FINAL EUMEDIS CONFERENCE:
“Closing the digital gap in the Mediterranean region”

Under the auspices of the Ministry of Communications and Information Technology

Bibliotheca Alexandrina, Alexandria, Egypt
10 – 12 June 2006

"Économie growth and social development:
An increag role for the ICT tools and operators in the region".

Un appel du Réseau des Villes Numériques à Alexandrie
P our une économie de l’identité et du savoir
Laura Garcia Vitoria, Directrice scientifique du Réseau européen des Villes Numériques
Présidente d’ARENOTECH

II - AUJOURD’HUI

II - AUJOURD’HUI

A - D’Essaouira à Fez, de Zaragoza à Alexandrie

Récemment à Marrakech [6] , nous avons évoqué le chantier récemment ouvert d'Essaouira ville numérique et du lancement de ce que ses promoteurs ont nommé l’autoroute du savoir. la ville marocaine et sa province viennent de rejoindre la grande famille des villes de la connaissance à l’instar par exemple de Saragosse.

Il en est de même pour Fès qui comme capitale spirituelle et culturelle, consolide cette position à travers "Fès ville du savoir" en intégrant les technologies de la connaissance. La ville développe ainsi un projet de technoparc de quatorze hectares dont les travaux débuteront à la fin de l’année 2006 et qui permet de la sorte à la ville de retrouver pleinement son statut de ville de la connaissance - on rappellera l'ancienneté de son université datant du neuvième siècle -.

Sous des formes très différentes, l’objectif est toujours le même : au travers d’une mise en œuvre des technologies de la connaissance, il s’agit de créer une économie du savoir compétitive et faire naître l’excellence à partir même de la fragilité sociale. C’est ainsi, au-delà même de l’équipement informatique et de l’infrastructure Wi-Max qui a été choisie par un groupe de chefs d’entreprises de la Fondation Essaouira Mogador, il s’agit d’assurer un soutien dans la formation au travers d’un programme spécifique d’e-learning pour donner in fine les moyens d’innover, de lancer des défis, d’être leader pour inspirer les autres et de concrétiser une vraie culture de proximité comme stratégie fondamentale du développement économique.

Un peu, sommes toutes, à l’image de Séville - une ville que son plan de prospective définit comme ville de l’innovation et de la connaissance et dont une partie du centre historique s’est donné pour vocation de devenir dans les années à venir un quartier de la nouvelle économie de la connaissance -.

Les projets se sont ainsi dernièrement multipliés, de « Saragosse, ville de la connaissance » à « Alexandrie numérique ».

B -Les programmes de Villes de la connaissance

En Italie, Brescia ou encore Bari développent des stratégies pour devenir Citta de la connoscenza. Les territoires espagnols ont quant à eux démultiplié les espaces de gestion locale des processus de capitalisation des savoirs et des connaissances et des espaces virtuels de recension de toutes les possibilités d’accès à la formation. Il s’agit là aujourd’hui d’une mission majeure de l’ensemble des acteurs locaux, publics et privés dont le développement plus ou moins importé sera clairement conditionné selon les collectivités et les régions par une tradition plus ou moins forte d’intelligence territoriale. On rappellera que Villafranca est l’une des villes qui a pu le mieux esquissé une telle démarche destinée à être de l’ordre de l’évidence dans la décennie à venir.

Les actions municipales et régionales de formation tendent à devenir l’évidence même de la bonne gouvernance territoriale de 2020 : former et former encore constitue aujourd’hui un leitmotiv pour les collectivités territoriales les plus dynamiques. Burgos Ciudad XXI prévoie de la sorte des cours de formation pour les jeunes en difficulté afin de leur permettre d’accéder aux infotechnologies, des cours de formation aussi pour l’ensemble du personnel municipal. Et il en est de même pour le plan Bilbao 2010 destiné avant tout à conforter le programme d’apprentissage tout au long de la vie mené par la municipalité. Grenade voit l’Institut municipal de formation s’appuyer tout particulièrement sur un centre des nouvelles technologies. Jerez de la Frontera, près de Cadix, a crée dans le même esprit une bourse virtuelle du travail, mais également un amphi virtuel de téléformation. Leon Ciudad Digital porte de la même manière l’accent sur les questions de formation, où les stratégies d’intégration seront également à suivre dans le cadre d’un programme tel que Ciudad Real : Ciudad empressarial virtual.

On relèvera ainsi :

  • - l’importance du repérage et de la cartographie des savoirs-faire à l’échelle territoriale : la condition première de l’attractivité économique d’un territoire réside, au-delà même de la formation et de la transmission des savoirs, dans une connaissance minutieuse des savoirs existants. C’est ce que nous appellerons le processus de Mataro, qui en Catalogne s’est engagée dans cette voie : nous aurons à l’analyser en détail dans la suite de cet exposé.
  • - le rôle de la mise en place de dispositifs complexes mettant en œuvre des externalités économiques vecteurs de polarisation des compétences : si l’on reprend les deux mêmes exemples, c’est d’ailleurs l’objectif que s’est fixé pour 2015 la ville de Burgos autour d’une nouvelle génération de parc technologique qui doit aider la ville à se transformer en cité de la connaissance. Il en est de même de Zorrozaurre à Bilbao qui entend devenir un espace d’implantation d’activités permettant l’utilisation de services avancés, future ville à part entière d’une ville de l’innovation et de la connaissance.
  • - la place de l’administration électronique comme processus d’accompagnement de tels programmes : la dimension de l’administration électronique locale de la ville de La Corogne se définit d’ailleurs en fonction du programme « Coruna, ciudad del conocimiento » qu’elle entend développer dans les années à venir. Elche propose une dimension particulièrement intéressante dans sa réflexion stratégique : elle conçoit le champ de l’e-administration comme « instrument de gestion du changement de modèle urbain ». C’est dans cette optique d’abord que l’e-administration est amené à constituer l’un des cadres futurs de tels programmes. Getafe, dans la région de Madrid, souhaite ainsi viser une situation de réelle compétitivité territoriale, avec surtout un plan de qualité pour la gestion municipale.
  • - les démarches qui sont celles des collectivités tentant de façonner leurs propres outils de visibilité : si elles le font aujourd’hui peu et surtout mal, la prospective territoriale aura à suivre leur élaboration et leur développement progressif. C’est là que se joueront les rapports futurs entre acteurs territoriaux et chercheurs, domaine d’observation et d’analyse de notre Réseau depuis maintenant cinq ans. Ainsi Sabadell, près de Barcelone, au travers de son « plan pour la société de l’information et de la connaissance », a pu créer une Fondation des industries de l’information pour mette en place des formations liées aux infotechnologies et capable de former les entrepreneurs de demain, ceci parallèlement à l’Institut d’études et de recherche appliquée qui développe des fonctionnalités d’observatoire et de développement de projets innovants. Le plan Sabadell 2010 souligne que la ville numérique qu’elle entend être vise toutes les formes de la compétitivité territoriale.

