FINAL EUMEDIS CONFERENCE:
“Closing the digital gap in the Mediterranean region”

Under the auspices of the Ministry of Communications and Information Technology

Bibliotheca Alexandrina, Alexandria, Egypt
10 – 12 June 2006

"Économie growth and social development:
An increag role for the ICT tools and operators in the region".

Un appel du Réseau des Villes Numériques à Alexandrie
P our une économie de l’identité et du savoir
Laura Garcia Vitoria, Directrice scientifique du Réseau européen des Villes Numériques
Présidente d’ARENOTECH

III - DEMAIN

A - Une geo-éconoie méditerranéenne basée sur des espaces interregionaux de connaissances

  • 1 - Les futures stratégies de Lisbonne à l’échelle méditerranéenne
  • 2 - Le paradigme de Poblenou
  • 3 - Le processus de Mataro
  • 4 - De nouvelles demandes face à une recherche territorialisée
  • 5 - De nouveaux horizons pour les démarches de valorisation territoriale
  • 6 - De nouvelles formes d’exploration de la mémoire d’une ville ou d’un territoire.

B - Un recadrage de l'action urbaine et terrritoriale et de ses fondements

C - Les dispositives territoriaux d'aide aux savoirs

  • 1 - La Méditerranée au défi de l’image territoriale
  • 2 - Le rôle des communautés intensives en connaissances
  • 3 - Les immatériels du secteur public

III - DEMAIN

A ce stade aussi, les enjeux sont aux mains des territoires et…de la société locale du savoir. Aussi est-il est urgent de créer à l’échelle de l’ensemble de la Méditerranée une plate-forme de savoirs pour un retour au sentiment partagé d’un espace de connaissances.Il s’agira par là-même de créer une vitrine d’outils et de savoirs faire, en liaison avec universités et laboratoires de recherche, entreprises et agences locales de développement, de développer les usages et services innovants dans le domaine des technologies du numérique au service des territoires et bien évidemment d’accompagner une totale révision des rapports ici maintes fois évoqués entre territoires et savoirs. Un programme aussi pour renouveler l’enseignement de l’image à l’horizon de l’Euro-méditerranée de demain : plus mobile, donc plus proche, plus apprivoisable intellectuellement, au travers notamment des outils de la mobilité intelligente. Le concept même d’objets d'apprentissage peut aujourd’hui compléter un tel tableau, de par leur nature même réutilisables et réagençables selon différents objectifs ou environnements [10] .

Dans l’ensemble des expériences, projets, programmes et réalisations que nous suivons et que nous accompagnons à l’échelle internationale [11] , nous retrouvons la même évolution forte déjà largement mentionnée relative aux rapports entre les territoires et les savoirs et l’impérative nécessité pour ceux-ci d’en assurer la gestion et la transmission.

Il nous suffira ici d’évoquer quelques exemples. Les sociétés méditerranéennes ont aujourd’hui une incontestable longueur d’avance potentielle en ce qui concerne la compétitivité par le savoir. Si l’on analyse avec soin le développement de certaines stratégies territoriales de l’Europe méditerranéenne, nous pouvons d’ores et déjà répondre à certaines de nos interrogations : ce qui fait progresser les territoires en matière de gestion numérique de l’information et de la connaissance, ce sont - transcendant les technologies - les savoirs qu’elle possède déjà en termes de structuration et d’intégration des savoirs, et ce sans que les divers acteurs en soient véritablement conscients. C’est la première vision, nous semble-t-il, du futur que nous pouvons avoir.

A - Une geo-éconoie méditerranéenne basée sur des espaces interregionaux de connaissances

Au-delà, ce sont également des espaces régionaux et interrégionaux de connaissances qu’il convient de créer pour faciliter transferts technologiques et mutualisation d’outils. Une stratégie qui entend se situer par rapport à l’action de réseaux tels que ceux construits par des quartiers apprenants qui aujourd’hui permettent à de nombreuses collectivités européennes de travailler et de réfléchir ensemble dans leurs programmes de villes intelligentes ou de cités-savoir.

Il faut ainsi songer aux constructions territoriales ultrapériphériques de la Communauté européenne sous l’égide notamment des Canaries qui, de Tenerife à Las Palmas, semblent destinés au-delà des colonnes d’Hercule à devenir très bientôt des territoires d’expérimentation et d’interface de mise en œuvre de tels modèles à l’échelle atlantique. Mais l’exemple emblématique sera clairement celui de la coopétition euro-méditerranéenne qui caractérisera le monde économique et culturel de 2020 s’inscrit dans le développement d’un espace méditerranéen de la connaissance.

