - n’auraient de même aujourd’hui pas la même force s’il n’y avait pas eu Ronneby, ou encore Naestved au Danemark (Naestved qui elle-même a repris un certain nombre de schémas élaborés par de petites villes espagnoles).

* Le premier centre des nouvelles technologies va commencer à sortir de terre au printemps prochain pas loin d’ici, en Ardèche. Il peut à nos yeux tout à fait préfigurer quelques-unes des traits du visage de l’Auvergne dans une génération. Je souhaiterais donc prendre quelques instants pour vous l’évoquer de manière à développer l’approche la plus concrète possible.
Ce village hébergera des activités qui utilisent les NTIC comme moyen clé de création de valeur ajoutée. Ces activités s’exerceront principalement dans les domaines suivants : recherche et développement en matière de commerce électronique, services à distance, assistance à la personne, conquête de marchés pour PME - TPE.
De tels villages regrouperont donc tout à la fois les entreprises NTIC, les professions de services et du tourisme, les commerces nécessaires au quotidien, les logements indispensables aux professionnels, chercheurs et personnels qui pourront ainsi habiter et travailler sur place. Grâce à sa qualité architecturale et environnementale (parcs, jardins, étangs-piscines...), le village permettra des séjours centrés sur la remise en forme, le sport, la santé et le tourisme. Cet apport de clientèle amènera des ressources supplémentaires en termes d’activités et de commerces et une animation permanente, procurant ainsi une grande qualité de vie aux professionnels des NTIC et des services.

Ce village a pour objectif fondamental de : faire venir sur le site des entreprises d’activité internationale à fort taux de croissance, créer des emplois de toutes qualifications, créer des activités nouvelles sur un secteur qui vit actuellement du textile et de la vigne, créer de nouvelles ressources.

Des logements et locaux « intelligents » sont prévus afin d’apporter efficacité et confort à leurs utilisateurs spécifiques. La qualité de vie des chercheurs et personnels a été placée au centre du concept. Pas de déplacements quotidiens - et donc moins de fatigue, plus de temps disponible pour les loisirs et la famille, la possibilité de déjeuner en famille à midi, le véhicule non indispensable au quotidien contribuent ainsi à créer un environnement professionnel enrichissant et gratifiant
Les infotechnologies deviennent de la sorte le cœur de métier du village. Les entreprises et professionnels qui s’installeront dans le village auront pour spécificité de travailler à distance.

Quatre grands types d’activités sont concernés :

  • 1. Prestations de services à distance : traduction, centres d’appels, assistance bureautique, enseignement à distance, création graphique, publicité, communication, conception assistée par ordinateur, intelligence économique.
  • 2. Recherche et développement : dans tous les domaines ne nécessitant pas d’infrastructures lourdes : robotique, intelligence artificielle, génie logiciel dans de nombreux domaines (électronique, textile, agroalimentaire), prototypage virtuel, simulation numérique, applications médicales 3D, maquettes numériques.
  • 3. Commerce électronique : vente de produits à distance (le conditionnement et l’expédition pouvant être réalisés sur un autre site); notamment : vins, logiciels, cosmétiques, livres électroniques, voyages.
  • 4. Infotechnologies et technologies de la connaissance : conseil en systèmes d’information et réseaux, gestion de bases de données, télémaintenance, sécurité informatique, portails d’entreprises, édition de logiciels CRM (customer relationship management), contrôle et sécurité à distance.

Les innovations organisationnelles - qui seront de manière générale celles de la génération à venir - résideront d’abord en un CDS (Central de services) qui proposera l’accès à des services extérieurs spécialisés, ce qui permettra aux TPE et PME d’aborder les marchés avec la capacité d’action des grandes entreprises : prospection de marchés, partenariats avec des entreprises étrangères, veille concurrentielle, accueil des visiteurs venant de l’étranger, actions relationnelles et événementielles multilingues, logistique pour les traductions, interprétariat simultané, visioconférence, plateforme de services NTIC pour TPE et PME, ressources de recherche et développement…

Un pôle d'accueil des entreprises NTIC et des services communs permettra à des entreprises souhaitant s’installer sur place rapidement de disposer d’une logistique d’installation déjà prête : bureaux câblés, appartements meublés, et tout ce qui est nécessaire pour être opérationnel sur place dans un délai d’une dizaine de jours. Après une mise en activité rapide l’entreprise pourra s’installer dans une autre zone du village ou du pôle qui sera mieux en accord avec la dimension qui lui est nécessaire.

Des services communs d'entreprise seront initiés par le pôle en partenariat avec des opérateurs spécialisés : entretien, secrétariat, restauration d'entreprise, sécurité, surveillance, assistance bureautique, reprographie, salles de réunions, équipement de projection et visioconférence

Une pépinière et un tutorat d’entreprises permettront aux techniciens et spécialistes de créer leur entreprise. Assistés par un « tutorat » émanant de chefs d’entreprises expérimentés, ceux-ci bénéficieront de services à tarifs préférentiels mis en place par le CDS. Ces créateurs d’entreprises pourront progresser beaucoup plus vite que s’ils étaient isolés.

Un service de prospection européenne et d'installation des entreprises NTIC, financé et mis en place par le partenaire privé, permettra de faire découvrir le village à 33.000 entreprises de l’Union Européenne. Les opérateurs interprètes apporteront les réponses formulées par le management. La base de données des 33.000 entreprises NTIC sera mise en place après acquisition des fichiers qualitatifs spécifiques et sera gérée en interne et enrichie en permanence.
Les campagnes de prospection comprendront : informations presse spécialisée (Union Européenne et hors Union), salons professionnels (France et étranger), e-mailings, réunions et réceptions, information (France et étranger)

Plusieurs types d’avantages seront mis à disposition des entreprises et des professionnels NTIC : loyers préférentiels des activités innovantes et des habitations des professionnels (au titre des premières années), équipements high-tech du site : toujours à la pointe de l’innovation (très haut débit…) et bien sûr apports du CDS pour l’efficacité opérationnelle.

L’objectif est de faire venir dans un premier temps sur le village 60 entreprises NTIC représentant 240 professionnels. Au fur et à mesure que ces entreprises grandiront, elles seront invitées à s’installer dans de bonnes conditions sur d’autres secteurs de la zone Privas-Rhône et Vallées, et seront remplacées dans le village par d’autres TPE.

Un nouveau marché est en pleine expansion : celui des seniors, nouvellement retraités, qui souhaitent résider plusieurs mois par an dans un bel environnement, sous un bon climat, avec des installations de loisirs et de santé fonctionnant toute l’année, mais avec aussi, très important, un voisinage jeune et actif.
Le village sera édifié dans un environnement de nature protégée de 300 ha. : vignes, forêts, prés, champs. Son architecture rurale traditionnelle s’intégrera parfaitement dans le paysage qu’il protègera et mettra en valeur. Les vignes resteront un élément typique du site.
Ce village symbolisera la vie ardéchoise traditionnelle associée à l’innovation de demain.

Le développement durable sera naturellement placé au centre du concept: eau, plantes, biodiversité, économies d’énergie. Dans le premier village, les visiteurs découvriront la « maison ardéchoise du développement durable », un exemple de création d’énergie renouvelable, de récupération et recyclage de l’eau, de biothermie et de climatisation naturelle.