Nombreuses sont aujourd'hui les villes, régions et collectivités territoriales qui mènent ou envisagent de développer des actions profondément innovatrices en matière de gestion territoriale des savoirs générateurs de nouveaux horizons de formation et de créativité - et donc de dynamique économique -. C'est la problématique même des villes numériques et des pôles de compétences, dont certains programmes sont aujourd'hui suffisamment avancés pour qu'ils puissent servir non certes de modèles, mais de champs de références à prendre en compte pour tous les acteurs économiques et institutionnels conscients de ce que la mutation société majeure de notre temps est bien celle des nouveaux rapports qui se développent sous nos yeux entre territoires et savoirs. Nous souhaitons surtout resituer les nouveaux mécanismes culturels et sociétaux ainsi à l'œuvre dans le contexte méditerranéen dont nous avons laissé entendre dans notre conférence à Beyrouth - ci-dessus évoquée et qui a inauguré un ensemble de présentations sur ce thème - combien son histoire pouvait non seulement contribuer à y trouver sa place, mais lui permettre de construire précisément ses propres modèles.

C - Les Réseaux de compétences et pôles de compétitivité:
vers une nouvelle carte économique basée sur un espace économique polarisé et surtout réticulaire.

Les polarisations territoriales de compétences et de compétitivité, mais également des réseaux qui les relient au travers de l’action de collectivités territoriales auront d’abord à permettre aux entreprises de leurs territoires de mutualiser leurs marchés. Le résultat en sera la généralisation de l’entreprise étendue, une évolution clairement vécue et observable au présent dans la mesure où les trois quarts de la production d’une entreprise sont parfois déjà réalisés par d’autres, et par essence à distance. Les polarités économiques et autres effets d’agglomération constituent aujourd’hui l’une des composantes de la nouvelle géographie économique qui naît sous nos yeux. L’e-business territorial hérite donc pleinement du jeu des externalités qui sont les vecteurs de ces polarisations territoriales de compétences et de compétitivité.

Celles-ci s’inscrivent en effet, on le sait, dans une forte recomposition du système productif global, recomposition où la place des vecteurs culturels par exemple s’avère prédominante au point de surprendre là encore certains acteurs de la vie intellectuelle et des divers domaines de la création : au-delà du regroupement dans de mêmes lieux de laboratoires, d’instituts universitaires et d’entreprises, l’ouverture de nouveaux espaces économiques coïncident notamment de la sorte avec celle de nouveaux lieux culturels.

Les économistes soulignent aujourd’hui combien ces effets d’agglomération, qui poussent à la nécessaire synergie - spatiale ou réticulaire - des firmes d’un même secteur sur quelques sites, jouent un rôle de plus en plus important : ce phénomène place en tout cas la production de savoirs au centre des facteurs déterminants de localisation économique.

Les villes sont ainsi clairement amenées notamment à re-devenir de grandes usines à savoir, où, bien davantage encore, les méta-savoirs - ceux qui permettent de juger, attribuer et noter le savoir - constitueront le principal facteur de pouvoir. C’est tout le phénomène des territoires apprenants et des villes de la connaissance dont les programmes, on l’a dit, constituent le véritable arrière plan du développement du business électronique.

Il s’agit donc très clairement aujourd’hui de considérer le savoir comme un véritable instrument de polarisation spatiale et la gestion de sa transmission comme facteur d’aménagement territorial. Le e-business en est le premier bénéficiaire et bientôt l’un des grands acteurs.

Le facteur K des modèles de croissance endogène hérités de la littérature économique des vingt dernières années constitue la force de polarisation par excellence qui fait en sorte que les externalités liées au savoir s’opèrent à l’occasion de contacts et d’interactions qui peuvent être virtuels, mais sont le plus souvent physiques et que les lieux de création et d’innovation peuvent acquérir un dynamisme très fort en se nourrissant justement de ces externalités dans l’utilisation du savoir.