1 - Les futures stratégies de Lisbonne à l’échelle méditerranéenne

Ce que nous pouvons appeler - de manière évidemment métaphorique - les futures stratégies de Lisbonne déclinées à l’échelle locale est appelé à s’incarner dans des quartiers apprenants qu’illustre bien l’exemple de Poblenou à Barcelone que nous avons tenu à présenter dans le cadre de Global City à Cannes en 2005. Mais, parmi bien des mécanismes qui commencent d’ores et déjà à se mettre en place, nous aurons à évoquer également une autre traduction possible de telles stratégies et que nous dénommerons le processus de Mataro.

A cette fin, ce sont plusieurs chantiers que nous nous proposons ici d'évoquer à partir des réalisations et des projets que nous accompagnons maintenant depuis plusieurs années et qui relèvent largement de la stratégie de Lisbonne.

Sans prétendre nullement ici à quelqu'exhaustivité, nous en retiendrons trois :

  • - il nous faut d'abord constater en tout premier lieu le grand retour de l'idée que la cité et son territoire sont vus depuis l'Antiquité méditerranéenne - nous renvoyons ici à nos propos premiers -, comme un espace de mise en oeuvre et de diffusion du savoir. Ce défi de redéfinition de la ville, de la redéfinition d'une région et d'un territoire est celui qui nous attend tout au long des années à venir. Et là, il y a un monde voué à redevenir un grand espace d'exemplarité possible pour l'ensemble de la planète, l'espace euro-méditerranéen de la connaissance. C'est en partie de lui que pourra venir une réponse efficiente à ce grand défi d'une nécessaire reformulation du cadre d’action des collectivités.
  • - le second grand défi qui lui est parallèle est celui de la mise en oeuvre de l'identité territoriale et de la (re)construction notamment des objets patrimoniaux qui lui sont liés. Nous nous permettrons ici d'évoquer quelques-unes des conclusions de l'analyse présentée au Palais de Venise à Rome le 14 octobre 2005 dans le cadre de notre journée de séminaire organisée en liaison avec le Centre National de la Recherche italien sur ces questions.
  • - le troisième défi que nous évoquerons présentement est évidemment celui de la réorganisation territoriale du savoir sociétal que les acteurs locaux pleinement soucieux de légitimité, quelles que soient les difficultés qui y soient inhérentes, devront mettre en oeuvre. Pourquoi nous le dissimuler ici ? Une telle réorganisation fait peur à nombre de nos contemporains: elle exige en effet une prise en compte de ce qu'a été le passé de nos sociétés - qu’il convient donc de prendre en considération - et davantage encore des projections prospectives qui, comme nous le soulignons souvent, déclinent de fait notre futur à l'aune du présent. Mais en même temps, aucun défi d'intelligence économique à l'échelle des territoires ne saurait être pris en compte sans une telle réorganisation.

Nous nous proposons donc d'évoquer brièvement quelques-unes des composantes de ce triple défi.

2 - Le paradigme de Poblenou

La compatibilité et l’interopérabilité des usages sera de plus en plus la réponse des urbanistes à la complexité qui caractérise l’économie de la connaissance au travers de la mise en place d’infrastructures de la connaissance, vue la propension de l’économie de la connaissance à utiliser l’intelligence comme principale ressource productive. Architectes et urbanistes devront en effet de plus en plus répondre à la nécessité d’améliorer les conditions de transmission de connaissances entre le système d’éducation et de recherche et le système productif et utiliser pour cela leur champ d’intervention, l’espace urbain. C’est ce qu’illustre aujourd’hui le chantier de Poblenou à Barcelone.