On estime généralement qu’un emploi NTIC génère, par le développement d’activité et les besoins périphériques, deux emplois supplémentaires à échéance de cinq à huit ans.
Le commerce, l’hôtellerie, la restauration, la remise en forme et les activités touristiques amèneront une cinquantaine d’emplois directs sur place. Tout comme les activités NTIC, ces activités d’accueil et de tourisme génèreront aussi des emplois indirects.
Au global, ce sont environ 1100 emplois directs et indirects de toutes qualifications qui seront créés sur la zone à échéance de cinq à huit ans.
II - L’Auvergne, territoires de la connaissance.
La Commission européenne nous a demandé il y a de cela deux ans de présenter à Séville un tableau prospectif de l’économie de la connaissance à l’horizon des années 2020 (« L’Europe de 2020 : la construction d’une économie territoriale de la connaissance »). Nous y rappelions que dans l’ensemble des expériences, projets, programmes et réalisations que nous suivons et que nous accompagnons à l’échelle internationale, nous retrouvons la même évolution forte relative aux rapports entre les territoires et les savoirs et l’impérative nécessité pour ceux-ci d’en assurer la gestion et la transmission. Ces rapports se retrouvent ainsi dans tous les domaines de nos analyses prospectives.
Formuler une telle affirmation à Séville était aisé, dans une ville que son plan de prospective définit comme ville de l’innovation et de la connaissance et dont une partie du centre historique s’est donné pour vocation de devenir dans les années à venir un quartier de la nouvelle économie de la connaissance.
Certains économistes évoquent d’ores et déjà une société européenne de la compétitivité par le savoir. L’expression peut certes déplaire, on le conçoit, mais si l’on analyse avec soin le développement de certaines stratégies territoriales, en Scandinavie et dans les pays baltes, en Irlande, dans certaines régions d’Europe centrale ou d’Europe méditerranéenne, nous pouvons d’ores et déjà répondre à certaines interrogations relatives à l’Auvergne : ce qui fait progresser les territoires européens en matière de gestion numérique de l’information et de la connaissance, ce sont - transcendant les technologies - les savoirs qu’elle possède déjà en termes de structuration et d’intégration des savoirs, et ce sans que les divers acteurs en soient véritablement conscients. C’est la première vision, nous semble-t-il, de la plupart des territoires du futur que nous pouvons avoir.

II - les villes de la connaissance

Une propective des programes de villes de la connaissance

On rappellera simplement que Munich et Berlin se disent aujourd’hui volontiers Stadt des Wissens et que l’exemple de Heidelberg s’avère à ce titre éminemment significatif, de même que celui de Stuttgart. En Italie, Brescia ou encore Bari entendent devenir Citta de la connoscenza. Ailleurs dans le monde, nombreuses sont les stratégies qu’il convient ainsi de suivre, sur le continent nord-américain (les villes ingénieuses canadiennes, Austin au Texas, Monterrey au Mexique), en Amérique latine (les villes chiliennes)…
Un premier axe prospectif de notre analyse doit donc prendre en compte ce que pourront être, à l’horizon qui se trouve être le nôtre ici, les orientations majeures de ces programmes. Il nous faudra également prendre en compte ce que seront les futurs espaces interrégionaux d’élaboration et de confluence des savoirs ou encore, en d’autres termes, la configuration de la géo-économie de la connaissance dont nous observons aujourd’hui la genèse.
Nous prendrons ici tout particulièrement en compte des exemples espagnols.

La programmatique territoriale de l'économie de la connaissance

Toute esquisse de prospective territoriale se trouve aujourd’hui centrée sur des espaces de gestion locale des processus de capitalisation des savoirs et des connaissances :
1- des espaces virtuels de recension de toutes les possibilités d’accès à la formation : il s’agit là d’une mission majeure de l’ensemble des acteurs locaux, publics et privés dont le développement plus ou moins importé sera clairement conditionné selon collectivités et les régions par une tradition plus ou moins forte d’intelligence territoriale. On signalera ainsi que Villafranca est l’une des villes qui a pu le mieux esquissé une telle démarche destinée à être de l’ordre de l’évidence dans la décennie à venir.
2- les actions municipales et régionales de formation qui seront l’évidence même de la bonne gouvernance territoriale de 2020 : former et former encore constitue aujourd’hui un leitmotiv pour les collectivités territoriales les plus dynamiques : Burgos Ciudad XXI prévoie des cours de formation pour les jeunes en difficulté et leur permettre d’accéder aux infotechnologies, des cours de formation aussi pour l’ensemble du personnel municipal. Et il en est de même pour le plan Bilbao 2010 destiné avant tout à conforter le programme d’apprentissage tout au long de la vie mené par la municipalité. Grenade voit l’Institut municipal de formation s’appuyer tout particulièrement sur un centre des nouvelles technologies. Jerez de la Frontera, près de Cadix, a crée dans le même esprit une bourse virtuelle du travail, mais également un amphi virtuel de téléformation. Leon Ciudad Digital porte de la même manière l’accent sur les questions de formation, où les stratégies d’intégration seront également à suivre dans le cadre d’un programme tel que Ciudad Real : Ciudad empressarial virtual.
3- le repérage et la cartographie des savoirs faire à l’échelle territoriale : la condition première de l’attractivité économique d’un territoire réside, au-delà de la formation et de la transmission des savoirs dans une connaissance minutieuse des savoirs existants. C’est ce que nous appellerons le processus de Mataro, qui en Catalogne s’est engagée dans cette voie : nous aurons à l’analyser en détail dans la suite de cet exposé.
4- la mise en place de dispositifs complexes mettant en œuvre des externalités économiques vecteurs de polarisation des compétences : si l’on reprend les deux mêmes exemples, c’est d’ailleurs l’objectif que s’est fixé pour 2015 la ville de Burgos autour d’une nouvelle génération de parc technologique qui doit aider la ville à se transformer en cité de la connaissance. Il en est de même de Zorrozaurre à Bilbao qui entend devenir un espace d’implantation d’activités permettant l’utilisation de services avancés, future ville à part entière d’une ville de l’innovation et de la connaissance.
5- l’administration électronique comme processus d’accompagnement de tels programmes : la dimension de l’administration électronique locale de la ville de La Corogne se définit d’ailleurs en fonction du programme « Coruna, ciudad del conocimiento » qu’elle entend développer dans les années à venir. Elche propose une dimension particulièrement intéressante dans sa réflexion stratégique : elle conçoit le champ de l’e-administration comme « instrument de gestion du changement de modèle urbain ». C’est dans cette optique d’abord que l’e-administration est amené à constituer l’un des cadres futurs de tels programmes. Getafe, dans la région de Madrid, souhaite ainsi viser une situation de réelle compétitivité territoriale, avec surtout un plan de qualité pour la gestion municipale.
6- les collectivités tentent de façonner leurs propres outils de visibilité : si elles le font aujourd’hui peu et surtout mal, la prospective territoriale aura à suivre leur élaboration et leur développement progressif. C’est là que se joueront les rapports futurs entre acteurs territoriaux et chercheurs, domaine d’observation et d’analyse de notre Réseau depuis maintenant cinq ans. Ainsi Sabadell, près de Barcelone, au travers de son « plan pour la société de l’information et de la connaissance », a ainsi crée une Fondation des industries de l’information pour mette en place des formations liées aux infotechnologies et capable de former les entrepreneurs de demain, ceci parallèlement à l’Institut d’études et de recherche appliquée qui développe des fonctionnalités d’observatoire et de développement de projets innovants : le plan Sabadell 2010 souligne que la ville numérique qu’elle entend être viser la formation et la compétitivité territoriale.