De nouvelles polarités spatiales de compétences et d'expertises d'une part et de construction trans-méditerranéennes et internationales de réseaux d'excellence gérés par les territoires d'autre part. Ce sont en effet les collectivités territoriales qui peuvent le mieux co-construire des outils de mutualisation des marchés pour leurs entreprises et pour cela des mécanismes d'accompagnement doivent être crées. Il convient également d’évoquer des sujets qui sont tout autant des messages dont je souhaiterai que vous puissiez vous en faire les porteurs [7] . Ces trois domaines recouvrent d’ailleurs très clairement trois axes programmatiques. Les pôles de compétence permettent aujourd’hui de construire une nouvelle carte économique des régions de productions de contenus électroniques : développer des activités et créer des emplois

A partir du moment que nous partons de l’analyse qui est la nôtre - à savoir que l’un des impacts les plus notoires d’Internet sur les territoires est de contribuer à faire ressurgir en force les identités territoriales -, il apparaît évident que l’image patrimoniale, l’image identitaire par excellence pour un territoire, constitue à ce jour un enjeu majeur pour une société locale de l’information qui met au cœur de sa rhétorique - si ce n’est de son action réelle - la notion de l’accès [1]: accès au patrimoine local, mais aussi accès aux réseaux de manière générale, et accès au territoire, aux valeurs qu’il entend porter, aux savoirs-faire qu’il entend développer.

Dans ce contexte, les meilleures initiatives doivent tendre d’abord à apporter un peu de visibilité aux différents acteurs, qu’il s’agisse des entreprises, des collectivités, des chercheurs : visibilité quant aux technologies aujourd’hui à notre disposition pour permettre des visites virtuelles, de nouvelles pratiques en matière de tourisme et de découverte des pays et terroirs [2], en matière de formation pour tous ceux qui auront à gérer ces nouveaux vecteurs de gestion territoriale…

Elle vise ensuite à accompagner les acteurs eux-mêmes dans l’ébauche de telles stratégies, compte-tenu des évidentes spécificité de chaque situation, mais aussi des possibilités de travail collaboratif avec des collectivités européennes qui ont choisi parfois même très antérieurement les mêmes axes de développement les mêmes objectifs sur le plan culturel, mais surtout sur le plan économique.

Dimension humaine, contraintes de visibilité, de prospective et de formation : il ne s’agit pas de la course à la technologie comme certains ont pu le dire récemment de manière fort maladroite ; il convient d’aider à démultiplier les usages et donc les accompagner dans une dimension prospective. En donnant de la visibilité, en donnant une formation personnalisée et en travaillant de façon coopérative, entre villes régions, pays...,  on développe des véritables stratégies (Arnedo, Valence).

E,n ce qui concerne les marques territoriales, les terminaux électroniques que nous utilisons tous aujourd’hui - et dont le destin semble aujourd’hui, nous le voyons bien, être directement lié à une vraie mixité fonctionnelle et à une pluralité d’usages - pourront ainsi être des vecteurs parmi d’autres d’une mise en image territoriale. Les divers acteurs doivent donc s’efforcer de conserver toute leur capacité de visibilité et de veille technologique. Le rôle des collectivités territoriales est à ce niveau de rassembler et d’intégrer contenus et pratiques et les valoriser à travers d’un véritable réseau de distribution de l’information Dépasser les archaïsmes des institutions s’avère donc indispensable pour pouvoir s’appuyer sur un réseau de partenaires qui acceptent pleinement les contraintes technologiques d’un tel contexte de démarches innovantes.

D -La crises de la gouvernance locale

Celle-ci est aujourd’hui multiple dans le monde méditerranéen, l’analyse de la plupart de nos interlocuteurs est à cet égard parfaitement convergente. On a notamment voulu se contenter d’y voir la revendication d’un nouveau statut de « citoyenneté » ou bien encore l’impact d’un ordre planétaire recomposé, sans se résoudre à l’évidence : à partir du moment où le savoir est considéré comme le vecteur majeur de création de valeur, il ne devient plus guère possible d’envisager la gestion territoriale de la même manière.

C’est là peut-être même l’enjeu décisif de la gouvernance des savoirs et des économies apprenantes [1], et ce à tous les niveaux, qu’il s’agisse de la quête d’horizons prospectifs ou encore de la gestion de la mémoire, de ses repères et des acquis cognitifs qui constituent l’essentiel de l’héritage historique d’une région. L’immersion générale des territoires dans des économies transfrontalières suppose en outre la gestion d’une mutualisation des compétences, quelque soit leur support linguistique ou culturel, mais aussi la participation à leur construction. Et c’est cette participation qui est en train de devenir, dans les régions d’Europe les plus dynamiques, l’objectif premier d’une collectivité territoriale.

Pourtant, s’il n’est plus guère d’entreprise sérieuse qui ne présente l’état de son capital immatériel, il n’en va pas encore de même pour de nombreux territoires. Rappelons que pour l’OCDE, les actifs d’un tel capital sont ceux d’essence technologique comme la recherche, ceux également ceux concernant la gestion des connaissances innovantes et l’apprentissage organisationnel et bien évidemment l’ensemble des savoirs stratégiques. Tels sont d’ailleurs pour l’essentiel les traits qui caractériseront de plus en plus les comportements et profils cognitifs des territoires.

Aussi la distribution réticulaire des pouvoirs qui nous est annoncée depuis près d’une décennie, même si elle contribue largement à en redéfinir les pratiques, ne saurait contribuer à elle toute seule à développer l’attractivité et la compétitivité territoriale. C’est surtout son rôle dans la socialisation de savoirs innovants qui s’avèrera décisif.

Le modèle espagnol qui s’esquisse sous nos yeux a en la matière pour l’ensemble des collectivités méditerranéennes une valeur de test. D’où l’importance de son suivi et de son accompagnement afin notamment de juger de sa transférabilité à d’autres collectivités et régions : un journal économique français a ainsi pu évoquer un « nouvel âge d’or espagnol », où au demeurant les régions avaient davantage de moyens que l’Etat. Un nouvel itinéraire de l’Espagne territoriale se dessine en tout cas avec des villes qui repensent leur fonctionnement - voire, de manière on ne peut plus pertinente, leurs modèles mêmes - pour créer de nouveaux services.

Il faut souligner également  le rôle de nombre de petites collectivités de manière générale qui ont souvent servi d’amorçage à des plans autrement plus avancés dont nous pouvons aujourd’hui suivre avec d’avantage de précision les objectifs et les premiers résultats.