Dans le cas de Barcelone, c’est également, au-delà des ambitions économiques qui caractérisent la ville, la dimension culturelle qu’il convient de relever tout d’abord dans l’objectif que s’est clairement fixée la capitale catalane : faire de la ville l’un des hauts lieux de convergence des flux d’une nouvelle culture numérique et y assurer un « accès intelligent » pour tous qui y vivent et y travaillent. Le suivi de telles ambitions correspond à un réel travail d’accompagnement des regards prospectifs qui guident maintes stratégies de la ville. La transmission d’une information qui puisse se présenter réellement sous une forme interactive constitue l’un des objectifs majeurs du plan stratégique de Barcelone Métropole. Les objectifs qu’elle s’est donnée en la matière ne souffrent guère d’ambiguïté : « Barcelone, est-il en effet écrit dans le troisième plan stratégique, doit s’identifier comme un territoire d’innovation constante ». On y rencontre donc certes les nécessités de l’alphabétisation en matière de connexion électronique, mais aussi et surtout un plan de recherche en partenariat avec les universités pour renforcer la création d’une société locale de la connaissance, l’élaboration d’outils destinés au suivi d’une telle construction territoriale et même la création d’un « diseno urbano » basé sur les infotechnologies et qu’illustre bien la transformation d’un quartier de l’époque industrielle - Poblenou - en quartier du savoir, de la créativité et du transfert de technologie qui s’y veut omniprésent au travers de la création de centres adéquats permettant la création d’entreprises à partir de technologies innovantes et surtout le soutien de projets permettant de créer des usages applicatifs à partir des laboratoires de recherche.

La ville est destinée à être non seulement un centre d’échange de biens, mais aussi un forum pour l’échange d’idées et un espace où l’on peut générer, diffuser et appliquer de la connaissance et ce notamment au sein d’espaces dans lesquels se déroulent des activité de création et de divulgation dans le domaine technologique et où se trouve facilitée la relation entre universités, centres technologiques, centres de recherche et activités productives en une concentration d’activités qui favorisent l’interactivité. La ville de demain - dans le monde méditerranéen autant, voire plus qu’ailleurs - est une ville d’interactivité spatiale propre à accueillir de telles activités denses en connaissance : infotechnologies, recherche, design, édition et industries culturelles et multimédia.

Ces espaces de ville complexe auront ainsi à déployer des systèmes d’incitation. Pour favoriser la présence de ces secteurs, il aura à les identifier, à les mettre en relation, à établir des mécanismes d’actualisation au fur et à mesure que de nouvelles activités s’incorporent à l’espace économique. De nouvelles conditions d’utilisation de l’espace public et de l’espace privé se dessinent, avec des infrastructures hautement compétitives adaptées aux requis urbanistiques, économiques, sociaux et environnementaux.

3 - Le processus de Mataro

La gestion territoriale des connaissances dans les collectivités à l’horizon 2020 est amenée à s’appuyer sur des processus spécifiques dont certains ont déjà fait l’objet de premières applications. Il nous semble donc intéressant d’en évoquer l’une des plus pertinentes au regard de nos propres recherches. La démarche de la petite ville de Mataro en Catalogne nous semble de la sorte parfaitement résumer l’une des concrétisations territoriales possibles des stratégies de Lisbonne, au point qu’au sein de notre Réseau, nous avons baptisé cette démarche le processus de Mataro. Rappelons en les origines : la Fondation Tecnocampus Mataró avait organisé il y a trois ans de cela un colloque « usagers et réseaux créateurs de la nouvelle ville » qui évoquait les horizons ouverts par la gestion urbaine en réseau. Avec une équipe d’économistes de l’Université Politechnique de Catalogne, ce séminaire a par la suite permis de modéliser un certain nombre d’axes de développement de la ville en la matière. La ville de Mataro s’était placée d’emblée sous l’égide d’un plan directeur qui entend en faire une ville de la connaissance, capable d’exploiter pleinement le capital intellectuel de la ville et de son territoire comme source principale de richesse, de prospérité et de croissance future. A été utilisé à cette fin une modélisation économique (modèle CICBS : Cities’ Intellectual Capital Benchmarking System) qui se traduit par la création et la gestion d’une plate-forme de connaissance, ceci à partir notamment des micro-clusters existants dans la cité.

Ce processus se base en effet sur cinq points majeurs :

  • - la vision issue de l’analyse des potentialités existantes à partir d’entrevues avec des personnalités de la ville, dans des domaines tels que les sciences de la vie, les sciences sociales, la planification urbaine, la gestion des entreprises, de manière à ce que puissent être développés de véritables champs d’attractivité.
  • - l’identification des activités essentielles capables de mener à terme une telle vision à travers des actions et projets forts
  • - l’identification également des compétences essentielles pour accomplir ces actions et ces projets
  • - le choix des indicateurs pour chaque activité et chaque compétence essentielles,
  • - l’assignation enfin de ces indicateurs à chacune des grandes catégories intellectuelles (capital humain - avec notamment les valeurs culturelles de la ville -, capital des structures - laboratoires, systèmes de gestion, structures organisationelles…-, capital marchand - éléments de compétitivité -, capital de rénovation et de développement et enfin capital de l’ensemble des démarches engagées.