Une geo-économie d'espaces interregionaux de connaissances

Au-delà, ce sont également des espaces régionaux et interrégionaux de connaissances qu’il convient de créer pour faciliter transferts technologiques et mutualisation d’outils. Une stratégie qui entend se situer par rapport à l’action de réseaux tels que ceux construits par des quartiers apprenants qui aujourd’hui permettent à de nombreuses collectivités européennes de travailler et de réfléchir ensemble dans leurs programmes de villes intelligentes ou de cités-savoir.
Il faut ainsi songer à ce que sera la Hanse numérique dans le Nord de l’Europe - de Bergen à Tallin - ou encore les constructions territoriales ultrapériphériques de la Communauté européenne sous l’égide notamment des Canaries qui, de Tenerife à Las Palmas, semblent destinés à devenir très bientôt des territoires d’expérimentation et d’interface de mise en œuvre de tels modèles à l’échelle atlantique.      
Quid dans un tel contexte de l’écosystème territorial auvergnat ? Je vous propose que nous évoquions cette question au moment de notre discussion de cet après-midi.

Les dispositifs territoriaux d'aide au savoir et d'itinerance cognitive

Nous avons récemment analysé la manière dont divers outils - dont notamment les technologies de géolocalisation et de marquage de l’espace - permettent le développement de formes d’apprentissage continu au travers de dispositifs mis en place à l’échelle des territoires, et ce en partant notamment de récentes expérimentations menées en Europe du Nord.

A - Les futures services d'aide au savoir

Il s’agit ici plus qu’ailleurs encore de prendre en compte une projection des demandes, en s’appuyant notamment sur les vecteurs d’évolution à long terme des horizons culturels pris en compte. Les travaux du Centre de Recherche en Economie et Gestion de l’Université de Rennes ont montré d’ailleurs combien l’intellectualisation de nos productions conduit à développer un lien de plus en plus étroit entre recherche, développement, innovation, éducation, connaissances, connaissance partagée et production de biens et de services et que les multiples dimensions de ce phénomène ont conduit à un réel renouvellement théorique de l’analyse économique.
1- Des demandes d’abord largement  issues du nouveau statut de l’image
L’apparition d’un nouveau statut de l’image explique par exemple parfaitement certaines de ces demandes, l’image apparaissant de plus en plus anthropomorphique, « embarquée » et bien évidemment omniprésente et surtout caractérisée par son ubiquité. De manière plus générale, la crise de la représentation que nous vivons et dans laquelle - plusieurs études récentes le soulignent - les images, support majeur s’il en est de notre « héritage », finiront par ne plus représenter qu’elles mêmes et par être à elles-mêmes leur seul message. Il ne faut pas à cet égard oublier les implications, économiques souvent très concrètes des nouvelles images et l’apport des neurosciences par exemple à « l’anthropologie » des images.
Au-delà en effet des images véhiculées par les outils de la mobilité par exemple ou les écrans de la ville, l’image se définit aussi comme une représentation commune de la réalité et à ce titre le rôle qu’elle joue dans la coordination des connaissances individuelles est amené à former l’un des processus majeurs à l’œuvre dans le nouvel horizon économique.
Ce qui est très probablement en jeu pour l’essentiel, ce sont  les mécanismes d’acquisition, de création et de coordination des connaissances, ainsi que - certains prospectivistes l’oublient trop - les mécanismes d’évolution des organisations reposant sur la croissance cumulative des connaissances : le concept d’image met également en avant le fait même qu’à toute situation doit être conféré un sens.
L’innovation met ainsi en scène la création d’images d’événements futurs permettant de guider l’action. C’est par là-même toute une définition de la gouvernance qui se forge : « innovation et production de connaissance dépendent de l’interprétation sociale de la situation. Cette interprétation sociale de la situation contribue à déterminer un plan d’action ».
Tout responsable se doit ainsi d’exercer un véritable leadership cognitif « afin d’aligner les cadres interprétatifs des acteurs ». L’image qu’il déploie permet de faire de l’institution un dispositif cognitif collectif, ce qui fait qu’au-delà des dimensions formelles et incitatives le pouvoir sera donc amené toujours d’avantage à revêtir des dimensions cognitives.
2- Le rôle des communautés intensives en connaissances
C’est au travers de ces communautés que la génération à venir se situe potentiellement au cœur d’une nouvelle culture de la croissance. Ces communautés apparaissent comme de nouvelles formes de coordination efficace dans les organisations sous forme de structures informelles et des systèmes d’échange coopératif volontaire supportant les processus de création et de diffusion des connaissances organisationnelles.
Les entités publiques ou privées devront ainsi apparaître comme un faisceau de ressources dont la logique économique ne sera plus tant l’allocation de ressources que la création de ressources. Elles auront à mettre en place les conditions d’une réelle confiance cognitive et l’élaboration de véritables codebooks de langages communs afin de permettre une vraie approche cognitive de l’action des entreprises et entités publiques ou privées concernées, coopération qui, avec ses modèles mentaux partagés et ses dispositifs cognitifs collectifs, vise à favoriser la création de nouvelles connaissances individuelles par un ensemble d’interactions entre individus, une approche qualifiée par les économistes de transactionnelle ou communicationnelle. Si dans le cadre d’une économie fondée sur la connaissance, il est usuel de parler d’organisations apprenantes, produisant et utilisant de la connaissance, insérées dans des réseaux d’échanges de savoirs, les approches traditionnelles des organisations ont assez largement négligé ces aspects en réduisant la connaissance à de l’information. Dans ce sens, les institutions devront se transformer en dispositifs cognitifs collectifs.
3- Les immatériels du secteur public
Il convient de souligner  le rôle futur des infrastructures immatérielles nécessaires pour une bonne gouvernance territoriale. Les services que le secteur public et politique offre, les politiques qui y sont conduites seront ainsi de plus en plus appuyés par la connaissance scientifique, une documentation statistique et qualitative de sujets, un débat, bref des connaissances accumulées et accessibles sans coût que l’on peut appeler les immatériels du secteur politique et publique qui évolueront en permanence tant en gamme qu’en qualité et en utilité sociale. Sans connaissance commune des affaires publiques, il ne pourra y avoir de bonne gouvernance : pour concevoir à l’entrée et suivre et réformer ensuite, les concepteurs politico-administratifs auront besoin de plus de connaissances. 
Si l’on utilise la formulation de la bonne gouvernance à partir naturellement de sa racine grecque originelle de kybernan et si l’on confère tout leur poids historique aux systèmes de valeurs et de représentations qu’il véhicule, celle-ci apparaîtra inexistante sans une réelle mobilisation des immatériels du secteur politique et public, en termes d’évaluation par exemple et les élus devront associer de plus en plus à leurs choix la réflexion préalable, la recherche du modèle de l’action préférable, l’écriture des diagrammes logiques d’impact, les tests de réussite.
Reposant d’avantage sur des savoirs, les politiques publiques européennes devront également se faire les vecteurs d’un large apprentissage que les nouvelles évaluations de politiques publiques et des programmes peuvent permettre à tous d’apprendre : il faudra donc renforcer l’évaluation moderne dans une démarche d’apprentissage collectif des politiques.