Une stratégie de e-services particulièrement volontaire et efficace sera en tout cas le fait, très clairement, de collectivités qui visent un statut où la stratégie municipale veille à une formation susceptible de compléter ses atouts de compétitivité , même si trop souvent on sait bien que la sémantique de la « société de la connaissance » s’y trouve aux antipodes des rhétoriques politiciennes.

Un nouveau regard sera donc bientôt nécessaire sur les territoires méditerranéens comme producteurs de connaissances et de contenus. On entend en effet des interprétations erronées fréquentes en la matière, comme l’illustre l’intitulé de l’atelier qu’il m’a été donné de diriger à Sarajevo les 12 juin : « l’adieu aux traditions »…C’est bien évidemment tout le contraire qui se produit [1].

E - Les infotechnologies dans le monde méditerranéen dans le contexte général du développementéconomique et technologique contemporaine

On peut retenir à cet égard plusieurs grandes caractéristiques générales :

  • - le grand retour de la ville et du territoire : si ce retour constitue aujourd’hui un facteur majeur sur une grande partie de la planète, le nouveau rôle des collectivités territoriales est essentiel dans le monde euro-méditerranéen qui se trouve en effet être en certaines de ses régions un précurseur absolu en ce qui concerne les cités états qui est la déclinaison antique des grandes métropoles d’aujourd’hui et en tout cas des réseaux de villes et de territoires. L’Etat-nation ne présente guère de valeur ajoutée, les collectivités locales seront les vraies forces motrices du développement.
  • - l’impact des infotechnologies sur la gestion territoriale : ce retour vers un modèle urbain et territorial hérité de l’histoire urbaine se trouve accentué par l’utilisation des technologies du numérique et de la convergence. Les villes numériques - les villes engagées dans l’utilisation des infotechnologies, ce sera bientôt le cas d’Alexandrie, nous l’avons souligné, au travers des projets actuels - remettent au goût du XXIème siècle de telles démarches territoriales traduisant un regain de l’activité municipale et assurant la mise en réseau des villes - nos collègues québécois parlent quant à eux de « réseautage entre villes ingénieuses » -.
  • - les programmes de villes de la connaissance ci-dessus mentionnés : ils prévoient tous des échanges de savoirs démultipliés de manière quasi-exponentielle entre l’homme et soin environnement urbain et territorial, nous y reviendrons
  • - le constat que certains territoires commencent à agir et à réfléchir vraiment sur le long terme : le concept de développement durable - très largement porté par les technologies de l’information - traduit en réalité très largement cette démarche du long terme, un long terme par rapport au futur certes, mais aussi bien par rapport au passé.
  • - le retour à la mobilité : ce sont de nouvelles formes de mobilité et surtout d’usage de la mobilité qui apparaissent, après une période dominée par une économie industrielle de fixation de l’homme sur un espace donné. La mobilité cognitive - trait majeur, s’il en est, des mutations aussi bien passées que futures -, on y reviendra, est ainsi amenée à se trouver au cœur de ces nouvelles formes.

De telles caractéristiques nous amènent à être confrontés à des environnements urbains qui sur le point de démultiplier les capacités cognitives de créativité et les exigences de transparence :

  • - économistes et prospectivistes, lorsqu’ils ébauchent aujourd’hui leurs scénarios - on le verra lorsque nous évoquerons les constructions du futur aujourd’hui rencontrées, n’écoutent en effet que fort peu leurs collègues qui travaillent dans le domaine des neurosciences et des sciences cognitives ou encore les analyses qui situent l’inscription de l’économie de l’innovation dans les nouveaux horizons d’une créativité aujourd’hui confortée.
  • - pour ce qui est de l’éthique et de la transparence - vecteurs majeurs d’une telle créativité -, tous  ceux qui réfléchissent sur l’horizon du business et du monde des affaires de demain savent également qu’un béhavioriste comme Georges Chetochine souligne un autre grand retour, celui des valeurs, alors même que les économistes et analystes de l’Europe du Nord - en Scandinavie notamment - rappellent que l’innovation n’est guère possible sans exigence de transparence.

Au-delà de ces caractéristiques globales et de ces exigences minimales qui apparaissent aujourd’hui clairement, un tableau tel que le nôtre - sans viser en rien à une quelconque exhaustivité - doit souligner notamment cinq axes.

1 - La mobilité territoriale et cognitive.

C’est d’abord en ce domaine que nous proposons aux participants à la rencontre EUMEDIS et aux lecteurs de la présente conférence de participer aux futures expériences menées aujourd’hui. Il s’agit là en effet d’un champ qui nous semble particulièrement parlant, quasi-métaphorique quant au management des entreprises et des territoires en développement, puisqu’issu d’infrastructures, d’outils et surtout de besoins par bien des aspects tout à fait nouveaux par rapport aux horizons économiques d’un passé encore récent, voire par rapport aux réalités du présent.

Les territoires se transforment en effet sous nos yeux en des espaces largement annotés et informationellement amplifiés : les exemples et expériences en cours dans ce domaine sont sur le point de se faire nombreux et les rives de la Méditerranée sont quasi-prêtes à faire leurs de telles pratiques.