La finalité d’une modélisation globale [12] consiste ainsi  à mesurer et gérer le capital intellectuel de chacun des micro-clusters présents sur le territoire, ceci à travers notamment un processus de benchmarking de leur capital intellectuel spécifique qui permet par exemple d’obtenir un index de confiance globale [13] . L’application du modèle amène de la sorte à une vision stratégique du développement de la ville, de la cohésion sociale (où la vie associative est amenée à jouer un rôle de tout premier ordre) et des possibilités de croissance économique durable. Les responsables de la collectivité peuvent ainsi juger de l’importance des vecteurs culturels, de la créativité et de l’innovation, véritables piliers du développement urbain futur et des capacités de compétitivité du territoire du fait même de ses actifs intangibles. Le rôle de tels facteurs se voit naturellement démultiplié par les infotechnologies.Un modèle spécifique [14] implique l’ensemble des micro-clusters (et leurs potentialités face à de nouvelles productions émergentes), aux côtés de la plate-forme globale des capacités intellectuelles de la collectivité ; la gestion commune de ces deux composantes du capital de la ville s’appuie notamment sur des démarches de benchmarking des potentialités d’autres collectivités. On aboutit ainsi à un système de support décisionnel [15] , un système d’information et d’aide aux décisions stratégiques des élus et aux choix de financement, un point de départ aussi pour les investigations ultérieures accompagnant une telle stratégie de construction d’une ville de la connaissance. On oublie souvent qu’un tel processus concerne - pour ce qui est de la production, la diffusion et l’utilisation des connaissances - plus de 50% du PIB des états membres de l’OCDE.

4 - De nouvelles demandes face à une recherche territorialisée

On sait aujourd’hui l’importance pour les collectivités locales, au cours de la décennie à venir, du développement d’une économie de la connaissance où les acteurs territoriaux se verront confrontés à de multiples défis : mise à disposition des habitants de portails locaux de formation, création de nouveaux lieux de transmission de savoirs sous l’égide des villes et collectivités, gestion de l’identité territoriale et développement d’un tourisme de la mémoire au travers de ses référents patrimoniaux, accompagnement de nouvelles formes de sociabilité cognitive au travers de l’utilisation de produits numériques nomades et de technologies comme celles de la géolocalisation… Les territoires qui s’avèrent en effet en mesure de multiplier les externalités permettant le développement de pôles de compétences sont ceux pour lesquels la priorité réside dans ces nouveaux rapports des territoires au savoir et à la création et dans une vraie gestion territoriale des connaissances. L’émergence d’une économie de la connaissance modifie ainsi de nombreux paramètres.

5 - De nouveaux horizons pour les démarches de valorisation territoriale

Un regard prospectif sur le tourisme de demain et ses référents patrimoniaux et culturels ne peut que s’insérer dans la problématique de l’émergence d’une économie de la connaissance et donc de nouvelles stratégies territoriales de gestion des savoirs. Une telle prise en compte nous amène à rappeler quelques-unes des raisons majeures qui justifient une mutation profonde des paradigmes qui structurent nos débats. Au sein de ces programmes de territoires de l’apprenance, mais aussi en marge des programmes institutionnels, bien des mutations sociales, intellectuelles ou technologiques sont à prendre en compte.

De nombreux responsables négligent le lien de plus en plus étroit entre recherche, développement, innovation, création, éducation, connaissances, connaissance partagée et production de biens et de services et ignorent souvent l’apport de structures informelles qui peuvent permettre des synergies efficaces entre tous les acteurs, structures telles que :

  • - des communautés de pratiques qui font circuler et qui comparent de manière incessante les « meilleures pratiques »
  • - des communautés épistémiques surtout qui sont des groupes engagés dans des processus de création de connaissance et qui construisent progressivement pour y parvenir une structure commune permettant une compréhension partagée.

De tels groupes peuvent mettre en place les conditions d’une réelle confiance cognitive dans des actions réunissant par exemple tous ceux qui peuvent contribuer à la valorisation d’un territoire et l’élaboration de véritables codebooks de langages communs et des modèles mentaux partagés.

