COLLOQUE

L'ECONOMIE DE LA CONNAISSANCE DANS UNE PRESPECTIVE EUROPEENNE
" EN ROUTE VERS LISBONNE "
Organisé par le Centre de Recherche Public Henry Tudor
Unité Economie de la connaissance et management de l'innovation
Centre d'Innovation par les Technologies de l'Information
Luxembourg, le 9 novembre 2006

Deux initiatives au service de l'économie du savoir
Laura Garcia Vitoria
Directrice scientifique du Réseau européen des Villes Numériques

Déclaration de Luxembourg
Colloque 2005 sur le tourisme culturel : Programme, Pdf programme complet , Article

Introduction

La gestion des savoirs s'ouvre aujourd'hui à l'ensemble des territoires et à la prospective de leur gestion, au travers de programmes tels que ceux des villes de la connaissance que de nombreuses collectivités locales ont lancé en Europe au début de ce siècle, en Espagne d'abord - dans de nombreuses villes, à l'instar par exemple de Saragosse -, mais également récemment en Allemagne et en Italie.

Veiller à la transmission et à l'échange de ces savoirs, non seulement entre acteurs territoriaux mais également entre habitants, répondre aussi à l'irruption de technologies créatrices de véritables noosphères territoriales, telle semble ainsi être désormais l'une des tâches majeures des collectivités locales de demain et du chemin de Lisbonne que nous évoquons ici-même.

Au-delà même d'une prise en compte de plus en plus aigue des possibilités offertes en la matière par les technologies de communication sans fil et celles de la radiofréquence par exemple, nous nous trouvons ainsi devant un champ majeur pour les sciences de l'administration et de la gestion des territoires, au travers notamment de nouveaux dispositifs tels que les bornes installées dans les espaces publics permettant la diffusion de journaux, le marquage de l'espace, la géo-information - sa spatialisation -, les chaînes de programmes sur demande basées sur une infrastructure de géolocalisation, les vidéoblogs, la réalisation aisée et quasi-gratuite de journaux télévisés et de Web TV par les habitants, la balado-diffusion des connaissances, les applications de la réalité augmentée qui nous donne à voir, au travers de nos lunettes un monde environnant légendé, fléché, annoté et surligné, où le nom de chaque monument apparaît dès qu'il entre dans le champ visuel du visiteur et où la signalétique semble accrochée sur le réel...

Comme nous avons eu l'occasion de l'analyser récemment dans le cadre du Forum mondial de la e-gouvernance, l'informatique ubiquitaire est sur le point de transformer assez largement les modalités de l'administration locale, avec notamment une information diffuse
traitant des données collectées en fonction de la position des objets qui les contiennent et de leurs déplacements relatifs, principe permettant d'enrichir les objets courants avec une intelligence contextuelle embarquée. Les nanotechnologies étant par ailleurs en train de rendre possible et économiquement viable le développement de géocapteurs à bas prix et à faible consommation d'énergie, nous sommes conduits à imaginer de même la multiplication prochaine de réseaux sans fils capables d'être utilisés pour une multitude d'applications simultanées dont celles évoquées ici ou mobilisant plus généralement les contenus de véritables agences intellectuelles en ligne dont les premières sont sur le point de se développer sous nos yeux.

Si les plus récents développements applicatifs peuvent en effet être à l'origine de ce qu'Edgar Morin appelle l'émergence d'un nouveau niveau d'organisation, nos prospectivistes imaginent ainsi d'ores et déjà les scénarios du développement de communautés cognitives locales et surtout une modification majeure des formes de gestion de l'économie et de la compétitivité territoriales.

C'est très précisément dans ce cadre que nous souhaitons évoquer ici-même, en clôture de cette première matinée, deux initiatives récentes prises par notre Réseau dans le cadre des engagements que l'Europe a pris face à elle-même à Lisbonne il y a de cela cinq ans :
- la Fabrique du Futur
- le Club des Pôles de Compétitivité.

I - LE CLUB DU FUTUR

il est une initiative prise par le Réseau européen des Villes Numériques en étroite liaison avec les meilleurs spécialistes pour regrouper les initiatives européennes en matière de prospective, et singulièrement de prospective territoriale.
Celle-ci s'est en effet avérée être parmi les grands absents du processus de Lisbonne dont les scénarios apparaissaient - à tort, peut-être - comme trop schématiques : une vision sans passion, nous disaient encore récemment de grands acteurs de la recherche.
Les acteurs territoriaux notamment ne s'en sont pas emparés aussi fortement que cela a pu être espérés : le Club du Futur entend ainsi s'adresser tout particulièrement à eux pour les accompagner dans la scénarisation de l'avenir des territoires.

Seront ainsi abordés au sein de cette structure les futures boîtes à outils de la gestion de l'identité et du patrimoine, les nouvelles formes du tourisme de la mémoire, les ruptures paradigmatiques dans notre environnement cognitif - et singulièrement l'itinérance cognitive -...

Sont ainsi prévues de nombreuses expérimentations avec les entreprises innovantes, afin de contribuer au développement des principaux axes du processus de Lisbonne.