Notre quotidien informationnel est ainsi amené à changer profondément, de même que les activités économiques d’aide au savoir évoqués ci-dessous et qui lui sont liés : les outils aujourd’hui à notre disposition complètent et enrichissent nos perceptions spatio-temporelles de la ville et contribuent fortement à créer de nouveaux modèles économiques pour des services d’assistance, d’aide au savoir, de compréhension des espaces parcourus, de connaissance des paramètres patrimoniaux et identitaires fréquentés, de services pour un tourisme et notamment un tourisme culturel enfin reconnu comme un secteur économique majeur.  Mais ces nouveaux services - utilisant très abondamment l’ensemble des technologies de géolocalisation, basés notamment sur la cartographier de l’expérience que font au quotidien tous ceux qui utilisent l’espace urbain - n’ont pas encore clairement stabilisé leurs modèles économiques : l’horizon géographique présentement évoqué peut à notre sens largement y contribuer. Une telle aide au savoir offerte topographiquement sera en effet à l’évidence l’un des champs majeurs de l’accompagnement de la mobilité : le coût des services offerts s’inscrira tantôt dans une nouvelle formulation des forfaits d’opérateurs, tantôt dans les stratégies publicitaires et d’offres des acteurs commerciaux de proximité et surtout dans la création d’une pléthore de services d’information en ligne. Il nous faudra souligner à ce propos les changements ainsi rendus indispensables dans l’activité des centres d’appels - nombreux dans la région - en termes de formation des employés, mais surtout en matière de mobilisation des expertises.

A cette fin, nombreuses sont les villes, régions et collectivités qui se trouvent amenées à élaborer d’importants programmes dans le but d’étendre et de renforcer la coopération et les interactions entre la recherche publique, la vie culturelle et scientifique et la communauté des entreprises. Il leur faut en effet impérativement encourager et soutenir par exemple les synergies entre les activités de recherche existantes dans les régions, leur fécondation au travers d’une large transmission des connaissances nouvelles à l’échelle du territoire et peut-être surtout leur inscription dans des modèles économiques de réelle compétitivité entre collectivités locales -.

2 - La gestion des savoirs comme nouvelle interface entre l’homme et son environnement [8]

Evoquer aujourd’hui les défis du KM amène à un double constat dans l’observation des réalités présentes :

- les infotechnologies ont amené un réel changement dans notre rapport à l’environnement et aux écosystèmes économiques

- la conséquence d’une telle mutation a contribué à encore accentuer la fragmentation des savoirs et leur caractère fondamentalement hybride, mais aussi à mesurer le rôle que devront jouer à l’avenir de réels dispositifs de gestion des connaissances dans l’ensemble de nos démarches individuelles et sociales.

C’est donc une quasi-refondation des principes mêmes de gestion des connaissances dont il convient d’évoquer la nécessité. Ce ne sera pas certes à l’occasion de ce rapide tour d’horizon que nous pourrons évoquer les regards nouveaux nécessaires et surtout l’ensemble des technologies à prendre en compte : nous souhaitons donc que cette première présentation puisse être suivie d’analyses complémentaires, en lien étroit éventuellement avec une université ou un institut de recherche qui souhaiterait s’y consacrer. Alors même que le KM, nous l’oublions parfois, est en fait une très ancienne démarche, sa reformulation dans le sens où nous l’entendons généralement encore aujourd’hui a elle-même pris quelques rides au cours de ces toutes dernières années. Ce que nous dirons entend donc s’attacher à en reformuler certains champs et parfois à refonder les bases mêmes de ceux-ci au travers notamment des contributions récentes des sciences cognitives, mais également à partir d’une prospective de la gestion des savoirs dans un contexte d’intelligence ambiante. C’est pourquoi, à l’occasion du KM Forum de Tunis en 2006, nous avons récemment présenté les grands axes de nos analyses prospectives et dédiée aux processus de développement de la gestion des connaissances, ceci parallèlement à une première synthèse relative au KM territorial élaborée dans le cadre du programme des Villes de la connaissance développé par le Réseau européen des Villes Numériques.

3 - Un environnement processeur de connaissances et de savoirs hybrides et fragmentés

Nous nous trouvons ainsi de manière générale devant une vision de l’environnement comme processeur de connaissance et non plus tant comme processeur d’information, connaissances parfois encastrées de plus dans des interactions spécifiques et dans des réseaux de relations personnelles. Les distances et les asymétries cognitives s’avèrent donc ici plus fortes naturellement que celles liées à l’information, du fait aussi de l’intellectualisation d’une production largement basée sur le savoir et de l’intégration des connaissances dans les logiques productives. Notre environnement est ainsi aujourd’hui largement caractérisé par des savoirs hybrides et fragmentés et des dispositifs de gestion des connaissances encore trop largement embryonnaires.

La fragmentation des savoirs aujourd’hui constatée se trouve accélérée, on le sait, par le caractère de plus en plus diffus des sources de l’information et précisément constitue là encore clairement l’un des défis majeurs du KM de demain. Le suivi des rencontres des divers acteurs en la matière en constitue à chaque fois une illustration des plus singulières : nous évoquons volontiers ce que nous appelons le paradigme de Tafira.

FADAIAT (« à travers les espaces » en langue arabe) est une manifestation qui se tient depuis 2004 au sein d’un château médiéval tout au long des dix journées qui entourent la fête de la Saint Jean à Tafira, la bourgade située le plus au sud de l’Europe, accumulant par là-même toutes sortes de  choix symboliques (il s’agit de l’époque de l’année où un grand nombre de clandestins tentent de franchir les trente kilomètres qui séparent la ville espagnole des terres marocaines). Elle se déroule en connexion avec de nombreux endroits dans le monde grâce à des outils de streaming libres où par exemple des images en provenance de Tanger se voient mixées en temps réel avec des flux musicaux produits à Barcelone. Les organisateurs y disent surtout vouloir y réfléchir à une architecture où l’espace physique, social et les réseaux numériques interagissent pour créer un nouveau territoire : tout comme à Karosta en Lettonie et à Novi Sad en Serbie, le medialab de Tarifa détourne ainsi une ancienne fortification en espace de libre circulation des savoirs. Ce qui nous intéressera ici est naturellement d’y saisir les modalités nouvelles d’une telle circulation et plus encore la gestion de leur structuration : au travers d’une telle démarche et au terme du projet européen DASH, la Borderline Academy entend en effet poser les jalons de nouvelles formes de partage et de gestion des connaissances. Les échanges sont ainsi filmés et archivés en ligne, certains sont regroupés et diffusés sur la télévision locale à l’attention de la population, alors que des ateliers sont consacrés à des sujets aussi divers que la cartographie tactique : on y retrouve tous les défis de la constitution d’une culture numérique où en premier lieu les horizons culturels se voient confrontés en temps réel (ainsi une sculpture en création à l’autre bout de l’Europe est-elle projetée à toutes les phases de sa genèse sur un mur du château de Tafira)et où naturellement les objectifs des participants sont multiples. On voit aisément combien s’avère de la sorte difficile toute vision générale et intégrée, en l’absence de dispositifs permettant d’intégrer et d’organiser des connaissances fragmentées et éparpillées au gré des individus, des équipes, des milieux culturels et sociaux, question parallèle à la problématique marshallienne de l’intégration locale des savoirs.