6 - De nouvelles formes d’exploration de la mémoire d’une ville ou d’un territoire.

Tous les prospectivistes sont unanimes : la mobilité individuelle relèvera toujours davantage d’une itinérance cognitive : l’impact territorial des technologies de la mobilité et de ces nouvelles formes d’itinérance se trouvent aujourd’hui largement expérimentées en Europe (notamment les réflexions conduites à Venise et à Alcala de Hénarès).

Plusieurs expérimentations récentes nous permettent ainsi de nous démarquer d’un certain nombre de vieux schémas d’analyse, en évoquant notamment les réflexions prospectives aujourd’hui en cours, dans le domaine notamment de l’utilisation des technologies de géolocalisation et de marquage de l’espace dans la mobilisation des résonances cognitives des environnements patrimoniaux.

Ce qui apparaissait familier et connu dans l’espace urbain peut livrer ainsi des sensations nouvelles, étranges peut-être, beaucoup d’interrogations certainement et en tout cas une démultiplication des facteurs de curiosité et des occasions de connaître, regarder, questionner autrement, révéler largement ce qu’il nous semblait pourtant connaître. Ce qui ne nous appartient pas peut être personnalisé.

Des projets permettent de nouvelles formes de construction de la mémoire d’un lieu, espace de transport ou lieu d’attente. Construction, à l’échelle de l’espace d’une ville, en plusieurs points mis en réseaux, au travers de textes et d’images, d’une véritable mémoire collective. On ne peut s’empêcher de penser aux archivistes et aux futurs historiens de la ville : si les médiévistes disposaient aujourd’hui d’un tel matériau, l’histoire urbaine des siècles passés pourrait ainsi être rétrospectivement écrite.

La mutation de la perception de l’espace et du temps à l’œuvre sous nos yeux  constitue donc un élément clef lorsque l’on aborde les impératifs présents et futurs  de l’économie patrimoniale. Il s’avère donc urgent de prendre en compte un tel développement de nouvelles temporalités - celle de l’attente par exemple - ou encore et surtout la construction d’infrastructures invisibles qui permet une sorte d’archéologie à l’envers où nous creusons métaphoriquement un espace pour y placer contributions et annotations, ce que développent d’ailleurs d’autres expérimentations encore.

De multiples autres projets peuvent ainsi être cités: l’utilisation du téléphone mobile pour les enfants de zones rurales en Galicie pour la découverte du patrimoine local, l’utilisation d’un Pocket PC pour la visite d’un monument et la compréhension de son décor également : le projet PEACH (Personal Experience with Active Cultural Heritage) a permis de générer un modèle tridimensionnel de texture ayant  comme objectif  la création et la manipulation interactive de films virtuels, ce qui permet de voir et d’étudier en réalité virtuelle par exemple la tour du château de Buonconsiglio à Trente.

B - Un recadrage de l'action urbaine et terrritoriale et de ses fondements

La connaissance (depuis quelque trois millénaires en ce qui concerne notamment le monde méditerranéen) a été longtemps perçue comme le matériau même de l'urbanité avec un savoir disponible et distribué dans les grands carrefours de vie, de gestion et de pensée qu’étaient les villes de l’Antiquité à l’ère industrielle. Et ne nous y trompons pas : la ville d'aujourd'hui se place précisément à nouveau à l'heure du grand retour de l'agora et du forum. Ce qui nous importe naturellement ici est d'en percevoir l'impact concret sur nos objectifs d'aujourd'hui. Pour ce, il nous faut rappeler ici d’abord quelques-unes des modalités des programmes que des entités urbaines développent aujourd'hui un peu partout dans le monde.

Les axiomes temporels constituent ainsi à nouveau une composante privilégiée des matériaux du savoir et de l'urbanité, ce d’autant que le patrimoine s’inscrit aujourd’hui parmi les défis épistémologiques nés des infotechnologies permettant de l’intégrer à l’élaboration de l’image territoriale. Ces défis épistémologiques ont fait l’objet d’une première synthèse dès 1998 au travers du projet européen MOSAIC (www.arenotech.org) dont les préconisations se sont avérées fondatrices pour nombre d’expérimentations et de réalisations menées à l’échelle internationale, et ceci singulièrement dans certains pays méditerranéens.