B - De nouvelles declinaisons de l'itinerance cognitive

1- Des rapports avec notre environnement connotés par des savoirs

Tout notre environnement s’apprête donc à se faire pourvoyeur de connaissances. Il en est de même des multiples écrans parsemant nos villes, des écrans qui auront donné naissance à de nouvelles applications ou à de nouvelles générations de machines portables, écrans "dépliables" et "journaux électroniques enroulables" et voir généralisés sur les vêtements ou les emballages de certains objets.

2- Un environnement constitué de strates d’espaces et de flux informationnels

Les espaces intelligents qui se créent autour de nous au travers notamment des technologies sans fil et qui nous offrent une sorte d’Internet ambiant qui se transforme la ville en espace de radiofréquence et de réseaux omniprésents. Une ville amplifiée en quelque sorte par l’intrusion d’espaces informationnels multiples. Nous sommes aujourd’hui en mesure de créer une possibilité de rencontre entre les strates d’informations qu’est par essence un monument (ses strates chronologiques et symboliques par exemple) et les flux d’informations contemporains, véritable allégorie de la construction identitaire.
On a ainsi tout particulièrement pu mettre l’accent récemment sur des expériences permettant à tous ceux qui fréquentent un espace urbain d’annoter leur environnement, de lui conférer un sens personnalisé, se transformer en auteur en se servant de cet environnement, de se voir auteurs et de vouloir et d’être au départ d’un processus de construction de connaissances. Bref de rechercher et de fournir informations et renseignements.
Les récentes expérimentations menées par exemple à Londres au cours de ces derniers mois montrent ainsi ce que pourra être par exemple la mobilisation des résonances cognitives des environnements urbains.

3- De nouvelles demandes face à une recherche territorialisée

L’exemple d’une kennistadt hollandaise s’avère à cet égard significative : déjà connue pour son "projet pilote fibre" qui ambitionne de connecter toute la ville en fibre optique, une municipalité de la banlieue d'Amsterdam, Almere, vient d’annoncer une sorte de première mondiale : la création de la "première grille de calcul hétérogène municipale" afin certes de  répondre aux besoins des entreprises et laboratoires publics installés sur le territoire et mettre à disposition de ces laboratoires les capacités inexploitées des ordinateurs reliés à son réseau très haut débit (100 Mb/s), de susciter naturellement aussi une prise de conscience collective des potentialités du haut débit, mais surtout d’associer les habitants de la ville aux travaux des chercheurs. On imagine les habitants d’un quartier ou d’une ville suivre en ligne les travaux sur le patrimoine local, sa restauration, son aménagement, son animation…, mais aussi naturellement tous ceux qui peuvent être intéressés à des titres divers et ne manqueraient souvent pas de se rendre sur place.
4 - La créativité des territoires
Le rôle de la création et de la créativité à l’échelle des villes et territoires de demain constitue un vecteur majeur dans le processus contemporain de développement d’une économie de la connaissance précisément basée sur le leadership créatif. Il ne s’agit en effet pas seulement ici d’évocations sémantiques et d’une approche nouvelle de la gestion entrepreneuriale : l’un des enjeux réside en effet dans le défi de nouveaux vécus des réalités territoriales et des stratégies de l’innovation qui sont sur le point de bouleverser nos villes et régions.
C’est en démultipliant ces démarches territoriales et ces best practices au travers notamment de projections sur les besoins locaux sur les deux prochaines décennies que l’on pourra contribuer très concrètement à mieux percevoir la situation d’une région comme l’Auvergne en 2030 et surtout à construire cette vision à laquelle tendent les travaux de l’Institut de Prospective de Séville et sur laquelle se focalisent également les efforts de notre Réseau.

C – La cartographie de la connaissance : le processus de Mataro

Elle sera évidemment centrale dans l’économie de la connaissance d’une région comme l’Auvergne.
La gestion territoriale des connaissances dans les collectivités à l’horizon 2020 - 2030 est amenée à s’appuyer sur des processus spécifiques dont certains ont déjà fait l’objet de premières applications. Il nous semble donc intéressant d’en évoquer l’une des plus pertinentes au regard de nos propres recherches.
La démarche de la petite ville de Mataró en Catalogne nous semble de la sorte parfaitement résumer l’une des concrétisations territoriales possibles des stratégies de Lisbonne, au point qu’au sein de notre Réseau, nous avons baptisé cette démarche le processus de Mataró.
Rappelons en les origines : la Fondation Tecnocampus Mataró avait organisé il y a trois ans de cela un colloque « usagers et réseaux créateurs de la nouvelle ville » qui évoquait les horizons ouverts par la gestion urbaine en réseau. Avec une équipe d’économistes de l’Université Polytechnique de Catalogne, ce séminaire a par la suite permis de modéliser un certain nombre d’axes de développement de la ville en la matière.
La ville de Mataró s’était placée d’emblée sous l’égide d’un plan directeur qui entend en faire une ville de la connaissance, capable d’exploiter pleinement le capital intellectuel de la ville et de son territoire comme source principale de richesse, de prospérité et de croissance future. A été utilisé à cette fin une modélisation économique qui se traduit par la création et la gestion d’une plate-forme de connaissance, ceci à partir notamment des micro-clusters existants dans la cité.
Ce processus se base en effet sur cinq points majeurs :
1- la vision issue de l’analyse des potentialités existantes à partir d’entrevues avec des personnalités de la ville, dans des domaines tels que les sciences de la vie, les sciences sociales, la planification urbaine, la gestion des entreprises, de manière à ce que puissent être développés de véritables champs d’attractivité.
2- l’identification des activités essentielles capables de mener à terme une telle vision à travers des actions et projets forts
3- l’identification des compétences essentielles pour accomplir ces actions et ces projets
4- le choix des indicateurs pour chaque activité et chaque compétence essentielles,
5- l’assignation de ces indicateurs à chacune des grandes catégories intellectuelles (capital humain - avec notamment les valeurs culturelles de la ville -, capital des structures - laboratoires, systèmes de gestion, structures organisationnelles…-, capital marchand - éléments de compétitivité -, capital de rénovation et de développement et enfin capital de l’ensemble des démarches engagées.
La finalité d’une modélisation globale consiste ainsi  à mesurer et gérer le capital intellectuel de chacun des micro-clusters présents sur le territoire, ceci à travers notamment un processus de benchmarking de leur capital intellectuel spécifique qui permet par exemple d’obtenir un index de confiance globale. L’application du modèle amène de la sorte à une vision stratégique du développement de la ville, de la cohésion sociale (où la vie associative est amenée à jouer un rôle de tout premier ordre) et des possibilités de croissance économique durable. Les responsables de la collectivité peuvent ainsi juger de l’importance des vecteurs culturels, de la créativité et de l’innovation, véritables piliers du développement urbain futur et des capacités de compétitivité du territoire du fait même de ses actifs intangibles. Le rôle de tels facteurs se voit naturellement démultiplié par les infotechnologies.
Un modèle spécifique implique l’ensemble des micro-clusters (et leurs potentialités face à de nouvelles productions émergentes), aux côtés de la plate-forme globale des capacités intellectuelles de la collectivité ; la gestion commune de ces deux composantes du capital de la ville s’appuie notamment sur des démarches de benchmarking des potentialités d’autres collectivités. On aboutit ainsi à un système de support décisionnel, un système d’information et d’aide aux décisions stratégiques des élus et aux choix de financement, un point de départ aussi pour les investigations ultérieures accompagnant une telle stratégie de construction d’une ville de la connaissance.
Il en sera de même pour ce qui est du développement des centres de la connaissance, des centres d’inspiration comme en Finlande et des nouveaux réseaux sociaux basés sur la diffusion du savoirs.
Mais qu’entend-t-on par là? C’est dès aujourd’hui la démarche de l’Estrémadure qui nous éclairera le plus.