Toutes les formes de l’hybride - l’une des figures culturelles justement aujourd’hui parmi les plus largement analysées - se retrouvent ainsi au cœur des réflexions contemporaines sur la connaissance et les typologies potentielles de sa structuration au travers des interactions, mises en parallèles paradoxales, amalgames et mixages de tous ordres, réplications et simulations et toutes sortes d’ingénieries génétiques à l’œuvre dans la noosphère chère à Edgar Morin. La pensée humaine se voit ainsi définit comme un état permanent d’hybridation que nourrit la création artistique et la créativité de manière générale.

L’innovation met quant à elle en scène la création d’images d’événements futurs permettant de guider l’action. C’est par là-même toute une définition de la gouvernance qui se forge : innovation et production de connaissance dépendent de l’interprétation sociale de la situation et cette interprétation sociale contribue à déterminer un plan d’action. Tout responsable se doit ainsi d’exercer un véritable leadership cognitif afin de tenir compte des cadres interprétatifs des acteurs  : l’image qu’il déploie permet de faire de l’institution un dispositif cognitif collectif, ce qui fait qu’au-delà des dimensions formelles et incitatives le pouvoir sera donc amené toujours d’avantage à revêtir des dimensions cognitives. Là, plus qu’ailleurs encore, inculture et ignorance ne seront plus de mise puisque, au travers de l’image ainsi forgée, la connaissance collective se verra directement dépendante d’une connaissance individuelle.

Il nous faut prendre en compte aussi les nouveaux rapports à cet égard entre l’aménagement des espaces publics et des supports informationnels basés par exemple sur la connexion à Internet sur de grandes surfaces de verre - grâce à l’utilisation des ondes sonores -, mais également l’utilisation de modèles architecturaux virtuels.

La nécessité de création de lieux d’apprentissage locaux sera quant à elle, de ce fait même, indispensable : des lieux virtuels bien sûr (sites d’aide à la formation proposés par les collectivités), mais aussi lieux physiques (création d’universités locales et de nouvelles agoras du savoir).

Il conviendra de mettre en place des dispositifs de support pour la gestion des connaissances disponibles en un lieu donné. Face à une telle fragmentation des connaissances, à leur présentation et à leur transmission, l’aide à la décision informationnelle par exemple devient donc à nouveau un champ majeur où un précisément KM renouvelé aura toute sa place, dans l’évaluation notamment de la pertinence des divers outils disponibles. D’où l’importance de la mise en place de dispositifs, au travers par exemple de communautés intensives en connaissance, notamment sous les deux formes bien connues : communautés de pratiques qui font circuler et qui comparent de manière incessante les meilleures pratiques, mais communautés épistémiques surtout qui sont des groupes engagés dans des processus de création de connaissance et qui construisent progressivement pour y parvenir une structure commune permettant une compréhension partagée.

Entreprises, instituts et territoires sont donc amenées à développer d’indispensables stratégies de proximité cognitive : une entreprise ou une institution seront inexistants et condamnés à la plus totale des impuissances si elles ne s’ouvrent pas largement à de multiples communautés informelles interconnectées et complémentaires dans l’accumulation et la génération de la connaissance et où la confiance cognitive joue un rôle essentiel au sein des processus mobilisés. L’entreprise ou l’entité territoriale seront ainsi perçus comme un faisceau de ressources et caractérisés non plus, là encore, par une asymétrie informationnelle, mais bel et bien par une asymétrie cognitive : la logique économique n’y sera plus tant l’allocation de ressources que la création de ressources. D’où la nécessité d’une vraie approche cognitive des entreprises et entités publiques ou privées.

S’il est aujourd’hui usuel de parler d’organisations apprenantes, produisant et utilisant de la connaissance, insérées dans des réseaux d’échanges de savoirs, les approches traditionnelles des organisations ont assez largement négligé ces aspects en réduisant la connaissance à de l’information. Et il est vrai que l’on ne peut être qu’abasourdi par la naïveté de nombre de discoureurs dans le traitement qu’ils infligent aux questions liées à la connaissance, l’apprentissage et l’innovation. La primauté de la coopération cognitive avec ses modèles mentaux partagés et ses dispositifs cognitifs collectifs est évidemment majeure pour toutes les questions liées à l’intelligence collective : sans partage en effet des cadres cognitifs et interprétatifs et des options théoriques qui les portent, les échanges ne peuvent constituer au mieux qu’une vitrine vite vieillie pour objets surexposés qui n’aura pas la moindre chance de faire converger les actifs liés à la connaissance.

Il ne saurait clairement y avoir mobilisation d’une connaissance dispersée sans que les divers acteurs ne partagent interprétations et significations : un environnement communicationnel commun ne saurait naturellement suffire sans réciprocité des perspectives et réciprocité des motivations capables de constituer des processus dynamiques et un véritable apprentissage où la grammaire sociale se trouve soumise à des processus interprétatifs permanents.