Cela nous met en tout cas de réfléchir sur la mutation de la perception de l’espace et du temps à l’œuvre sous nos yeux : problématiser nous semble en tout cas être une réelle urgence dans un domaine comme le nôtre, avec le développement de nouvelles temporalités comme celle de l’attente par exemple, ou encore et surtout la construction d’infrastructures invisibles. De nouveaux paradigmes apparaissent ainsi. Nombreuses sont les approches récentes non évoquées ici : ce sont plusieurs dizaines de démarches qu’il conviendrait de présenter ici. Mais l’essentiel ne réside pas dans le grand nombre d’expérimentations en tant que tel, mais dans un quatruple constat en ce qui concerne l’identité attractive et la gestion de la mémoire locale :

  • - dire l’identité : les nouveaux outils dont nous disposons permettent d’enrichir considérablement un certain nombre de nos connaissances implicites et leur nouveau rapport et leurs interactions avec les connaissances explicites placent par exemple le visiteur des lieux de mémoire en situation d’innovation. En outre, ils permettent un retour conséquent des savoirs socialement et intellectuellement codifiés dans la construction identitaire, en lui apportant par là-même une plus grande rigueur.
  • - agencer une mémoire vecteur d’innovation : de récentes recherches montrent que la gestion de la mémoire place ainsi nos environnements et nos territoires en situation d’acceptation plus grande des mutations et donc en position de réelle attractivité. Il s’agit là incontestablement d’un autre regard sur la mémoire de demain.
  • - réorganiser le savoir sociétal à l'échelle du territoire : tant l'économie de la connaissance - dont nous ne faisons que soupçonner en réalité les premiers linéaments - que les nouveaux impératifs de compétitivité sociale et territoriale nécessitent, on l’a vu, une profonde réorganisation du savoir au sein de nos villes méditerranéennes. Groupes d'expertise et de partage d'expériences et nouvelles agoras du savoir en préfigurent ainsi quelques-uns de ses traits futurs. Les travaux du Centre de Recherche en Economie et Gestion de l’Université de Rennes ont montré d’ailleurs combien l’intellectualisation de nos productions conduit à développer un lien de plus en plus étroit entre recherche, développement, innovation, éducation, connaissances, connaissance partagée et production de biens et de services et que les multiples dimensions de ce phénomène ont d’ailleurs conduit à un réel renouvellement théorique de l’analyse économique. Un atout, on l’a compris, pour notre monde méditerranéen.
  • - développer un e-business territorialis : au-delà des mutations paradigmatiques du cadre même de l’exercice des activités économiques, il faut souligner deux caractéristiques essentielles du e-business territorial  [16] . D’abord, le territoire comme objet et environnement d’achat de nouveaux services en ligne est amené à constituer dans la décennie à venir un acteur central dans le domaine du commerce économique. Les collectivités devront veiller d’autre part à accompagner et faciliter un véritable B to B territorial, mais aider au développement d’entreprises étendues suppose de vrais changements dans la boîte à outils de l’action des collectivités publiques.
C - Les dispositives territoriaux d'aide aux savoirs

Nous avons récemment analysé la manière dont divers outils - dont notamment les technologies de géolocalisation et de marquage de l’espace - permettent le développement de formes d’apprentissage continu au travers de dispositifs mis en place à l’échelle des territoires, et ce en partant notamment de récentes expérimentations menées en Europe du Nord.

1 - La Méditerranée au défi de l’image territoriale

L’image apparaît de plus en plus anthropomorphique, « embarquée » et bien évidemment omniprésente et surtout caractérisée par son ubiquité. De manière plus générale, la crise de la représentation que nous vivons et dans laquelle - plusieurs études récentes le soulignent - les images, support majeur s’il en est de notre « héritage », finiront par ne plus représenter qu’elles mêmes et par être à elles-mêmes leur seul message. Il ne faut pas à cet égard oublier les implications, économiques souvent très concrètes des nouvelles images et l’apport des neurosciences par exemple à « l’anthropologie » des images.

Au-delà en effet des images véhiculées par les outils de la mobilité par exemple ou les écrans de la ville, l’image se définit aussi comme une représentation commune de la réalité et à ce titre le rôle qu’elle joue dans la coordination des connaissances individuelles est amené à former l’un des processus majeurs à l’œuvre dans le nouvel horizon économique : son statut dans l’histoire d’une partie de la Méditerranée peut ici constituer une réelle difficulté.