D – Les centres de la connaissance

C’est en 1999 que fut crée le projet des Centres de connaissance au travers d’un projet pilote de six collectivités territoriales de la région - il en existe quarante aujourd’hui -.
Ce projet fut en réalité la résultante d’un projet antérieur – INFODEX (Stratégie Régional de sociedad de la Information) - qui était né en 1997 avec pour objectif d’analyser les possibilités de la région pour mettre en œuvre les applications des technologies de l’information et de la connaissance en vue de la modernisation des activités productives, l’amélioration des services proposés aux habitants, la réduction des différences entre zones urbaines et rurales et bien évidemment la mise en œuvre des potentialités offertes par toute zone frontière.
Les groupes de travail de chacun des centres s’organisèrent ainsi en fonction des intérêts des utilisateurs des divers lieux - qu’il s’agisse d’entrepreneurs, de jeunes, d’un public plus âgé, de femmes, d’associations, de handicapés.
Au-delà de l’accès de l’ensemble des habitants d’un territoire aux infrastructures et aux contenus numériques, l’objectif de la démarche réside aussi bien dans la promotion du développement d’initiatives autonomes qui ouvrent à tous les possibilités offertes par l’économie du savoir.
Aussi, aux côtés de la Junta, participent à la démarche l’Association régionale des Universités Populaires et tous les organismes - depuis le niveau régional à l’Union Européenne - chargés d’éducation, de formation, de transfert de savoirs et surtout du partage et de la dissémination de la culture scientifique et technologique.
L’alphabétisation technologique en Estrémadure, c’est aussi bien:
* défendre la culture locale et régionale, le partage donc de la mémoire commune à travers la constitution d’une immense bibliothèque de l’expérience et de la mémoire du territoire et de ses habitants
* développer les compétences et les capacités entrepreneuriales nécessaires pour affronter les défis des mutations économiques des années à venir
* générer un espace de rencontre sociale - physique aussi bien que virtuelle - et créer une valeur ajoutée
* créer des réseaux de collaboration entre institutions entreprises, associations et personnes présentant des affinités communes - de vrais réseaux sociaux donc –
* donner naissance à des manuels de bonnes pratiques en tous domaines, notamment en matière d’alphabétisation technologique…
Un projet donc qui, offrant de réelles opportunités économiques, sociales et culturelles à chacun, préfigure bien ce que seront les centres de connaissance – physiques aussi bien que virtuels, temporaires aussi bien que permanents – répartis dès la décennie à venir sur l’ensemble des territoires.
La Junta d’Extremadura a d’ores et déjà développé à cette fin de multiples outils pour notamment générer et développer des contenus en ligne.
* Intranet : Red Corporativa Extremeña
* RTE: Red Tecnológica Educativa
* Feval: Plataforma de Comercio electrónico
* Vivernet: Viveros de Empresa en la Nueva Era
* Plan d’alphabétisation technologique de l’Estrémadure : NCC et Integrared
* Portal Extremadura.org : portail de la société de l’information et de l’éducation
* Théâtre pour tous
* L’élaboration d’une méthode d’apprentissage de la langue espagnole pour les lusophones comme contribution à l’administration en ligne
* Web institucionnel de la Junta
* Todoweb
Il s’agit en tout cas de toujours provoquer synergies, partenariats et coopération entre le secteur privé et public (E-Estrémadure). Il s’agit aussi de gérer des projets européens (Econtent). L’objectif aussi est de mettre en place une société locale de la connaissance : Publication électronique “enred”. Il faut enfin aussi de mettre en perspective les défis mêmes d’une économie du savoir (au travers d’analyses prospectives, au travers de la mise à disposition par les autorités régionales d’une bibliothèque de la société de l’information).
La méthodologie du projet se base sur un certain nombre d’axes. Il s’agit de permettre à chacun de s’approprier le futur de son territoire, de faire siennes toutes réflexions et analyses proposées à ce propos : il s’agit là d’une sorte de contrat social proposé par la Région. Il s’agit également d’amener tous les habitants à s’accorder sur des objectifs économiques communs. Chaque projet doit refléter la contribution des habitants. Des débats sont lancés pour ce qui est de la méthodologie et des technologies à mettre en œuvre pour atteindre les objectifs fixés… La démarche consiste à motiver, donner des compétences et aider à organiser.
En définitive, il faut aider chacun à mieux connaître telle ou telle composante du contexte territorial et tenir compte de ses contraintes.
Tous les habitants peuvent contribuer à la démarche au travers de : centres de la connaissance itinérants, publications en ligne, diffusion de visioconférences, organisation d’expositions virtuelles, radios en ligne, albums photographiques, journaux en ligne, wikipédia territoriaux, suivi de fêtes d’intérêt touristique, valorisation de chansons populaires, ceci sans oublier les immigrants en Estrémadure, les émigrants d’Estrémadure, les outils destinés au développement entrepreneurial, les associations de voisins en ligne et des projets comme REDMIL, AGRORED, GASTRONOMIA de Extremadura sur Internet et de manière générale le Web et le Développement Durable.