Dans ce sens, les institutions ont vocation à se transformer en dispositifs cognitifs collectifs. Un économiste ne peut donc que souligner le manque d’infrastructures immatérielles pour la bonne gouvernance politique et publique et son jugement dès lors ne peut qu’être extrêmement sévère : les services que le secteur public et politique offre, les politiques qui y sont conduites devraient être de plus en plus appuyés par la connaissance scientifique, une documentation statistique et qualitative de sujets, un débat, bref des connaissances accumulées et accessibles sans coût que l’on pourrait appeler immatériels du secteur politique et publique. Ils devraient en permanence évoluer tant en gamme qu’en qualité et en utilité sociale ». L’énumération pourrait ici se faire longue et cruelle : retards dans la connaissance de telles ou telles politiques publiques du point de vue de leur impact et de leur performance, manque de mise à disposition gratuite des base de données et de connaissances par exemple pour les chercheurs. Sans connaissance commune des affaires publiques, il n’est pas de bonne gouvernance : celle-ci apparaît inexistante sans une réelle mobilisation des immatériels du secteur politique et public, en termes d’évaluation par exemple : les décideurs doivent donc associer de plus en plus à leurs choix la réflexion préalable, la recherche du modèle de l’action préférable, l’écriture des diagrammes logiques d’impact, les tests de réussite….On sait par exemple aujourd’hui que de simples études de cas pourraient, scientifiquement construites, correctement documentées et communiquées, être sources de réflexion pour tous les acteurs. Mais tout cela reste à gérer et à accompagner [9] .

4 - L’évolution vers un savoir géolocalisé et distribué

Au-delà de ces flux et du formatage des savoirs qu’ils peuvent véhiculer, les opportunités communicationnelles créent des possibilités d’itinérance cognitive et des environnements scénarisés pour lesquels s’avèrent indispensables des dispositifs d’aide au traitement des informations et savoirs ainsi mis à disposition : un autre défi pour la Méditerranée.

a - L’infrastructure invisible de couverture des territoires crée par les technologies télécommunicationelles, s’il constitue naturellement comme chacun sait un défi en soi tend à induire dans le maniement du matériau même de la connaissance tout à la fois d’avantage de simplicité d’une part, au travers d’une structuration spatiale des savoirs, de complexité d’autre part, face à des savoirs pensés comme objets d’interactions. Nous sommes en tout cas amenés à penser  notre environnement en termes de développement des espaces intelligents qui se créent autour de nous dans le monde occidental au travers notamment des technologies sans fil et qui nous offrent une sorte d’Internet ambiant décliné à l’échelle de la Cité qui se transforme en ville de la radiofréquence et des réseaux omniprésents et tend à nous mettre en présence d’une ville amplifiée en quelque sorte par l’intrusion d’espaces devenus non quantifiables. Nous avons ainsi eu l’occasion de mettre récemment l’accent tout particulièrement sur des expériences permettant à tous ceux qui fréquentent un espace urbain d’annoter leur environnement, de lui conférer un sens personnalisé, se transformer en auteur en se servant de cet environnement et d’être au départ d’un processus de construction de connaissances, bref de rechercher et de fournir informations et renseignements : bien des régions méditerranéennes sont aujourd’hui prêtes à emprunter de telles démarches.

b - Un réseau de réflexion qui développe qui a développé, avec d’autres en Europe, un important programme de recherche autour des développements potentiels des matrices sociales - Proboscis - est ainsi parti de l’idée de ce que des technologies sans fil pouvaient créer en matière de géographie sonore urbaine. Il s’agit au fond de cartographier l’expérience que font au quotidien ceux qui parcourent une ville et qui cherchent à établir un lien entre ce qu’ils font au quotidien - dans leur travail économique, politique, culturel…- et ce qui se passe, se pense, se commente autour d’eux. S’enrichir et enrichir ce que pensent et savent ceux qu’ils côtoient de ce qu’ils croient savoir et penser eux-mêmes. Nous deviendrons tout à la fois archéologues de nos environnements, mais aussi contributeurs à leur développement, en ouvrant des espaces d’enquête dans l’épaisseur des expériences de la ville. Des projets ont déjà permis aux usagers d’annoter leur propre ville virtuelle, permettant à la mémoire collective de la communauté dans laquelle ils se trouvent de croître quasi-organiquement, en permettant aux citoyens ordinaires d’enchâsser un savoir social dans le nouveau paysage sans fil de la cité. Les usagers doivent pouvoir ajouter de nouveaux emplacements, des contenus pour ces emplacements et « enfiler » en quelque sorte les emplacements individuels à des contextes locaux par des dispositifs mobiles. L’usager doit être capable de sélectionner de tels « enfilements » (historiques, sociaux…) ou au contraire de se laisser conduire: il reçoit alors une carte des espaces qui se trouvent associés avec eux : ils peuvent la prendre comme guide ou au contraire demander au système de les prévenir dès qu’ils passent près d’un de ces espaces. Il s’agit là d’une sorte de performance de la mémoire collective.

Notre espace de vie au quotidien démultiplie ainsi les publications sur lui-même, des technologies nous permettent ainsi en tout cas de réarticuler ce qui pourra être écrit sur lui. Un outil précieux pour changer l’image d’un territoire ? Reconfigurer aussi nos mémoires, autant personnelles que collectives et prendre peut-être la main sur elles... Chacun l’imagine : en rendant invisibles des composantes spatio-temporelles, le risque existe de rendre invisible encore davantage le rapport au pouvoir et son contrôle. En ce qui concerne le quotidien informationnel et les perceptions spatio-temporelles de la ville, on peut ainsi ajouter des connotations temporelles à la carte urbaine qui se trouve sur votre PDA : la carte nous dit en quelque sorte le temps à parcourir.

