Introduction au séminaire du Réseau européen des Villes Numériques à Nantes
" Pôles de compétitivité et territoires de la connaissance "
28 juin 2006

Intelligence territoriale et gouvernance des pôles de competitivité
André Jean-Marc Loechel
Président du Réseau européen des Villes Numériques

La concentration économique et géographique des activités constitue à l'évidence l'une des tendances fortes de l'économie de la connaissance.
La plupart des acteurs aujourd'hui en conviennent, les régions européennes deviennent dès lors les acteurs macro-économiques essentiels de l'action publique, transcendant pleinement la plupart des velléités étatiques, avec un impact déterminant de leurs stratégies pour la performance réticulaire de leurs entreprises et le niveau de vie et de formation de leurs habitants.
L'essentiel réside ainsi dans la pertinence des choix des acteurs territoriaux en termes de mise en œuvre et d'appui aux systèmes locaux d'innovation devenus les facteurs les plus importants de la performance des territoires et de manière générale dans la valorisation de leur capital social et économique.
Pour cela, il leur faut s'appuyer sur des dispositifs d'aide à la décision prenant en compte réellement les meilleures pratiques existantes à l'échelle européenne et internationale, tout en veillant à la rigueur de gestion de leur identité propre au travers d'une gouvernance qui doit être pleinement adaptée à un capital social et économique régional entièrement tourné vers la compétitivité.
Il en est de même en ce qui concerne le développement des partenariats public-privé entre entreprises et centres de recherche et dans la mise à disposition des habitants d'un ensemble de services de haut niveau en appui à la formation.

Subrepticement mais de manière non moins pressante, des interrogations se multiplient ainsi aujourd'hui dans de grandes réunions internationales, que l'on peut résumer caricaturalement de la manière suivante : quels territoires compétitifs veut-on pour demain ? Quels scénarios prospectifs retenir à cet égard et quels horizons d'actions pour les acteurs territoriaux et leurs stratégies présentes ? Ce n'est en effet nullement la peine d'évoquer de récentes mesures de soutien au développement économique si, comme c'est le cas la plupart du temps, l'on ne s'interroge pas vraiment sur leur environnement local et sur l'apport de celui-ci à la création et au développement des entreprises qui s'y trouvent - ou pourraient s'y trouver au travers d'une boîte à outils efficiente de l'attractivité et du marketing territorial -.
On rappellera les analyses de notre collègue Roberto Camagni (Politecnico de Milan) pour qui le concept économique même de territoire désigne trois réalités bien définies.

- un système d'externalités technologiques localisées, c'est-à-dire un ensemble de facteurs aussi bien matériels qu'immatériels qui génèrent un avantage compétitif aux entreprises. Les pôles de compétitivité doivent être naturellement accompagnées en ce sens.

- un " climat cognitif local ", un système de relations économiques et sociales qui contribuent à la constitution du capital social et du capital relationnel d'un espace géographique donné, l'ensemble donc des liens et réseaux qui unissent groupes et personnes à l'échelle d'une collectivité locale. Les programmes de villes de la connaissance évoquées dans ce séminaire traduisent notamment une telle stratégie territoriale du développement du capital social et le climat cognitif qu'il elle peut ainsi développer.

- un système local de gouvernance qui rassemble en toute cohérence une collectivité, un ensemble d'acteurs privés et un système d'administrations publiques locales. Ce système, pour être pertinent dans la production d'un véritable écosystème local, doit notamment exercer un véritable monitorage de l'environnement et notamment produire une vision partagée du futur.

On a trop souvent cantonné les territoires à un rôle quasi primaire de redistribution. C'est en réalité une toute autre " redistribution " des rôles que les technologies de l'information et de la connaissance mettent en exergue - c'est là la mutation majeure qu'il nous faut analyser au cours de cette séance -, comme le montre par exemple un projet européen s'inscrivant dans le programme INTERREG IIIC " Strategic Intelligence and Innovative Clusters ", dont les partenaires européens sont le Conseil Régional de Lorraine, le Technopôle d'Oslo, l'Agence Régionale de Développement de Murcie, le cabinet ZENITH de Westphalie en Allemagne, le centre de recherche URENIO de Macédoine Centrale et la Mancomunidad du Nord de Ténériffe.

Les stratégies développées par les réseaux territoriaux de l'innovation que nous suivons éclairent aujourd'hui à nos yeux de manière bien différente que l'on aurait pu le faire il y a encore un ou deux ans les exigences nouvelles de l'économie du savoir.
Les territoires européens ont besoin aujourd'hui de nouveaux cadrages, de nouveaux outils, de nouveaux programmes : dans leur évocation réside l'objectif même du présent séminaire.