Ce qui est très probablement en jeu pour l’essentiel, ce sont  les mécanismes d’acquisition, de création et de coordination des connaissances, ainsi que - certains prospectivistes l’oublient trop - les mécanismes d’évolution des organisations reposant sur la croissance cumulative des connaissances : le concept d’image met également en avant le fait même qu’à toute situation doit être conféré un sens. L’innovation met ainsi en scène la création d’images d’événements futurs permettant de guider l’action. C’est par là-même toute une définition de la gouvernance qui se forge : « innovation et production de connaissance dépendent de l’interprétation sociale de la situation. Cette interprétation sociale de la situation contribue à déterminer un plan d’action ».  Tout responsable se doit ainsi d’exercer un véritable leadership cognitif afin d’aligner les cadres interprétatifs des acteurs. L’image qu’il déploie permet de faire de l’institution un dispositif cognitif collectif, ce qui fait qu’au-delà des dimensions formelles et incitatives le pouvoir sera donc amené toujours d’avantage à revêtir des dimensions cognitives.

2 - Le rôle des communautés intensives en connaissances

C’est au travers de ces communautés que a décennie à venir se situe potentiellement au cœur d’une nouvelle culture de la croissance. Ces communautés apparaissent comme de nouvelles formes de coordination efficace dans les organisations sous forme de structures informelles et des systèmes d’échange coopératif volontaire supportant les processus de création et de diffusion des connaissances organisationnelles, et ceci sous deux formes essentielles :

  • - des communautés de pratiques qui font circuler et qui comparent de manière incessante les « meilleures pratiques »
  • - des communautés épistémiques surtout qui sont des groupes engagés dans des processus de création de connaissance et qui construisent progressivement pour y parvenir une structure commune permettant une compréhension partagée.

Les entités publiques ou privées devront ainsi apparaître comme un faisceau de ressources dont la logique économique ne sera plus tant l’allocation de ressources que la création de ressources. Elles auront à mettre en place les conditions d’une réelle confiance cognitive et l’élaboration de véritables codebooks de langages communs afin de permettre une vraie approche cognitive de l’action des entreprises et entités publiques ou privées concernées, coopération qui, avec ses modèles mentaux partagés et ses dispositifs cognitifs collectifs, vise à favoriser la création de nouvelles connaissances individuelles par un ensemble d’interactions entre individus, une approche qualifiée par les économistes de transactionnelle ou communicationnelle. Si dans le cadre d’une économie fondée sur la connaissance, il est usuel de parler d’organisations apprenantes, produisant et utilisant de la connaissance, insérées dans des réseaux d’échanges de savoirs, les approches traditionnelles des organisations ont assez largement négligé ces aspects en réduisant la connaissance à de l’information. Dans ce sens, les institutions devront se transformer en dispositifs cognitifs collectifs.

3 - Les immatériels du secteur public

Il convient de souligner  le rôle futur des infrastructures immatérielles nécessaires pour une bonne gouvernance territoriale. Les services que le secteur public et politique offre, les politiques qui y sont conduites seront ainsi de plus en plus appuyés par la connaissance scientifique, une documentation statistique et qualitative de sujets, un débat, bref des connaissances accumulées et accessibles sans coût que l’on peut appeler les immatériels du secteur politique et publique qui évolueront en permanence tant en gamme qu’en qualité et en utilité sociale. Sans connaissance commune des affaires publiques, il ne pourra y avoir de bonne gouvernance : pour concevoir à l’entrée et suivre et réformer ensuite, les concepteurs politico-administratifs auront besoin de plus de connaissances. 

Si l’on utilise la formulation de la bonne gouvernance à partir naturellement de sa racine grecque originelle de kybernan et si l’on confère tout leur poids historique aux systèmes de valeurs et de représentations qu’il véhicule, celle-ci apparaîtra inexistante sans une réelle mobilisation des immatériels du secteur politique et public, en termes d’évaluation par exemple et les élus devront associer de plus en plus à leurs choix la réflexion préalable, la recherche du modèle de l’action préférable, l’écriture des diagrammes logiques d’impact, les tests de réussite.

Reposant d’avantage sur des savoirs, les politiques publiques européennes devront également se faire les vecteurs d’un large apprentissage que les nouvelles évaluations de politiques publiques et des programmes peuvent permettre à tous d’apprendre : il faudra donc renforcer l’évaluation moderne dans une démarche d’apprentissage collectif des politiques.