Nous pouvons là encore attacher à un espace donné le volume d’une communication mobile. Ce qui nous apparaissait familier et connu dans l’espace urbain peut nous livrer ainsi des sensations nouvelles, étranges peut-être, beaucoup d’interrogations certainement et en tout cas une démultiplication des facteurs de curiosité et des occasions de connaître, regarder, questionner autrement, révéler largement ce qu’il nous semblait pourtant connaître. Ce qui ne nous appartient pas peut être personnalisé. Cela nous met en tout cas de réfléchir sur la mutation de la perception de l’espace et du temps à l’œuvre sous nos yeux : problématiser nous semble en tout cas être une réelle urgence dans un monde géographique comme le nôtre, avec le développement de nouvelles temporalités, celle de l’attente par exemple, ou encore et surtout la construction d’infrastructures invisibles. Une sorte d’archéologie à l’envers où creusons métaphoriquement un espace pour y placer contributions et annotations, ce que développent des projets européens tels que Glitch. Les pays méditerranéens sont amenés à se saisir de telles expérimentations - l’exemple d’Alexandrie s’avère là encore être des plus significatifs -.

Mais ce sont aussi, au-delà de telles formes d’itinérance cognitive, des environnements scénarisés qui se créent de manière générale tout autour de nous. La customisation informationnelle que nous commençons à vivre nous met en présence d’environnements à scénarios, la capacité donc de créer des environnements personnalisés et contextualiser un environnement de travail ou de réflexion, vecteurs d’annonce donc, de mémoire ou de rappel d’une donnée ou d’un ensemble de données. Une telle scénarisation constitue au demeurant une parfaite allégorie de l’aménagement de nos espaces de vie et de savoirs.

5 - La genèse d’écosystèmes de transmission des savoirs

La sémantique de l’informatique embarquée nous permet d’évoquer, ne fut-ce que de manière allégorique, les informations embarquées qui sont amenés à constituer nos écosystèmes de demain. Traditionnellement pris en charge par les véhicules rhétoriques d’une part, les formes visuelles d’autre part, les informations - voire les savoirs dont elles assurent la genèse - sont amenées à être intégrées à quasiment tout type d’objet. Elles constituent l’intelligence ambiante chère à Ian Pearson, l’un des prospectivistes les plus consultés au sein des laboratoires de British Telecom. Multiples sont ainsi les liens de savoirs qui se développent à nouveau entre l’individu et l’espace qui l’environne. Véhiculés par des écrans et nombre de flux informationnels, ces liens élaborent des savoirs fragmentés et hybrides : leur conférer cohérence et visibilité constitue donc un premier enjeu majeur en matière de gestion des connaissances. Au travers des flux informationnels, notre environnement se voit transformé en champ d’expérimentation de nouvelles formes de communication et pourvoyeur d’envois informationnels multiples, mais également de documents complémentaires proposés à partir des images qui la parsèment.

a - Pour ce qui est des envois informationnels et surtout des fils RSS (Really Simple Syndication), on sait qu’il s’agit d’un standard adopté par de multiples sites d’information (mais aussi des blogs) pour diffuser leur fil d’actualité. Peu importe évidemment ici le logiciel de lecture adopté pour recevoir de tels flux informationnels dont l’arrivée se voit signalée en temps réel sur nos écrans et notamment les pages web que nous avons déterminé pour les donner à lire à notre tour. Nos environnements de savoirs sont amenés à être - ils le sont parfois déjà en partie - constitués de la superposition de tels flux : c’est dire le défi à relever pour toute stratégie de gestion des connaissances quelle qu’elle soit.

b - Les écrans qui parsèment nos espaces de vie - qu’il s’agisse des sphères privées ou publiques -, nous offrent quant à eux des matériaux générateurs d’une foule d’informations complémentaires générées automatiquement ou sur requête. Seront ainsi des composantes de notre environnement des cinq à dix prochaines années des publicités animées pouvant adopter entièrement la forme des colonnes et supports d’affichage tels que les colonnes Morris, le téléviseur capable de s’enrouler tel un journal et se glisser dans la poche ou encore naturellement le papier électronique. De manière plus que symbolique, Koen Joosse, chercheur dans les laboratoires de Philips, propose tout simplement d’étaler, comme s’il s’agissait de réaliser une peinture, les cristaux sur une surface. De manière générale, le KM de demain aura à prendre en compte que toute information sera potentiellement génératrice d’informations complémentaires.

c - Des interactions nouvelles entre espaces publics et privés de savoirs nous amènent ainsi à esquisser de nouvelles catégorisations et d’autres formes de structuration de nos connaissances.

La distinction ontologique entre connaissances individuelles et collectives et celle - de nature épistémologique - entre connaissances explicites et implicites qui aboutissent aux quatre types de connaissances aujourd’hui généralement reconnues nous permettent de montrer combien les nouveaux liens de savoir qui nous font (et nous feront de plus en plus)  interagir avec notre environnement se font générateurs de process d’innovation en enrichissant d’une part les connaissances ancrées et incorporées et en modifiant surtout d’autre part les rapports de celles-ci aux connaissances codifiées et enregistrées.

On ne peut que s’interroger à cet égard sur l’impact réel des diverses formes de mise en réseau social proposées par les infotechnologies et ses avatars les plus récents, tels que le bookmarking social qui propose des espaces de stockage et d’échanges de données et d’images. Ce besoin de regrouper, voire de hiérarchiser les informations détenues, ne peut en tout cas que s’amener à s’interroger sur une visibilité globale dont la construction s’avère de plus en plus complexe.

Tout ceci sans même mentionner les débats sur le savoir être et plus généralement le capital social.