E - Le paradigme de Poblenou

Ce que nous appelons le paradigme de Poblenou définit le quartier de la connaissance tel que nous le connaîtrons dans une génération.
La compatibilité et l’interopérabilité des usages sera de plus en plus la réponse des urbanistes à la complexité qui caractérise l’économie de la connaissance au travers de la mise en place d’infrastructures de la connaissance, vue la propension de l’économie de la connaissance à utiliser l’intelligence comme principale ressource productive. Architectes et urbanistes devront en effet de plus en plus répondre à la nécessité d’améliorer les conditions de transmission de connaissances entre le système d’éducation et de recherche et le système productif et utiliser pour cela leur champ d’intervention, l’espace urbain. C’est ce qu’illustre aujourd’hui le chantier de Poblenou à Barcelone.
Dans le cas de Barcelone, c’est également, au-delà des ambitions économiques qui caractérisent la ville, la dimension culturelle qu’il convient de relever tout d’abord dans l’objectif que s’est clairement fixée la capitale catalane : faire de la ville l’un des hauts lieux de convergence des flux d’une nouvelle culture numérique et y assurer un « accès intelligent » pour tous qui y vivent et y travaillent. Le suivi de telles ambitions correspond à un réel travail d’accompagnement des regards prospectifs qui guident maintes stratégies de la ville. La transmission d’une information qui puisse se présenter réellement sous une forme interactive constitue l’un des objectifs majeurs du plan stratégique de Barcelone Métropole. Les objectifs qu’elle s’est donnée en la matière ne souffrent guère d’ambiguïté : « Barcelone, est-il en effet écrit dans le troisième plan stratégique, doit s’identifier comme un territoire d’innovation constante ». On y rencontre donc certes les nécessités de l’alphabétisation en matière de connexion électronique, mais aussi et surtout un plan de recherche en partenariat avec les universités pour renforcer la création d’une société locale de la connaissance, l’élaboration d’outils destinés au suivi d’une telle construction territoriale et même la création d’un « diseno urbano » basé sur les infotechnologies et qu’illustre bien la transformation d’un quartier de l’époque industrielle - Poblenou - en quartier du savoir, de la créativité et du transfert de technologie qui s’y veut omniprésent au travers de la création de centres adéquats permettant la création d’entreprises à partir de technologies innovantes et surtout le soutien de projets permettant de créer des usages applicatifs à partir des laboratoires de recherche.
La ville est destinée à être non seulement un centre d’échange de biens, mais aussi un forum pour l’échange d’idées et un espace où l’on peut générer, diffuser et appliquer de la connaissance et ce notamment au sein d’espaces dans lesquels se déroulent des activité de création et de divulgation dans le domaine technologique et où se trouve facilitée la relation entre universités, centres technologiques, centres de recherche et activités productives en une concentration d’activités qui favorisent l’interactivité. La ville de demain est une ville d’interactivité spatiale propre à accueillir de telles activités denses en connaissance : infotechnologies, recherche, design, édition et industries culturelles et multimédia.
Ces espaces de ville complexe auront ainsi à déployer des systèmes d’incitation. Pour favoriser la présence de ces secteurs, il aura à les identifier, à les mettre en relation, à établir des mécanismes d’actualisation au fur et à mesure que de nouvelles activités s’incorporent à l’espace économique. De nouvelles conditions d’utilisation de l’espace public et de l’espace privé se dessinent, avec des infrastructures hautement compétitives adaptées aux requis urbanistiques, économiques, sociaux et environnementaux.
Les outils de l’ubiquité marquent d’ores et déjà certaines pratiques relatives à l’économie d’espaces devenus « intelligents » (de Kobé à Séoul) et sur lesquels il nous semble impératif que les territoires puissent exercer un vrai travail de veille afin qu’elles puissent en suivre avec les habitants les principales évolutions. Les territoires dont on souligne traditionnellement l’enclavement seront bien évidemment les premiers concernés par des usages naissants.
Les espaces intelligents qui se créent autour de nous au travers notamment des technologies sans fil et qui nous offrent une sorte d’Internet ambiant décliné à l’échelle de la cité transforment celle-ci en ville de la radiofréquence et des réseaux omniprésents, en territoires amplifiés en quelque sorte par l’intrusion d’espaces informationnels où se rencontrent par exemple les strates de connaissances qui forment par essence un monument ou une œuvre d’art et les flux d’informations contemporains. Une rencontre qui constitue une véritable allégorie de la construction identitaire territoriale dont un touriste par définition est en droit de s’enquérir. On a ainsi tout particulièrement pu mettre l’accent récemment sur des expériences permettant à tous ceux qui fréquentent un espace urbain dans les décennies qui viennent d’annoter leur environnement, de lui conférer un sens personnalisé, de se transformer en auteurs en se servant de cet environnement, d’être au départ d’un processus de construction de connaissances. Bref de rechercher bien évidemment, mais aussi de fournir informations et renseignements à partir des savoirs et des regards marqués par son propre horizon culturel

III - Une activité majeure de l’économie du savoir auvergnate : le tourisme de la mémoire et l’itinérance cognitive.

Le tourisme de demain était la grande préoccupation de la récente présidence luxembourgeoise de l’Union européenne : nous a été demandé alors une étude prospective en vue de la rédaction d’une charte du tourisme culturel. Ses principales conclusions s’appliquent parfaitement à l’Auvergne.
A l’heure où la gestion de l’identité et de la mémoire se transforme en enjeu décisif - dans le domaine notamment d’une mobilité individuelle qui relève toujours davantage d’une itinérance cognitive -, il convient d’adopter un regard résolument prospectif sur les horizons technologiques porteurs de nouveaux paradigmes de création et de management des savoirs. Il convient donc, pour aborder les questions relatives au tourisme culturel, de souligner les récentes analyses des économistes en la matière, de même que celles portant sur le nouveau statut de l’image et l’apport des neurosciences à leur anthropologie. Il faut également tenir le plus grand compte de l’utilisation des technologies de géolocalisation et de marquage de l’espace dans la mobilisation des résonances cognitives des environnements patrimoniaux et les nouvelles formes de tourisme de la mémoire.
On sait aujourd’hui l’importance pour les collectivités locales européennes, au cours de la décennie à venir, du développement d’une économie de la connaissance où les acteurs territoriaux se verront confrontés à de multiples défis : mise à disposition des habitants de portails locaux de formation, création de nouveaux lieux de transmission de savoirs sous l’égide des villes et collectivités, gestion de l’identité territoriale et développement d’un tourisme de la mémoire au travers de ses référents patrimoniaux, accompagnement de nouvelles formes de sociabilité cognitive au travers de l’utilisation de produits numériques nomades et de technologies comme celles de la géolocalisation… Les territoires qui s’avèrent en effet en mesure de multiplier les externalités permettant le développement de pôles de compétences sont ceux pour lesquels la priorité réside dans ces nouveaux rapports des territoires au savoir et à la création et dans une vraie gestion territoriale des connaissances.

A - Tourisme culturel et économie de la connaissance

Un regard prospectif sur le tourisme de demain et ses référents patrimoniaux et culturels ne peut que s’insérer dans la problématique de l’émergence d’une économie de la connaissance et donc de nouvelles stratégies territoriales de gestion des savoirs.
De nouveaux horizons pour les démarches de valorisation territoriale apparaissent aujourd’hui, qui seront autant de vecteurs clefs d’ici une génération
De nombreux responsables culturels négligent le lien de plus en plus étroit entre recherche, développement, innovation, création, éducation, connaissances, connaissance partagée et production de biens et de services [3] et ignorent souvent l’apport de structures informelles qui peuvent permettre des synergies efficaces entre tous les acteurs. Maints acteurs culturels se privent également d’outils précieux en oubliant les implications souvent, très concrètes, des nouvelles images ou encore l’apport des « neurosciences » par exemple à l’anthropologie des images patrimoniales.
Du verre intelligent à l’apprentissage tactile de l’architecture
Il nous faut prendre en compte aussi : les nouveaux rapports entre l’aménagement des espaces publics [4] et des supports informationnels basés par exemple sur la connexion à Internet sur de grandes surfaces de verre (grâce à l’utilisation des ondes sonores), l’utilisation de modèles architecturaux virtuels [5] (au travers notamment des travaux au cours de ces deux dernières années de l’Institut Herz à Berlin).
Ces développements technologiques permettent de revisiter non seulement un siècle et demi de regards artistiques sur les territoires, mais aussi le rapport de l’héritage culturel au développement économique contemporain.

B - De nouvelles formes d’exploration de la mémoire d’une ville ou d’un territoire.

Tous les prospectivistes sont unanimes : la mobilité individuelle relèvera toujours davantage d’une itinérance cognitive : l’impact territorial des technologies de la mobilité et de ces nouvelles formes d’itinérance se trouvent aujourd’hui largement expérimentées en Europe (notamment à Londres et à Helsinki, à Venise et à Alcala de Henares très prochainement).
Plusieurs expérimentations récentes nous permettent ainsi de nous démarquer d’un certain nombre de vieux schémas d’analyse, en évoquant notamment les réflexions prospectives aujourd’hui en cours, dans le domaine notamment de l’utilisation des technologies de géolocalisation et de marquage de l’espace dans la mobilisation des résonances cognitives des environnements patrimoniaux.
Les espaces intelligents qui se créent autour de nous au travers notamment des technologies sans fil et qui nous offrent une sorte d’Internet ambiant décliné à l’échelle de la Cité qui se transforme en ville de la radiofréquence et des réseaux omniprésents. Une ville amplifiée en quelque sorte par l’intrusion d’espaces informationnels. Une possibilité de rencontre aussi entre les strates d’informations qu’est par essence un monument ou une œuvre d’art et les flux d’informations contemporains, véritable allégorie de la construction identitaire.
On a ainsi tout particulièrement pu mettre l’accent récemment sur des expériences permettant à tous ceux qui fréquentent un espace urbain d’annoter leur environnement, de lui conférer un sens personnalisé, se transformer en auteur en se servant de cet environnement, de se voir auteurs et de vouloir et d’être au départ d’un processus de construction de connaissances. Bref de rechercher et de fournir informations et renseignements.
Un réseau de réflexion qui développe aujourd’hui un important programme de recherche autour des développements potentiels des matrices sociales - Proboscis - est parti de l’idée de ce que des technologies sans fil pouvaient créer en matière de géographie sonore urbaine. Il s’agit au fond de cartographier l’expérience que font au quotidien ceux qui parcourent une ville et qui cherchent à établir un lien entre ce qu’ils font au quotidien - dans leur travail économique, politique, culturel…- et ce qui se passe, se pense, se commente autour d’eux. S’enrichir et enrichir ce que pensent et savent ceux qu’ils côtoient de ce qu’ils croient savoir et penser eux-mêmes. Ce sont en fait des géographies sonores que Proboscis expérimente.
Le projet Urban Tapestries permet ainsi de créer un nouveau paysage urbain : il nous rend tout à la fois archéologues de nos environnements, mais aussi contributeurs à leur développement, en ouvrant des espaces d’enquête dans l’épaisseur des expériences de la ville : le projet permet aux usagers d’annoter leur propre ville virtuelle, permettant à la mémoire collective de la communauté dans laquelle ils se trouvent de croître quasi-organiquement, en permettant aux citoyens ordinaires d’enchâsser un savoir social dans le nouveau paysage sans fil de la cité.
Les usagers doivent pouvoir ajouter de nouveaux emplacements, des contenus pour ces emplacements et « enfiler » en quelque sorte les emplacements individuels à des contextes locaux par des dispositifs mobiles. L’usager doit être capable de sélectionner de tels « enfilements » (historiques, sociaux…) ou au contraire de se laisser conduire: il reçoit alors une carte des espaces qui se trouvent associés avec eux : ils peuvent la prendre comme guide ou au contraire demander au système de les prévenir dès qu’ils passent près d’un de ces espaces. Il s’agit là d’une sorte de performance de la mémoire collective
La ville au quotidien démultipliera ainsi les publications sur elle-même : des technologies nous permettent ainsi en tout cas de réarticuler ce qui pourra être écrite sur elle. Un outil précieux pour changer l’image d’une ville ? Reconfigurer aussi nos mémoires, autant personnelles que collectives et prendre peut-être la main sur elles...Chacun l’imagine : en rendant invisibles des composantes spatio-temporelles, le risque existe de rendre invisible encore davantage le rapport au pouvoir et son contrôle.
Il y a vingt ans très exactement, Michel de Certeau avait analysé les pratiques spatiales sans imaginer néanmoins combien celles-ci pourraient changer notre « quotidien informationnel ». Les outils aujourd’hui à notre disposition complètent et enrichissent nos perceptions spatio-temporelles de la ville : le projet Amble du Media Lab Europe ajoute les connotations temporelles à la carte urbaine qui se trouve sur votre PDA : la carte nous dit en quelque sorte le temps à parcourir.
De nombreuses applications semblables ont été expérimentées récemment.
Avec Sonic City, un projet suédois de l’Institut Victoria, nous traduisons en musique l’espace que nous parcourons, donnant ainsi à découvrir ou à penser tout ce qui le structure. Le nomadisme urbain se fait ainsi sonore, rythme et expérience corporelle démultipliée. Processus fort de personnalisation de la ville. Le projet Tejp développé par le même institut nous permet de laisser, anonymement ou non, des tags musicaux : création de communautés locales, gestion de nouveaux types de relation sociale.
Nous pouvons là encore attacher à un espace donné le volume d’une communication mobile. Ce qui nous apparaissait familier et connu dans l’espace urbain peut nous livrer ainsi des sensations nouvelles, étranges peut-être, beaucoup d’interrogations certainement et en tout cas une démultiplication des facteurs de curiosité et des occasions de connaître, regarder, questionner autrement, révéler largement ce qu’il nous semblait pourtant connaître. Ce qui ne nous appartient pas peut être personnalisé.
Texting Glances est de son côté un projet développé par le Trinity College de l’Université de Dublin. Le projet permet de nouvelles formes de construction de la mémoire d’un lieu, espace de transport ou lieu d’attente. Construction, à l’échelle de l’espace d’une ville, en plusieurs points mis en réseaux, au travers de textes et d’images, d’une véritable mémoire collective. On ne peut s’empêcher de penser aux archivistes et aux futurs historiens de la ville : si les médiévistes disposaient aujourd’hui d’un tel matériau, l’histoire urbaine des siècles passés pourrait ainsi être rétrospectivement écrite.
La mutation de la perception de l’espace et du temps à l’œuvre sous nos yeux  constitue donc un élément clef lorsque l’on aborde les impératifs présents et futurs  de l’économie patrimoniale. Il s’avère donc urgent de prendre en compte un tel développement de nouvelles temporalités - celle de l’attente par exemple - ou encore et surtout la construction d’infrastructures invisibles qui permet une sorte d’archéologie à l’envers où nous creusons métaphoriquement un espace pour y placer contributions et annotations, ce que développent d’ailleurs d’autres expérimentations encore tels que Glitch.
De multiples autres projets peuvent ainsi être cités: l’utilisation du téléphone mobile pour les enfants de zones rurales en Galicie pour la découverte du patrimoine local , l’utilisation d’un Pocket PC pour la visite d’un monument et la compréhension de son décor : le projet PEACH (Personal Experience with Active Cultural Heritage) a permis de générer un modèle tridimensionnel de texture ayant comme objectif la création et la manipulation interactive de films virtuels virtuelle photo-réaliste, ce qui permet de voir et d’étudier en réalité virtuelle par exemple la tour du château de Buonconsiglio à Trente; le suivi en temps réel d’objets en trois dimensions dans un flux vidéo dans le cadre du projet SORA (Suivi d’Objets pour la Réalité Augmentée). Grâce au logiciel D-fusion, des incrustations d'images virtuelles s’avèrent possibles en temps réel : on peut non seulement incruster des objets virtuels dans la main grâce à un capteur, mais il est également possible de faire évoluer ces objets dans un véritable décor. Le concept réside dans le fait qu'une personne puisse présenter des objets de synthèse en les tenant dans ses mains, ce qui fait appel à de la calibration optique de caméra, à des systèmes de capture de mouvements, du temps réel naturellement, mais aussi des mélanges entre des images vidéos et des images de synthèse.  Pour qu'une image virtuelle paraisse réelle et que le virtuel et le réel se confondent, il faut en effet que l’image réagisse à son environnement - ainsi le reflet d'une main sur la carrosserie d’une voiture de pixels, effectué en temps réel -.  L'étape suivante pourra être l'intégration de toutes ces technologies dans la caméra même, avec ces algorithmes et logiciels qui tourneront à l'intérieur.

C- L'experience de voyage numérique

Récemment à Aurillac, nous avons eu l’occasion d’évoquer quelques axes relatifs aux potentialités de nouvelles de tourisme que nous pouvons d’ores et déjà commencer à développer dans la décennie qui vient. Nous avons surtout souligné l’importance pour les acteurs du tourisme la géolocalisation de l'internaute et donc la possibilité d’avoir à l’avenir de plus en plus la possibilité à son égard d’avoir un discours spécifique et des propositions plus ciblées et plus personnalisées: étiquettes géographiques, cartes personnalisables, équipements nomades…
On rappellera ici quatre champs auxiliaires majeurs :
* la géolocalisation permet de plus en plus au touriste de dialoguer avec les tags Internet dont la ville se dote progressivement pour renseigner le voyageur et “googler” la rue. Les informations concernant le monde deviennent visibles au travers de ce qu’il est convenu d’appeler le géoweb, le web chargé de données géographiques grâce à qui on peut localiser une boutique, le lieu où a été prise une photo… Le géoweb d’aujourd’hui permet de voir des données que jusqu’à présent nous ne pouvions que lire de façon généralement abstraite ou seulement chiffrée. Il permet de voir le prix médian des maisons par quartier, leurs variations et le nombre de celles qui sont en vente. Les maisons apparaissent aussi sur la carte en fonction de leur date de construction. Cela permet de voir comment un territoire perd ou gagne en dynamisme. Un site comme Mapr qui permet de visiter une région sur la base des photos géotaggées préfigure de nombreuses pratiques à venir.
* Les équipements nomades sont toujours davantage les compagnons du touriste : baladeurs MP3, iPod, Blackberry et simples téléphones cellulaires de nos e-touristes, audionautes et autres mobinautes requièrent des cartes routières de la région visitée à jour, des podcasts de visites guidées…
* Après le voyage, s’impose de technologies de « suivi » aujourd’hui essentielles: avis d'utilisateurs, commentaires, forums, carnets et blogs de voyage…
* Les cartes Web s’orientent dès aujourd’hui vers des contenus de plus en plus personnalisés d’une part, immersifs d’autre part -, ceci à l’instar des mondes virtuels sociaux qui constitueront à l’évidence l’une des données majeures de notre horizon économique et culturels d’ici une quinzaine d’années -. Elles deviennent littéralement la matière première que ce que nous appelons aujourd’hui la néo-géographie. Les internautes sont en effet de plus en plus nombreux à mettre sur des endroits précis d’une carte en ligne leurs photos de leurs voyages ou les post de leurs blogs; ils peuvent ainsi créer dès aujourd’hui des cartes annotées très détaillées accessibles à tous et classées par thèmes (localisation de monuments ou de sites par exemple). La cartographie est donc en train d’acquérir une véritable dimension émotionnelle où l’interaction est - et sera de plus en plus - omniprésente : la carte, ne l’oublions pas - surtout en termes de stratégie de développement touristique et économique - qu’un support sur lequel primeront les données taguées (images, opinions, critiques).

Les nouvelles sensibilités

L’e-tourisme rural est d’abord un tourisme culturel qui se développe au sein de l’économie du savoir en genèse sous nos yeux. Une économie où la valeur de référence est la connaissance.
Le territoire devra de plus en plus au travers des reconnaissances cognitives de ceux qui voudront le découvrir aider à se faire lire, comprendre, analyser … et aimer.
Un tel processus peut s’instrumentaliser dans le très bon sens du terme. Pour cela, il faut évidemment toujours déterminer le niveau d’interactivité souhaité.
Ainsi, les interactions entre un visiteur et les contenus offerts peuvent être rendues disponibles au travers de multiples dispositifs autorisant la génération de contenus par les visiteurs. Ces contributions des visiteurs peuvent aussi être disponibles pour commentaires et peuvent ainsi s'influencer entre elles : les individus se trouveront ainsi de plus en plus inter-reliés autour de l'expérience qui s'enrichit encore de ces interactions sociales. Les visiteurs peuvent naturellement aussi interagir directement les uns avec les autres autour des contenus présentés grâce à différentes approches qui touchent naturellement davantage la clientèle des jeunes soucieux de communication en temps réel (messagerie instantanée), de création d’univers mentaux en ligne ou de partage d’une expérience avec autrui.
Il faudra ainsi de plus en plus développer - pour une meilleure compréhension de ce qui est montré- les approches tactiles dans l’espace public. Nous avons ainsi fait l’expérience l’an dernier - et notamment à la Bibliothèque d’Alexandrie - d’une démarche qui consiste à utiliser les grandes surfaces de verre - précédemment évoqués - dans des dispositifs muséologiques ou des expositions (à Toulon par exemple). Une technologie aujourd’hui testée également par des boutiques londoniennes et qui permet d’acheter à toute heure des habits, sans entrer dans le magasin, en touchant simplement la vitrine interactive de la boutique. Expérimenté à Londres, le dispositif se généralisera à l’horizon de la génération à venir. Une fois la commande passée, le client entre son numéro de téléphone ou son adresse e-mail sur un petit clavier virtuel, ce qui lui permet de recevoir un bon de commande et de régler, ensuite, ses achats à distance. Ce dispositif qui ne nécessite pas de travaux : es images du catalogue de vêtements proviennent d’un DVD lu par un ordinateur. Elles sont diffusées, de l’intérieur du magasin, via un rétroprojecteur sur la vitrine. Ensuite, la devanture est tapissée d’un film transparent et souple, balayé par une caméra infrarouge qui détecte les moindres gestes du client. Enfin, un logiciel traduit ces mouvements afin de permettre à l’usager de tourner les pages du catalogue et de passer commande. Expérimentée en 2005, en France, par les sociétés Peugeot et le restaurant Planète Hollywood à Paris, la technologie, peu compliquée à mettre en œuvre, est déjà commercialisée au Japon et caractériseront les espaces publics des territoires de demain. Nous travaillons aujourd’hui au sein de notre réseau aux diverses scénarisassions de ce type de dispositif.
De manière générale, la glocalisation, on le sait bien, est à l’œuvre partout : l’impact majeur des processus de mondialisation et de globalisation - dont nous connaissons aujourd’hui une nouvelle étape - est naturellement le besoin d’enracinement dans un territoire.

Conclusion

L’Auvergne de 2030 sera - probablement plus pour son bonheur (démultiplication de démarches d’accueil) que pour son malheur (délocalisation d’activités) - une terre ouverte.
Mais pour accueillir la culture d’autrui, il faut lui faudra d’autant plus développer la sienne.
Pour être terre d’innovation, il lui faudra donc faire usage avec rigueur de la boite à outil de son identité. Car, on l’oublie trop, l’innovation est d’abord ouverture.

DANS UNE GENERATION :L’AUVERGNE, TERRE OUVERTE.© (Laura Garcia Vitoria)