De quoi s'agit-il institutionnellement ? Il est un think tank européen dans le domaine de la prospective et de l'innovation. Il a vocation d'abord et avant tout à rassembler autour de réseaux européens regroupant chercheurs, universitaires et acteurs territoriaux tous ceux qui aujourd'hui s'engagent dans les stratégies de l'innovation promues par l'Union européenne et singulièrement les engagements de Lisbonne.
De Dublin à Timisoara, de Riga à Ljubljana se construit sous nos yeux une Europe de la valorisation de la connaissance dans tous les domaines, une économie du savoir tournant résolument le dos aux rhétoriques sociales d'un autre temps. Ce site sera celui de tous ceux qui y prennent part.
L'innovation technologique que nous avons la chance de vivre requiert une expertise de chaque instant et non le bavardage pseudo-futuriste que certains promeuvent. Ce sont les grands scénarios de l'aventure du prochain quart de siècle que l'on construira et accueillera ici, ceux des entreprises et des activités de demain. Ce site sera celui de la RDI au quotidien.
A l'horizon 2007-2013, les projets européens, les aides territoriales, les réseaux d'excellence et bientôt, nous l'espérons, les collectivités de connaissances et d'innovation constitueront des supports communautaires de plus en plus irremplaçables. Le Club du Futur aura à accompagner tous ceux qui souhaiteront s'y engager.
Tous les croisements entre les objectifs de développement durable et les pratiques économiques innovantes constitueront l'un des premiers axes de nos groupes de travail. Ceux-ci seront ainsi ouverts à tous les responsables en la matière.
La programmation de stages pour les jeunes européens achevant leurs masters est par ailleurs d'ores et déjà possible, de même que l'est l'accueil de tous ceux qui compléter leurs formations.

De même, les travaux les plus neufs sur l'innovation et la prospective circulent encore bien mal à l'échelle européenne et internationale. Ce sera la tâche de l'équipe de la Fabrique du Futur que de les rassembler et de les mettre à disposition des autres universitaires et chercheurs, ainsi naturellement que des décideurs économiques et territoriaux.

Un conseil scientifique résolument européen et transdisciplinaire sera à cette fin opérationnel dès 2007. Y sera associé celui constitué par l'ONG ARENOTECH et par le Réseau européen des Villes Numériques, cofondateurs du Club..

II - LE CLUB DES POLES DE COMPETITIVITE

Notre Réseau, suite à de nombreuses demandes et suggestions institutionnelles, a entrepris de développer un club de mise en réseau des polarités territoriales de compétences et de compétitivité.

Celles-ci en effet disposent souvent de peu d'outils pertinents pour développer les synergies au sein même des pôles, mais également les rapports entre eux et l'évolution vers les nouvelles communautés de connaissance et d'innovation qu'entend promouvoir la Commission européenne : cette initiative entend d'ailleurs précisément participer à une telle promotion.

La décision de création de ce Club a été prise à Timisoara (Roumanie) à l'occasion du Forum " Francophonie et nouvelles technologies " qui s'est tenu les 22 et 23 mars derniers. Face aux défis des mutations territoriales qui y ont été analysés, le Forum " Francophonie et nouvelles technologies " réuni à Timisoara (Roumanie) a vu nos collègues roumains de l'Université Polytechnique, dans le cadre de débats animés sous l'égide du Réseau, partenaire du Forum, proposer officiellement la création d'un consortium francophone des pôles de compétitivité. Ce club devrait s'accompagner à l'avenir de la création d'un Institut de la Compétitivité sous l'égide de cette même Université.

Cette initiative à l'échelle internationale complète celle avancée lors de la réunion tenue à Paris à la DIACT (la délégation française interministérielle à l'aménagement et à la compétitivité des territoires le 16 février 2006 afin de mieux définir les outils de travail collaboratif qui permettront aux acteurs économiques, universitaires et territoriaux de développer leurs synergies au sein des pôles aussi bien qu'entre ces derniers. L'ensemble des participants à cette réunion y a donné son accord pour la création d'une structure regroupant les divers acteurs du développement des pôles de compétitivité.

Ses objectifs ont été annoncés à Fez le 5 avril dernier et la plate-forme d'intelligence collaborative qui lui permettra de travailler a été présentée à l'occasion de Global City à Lyon le 16 mai.

Le groupe de préfiguration du Club a d'ores et déjà organisé concrètement plusieurs événements, notamment une première journée au Sénat le 19 mai avec l'Université Paris XII, un second au Sénat français également avec " Russie 21 " sur les zones économiques spéciales Russes - l'équivalent des pôles à vocation mondiale -; un colloque à Reims au début du mois de juin nous a surtout clairement permis de recenser les besoins immédiats des responsables des pôles, de même qu'une rencontre à Besançon ensuite et enfin une après-midi à l'Université de Nantes le 28 juin dans la cadre de la Semaine de la connaissance.

S'y joindront également les collectivités territoriales qui auront développé un programme de " ville de la connaissance ", une forme de clusterisation des savoirs et activités territoriales aujourd'hui déjà largement développée en Finlande ou en Espagne par exemple.

Le programme " Pôles de compétitivité " de notre Réseau rassemble ainsi les acteurs qui ont pour vocation d'accompagner en Europe toutes les formes de pôles de compétences et d'excellence territoriaux. Une telle synergie s'avère aujourd'hui d'autant plus indispensable que toute une littérature grise internationale relative au regroupement à l'échelle des territoires des expertises et vecteurs de compétitivité régionaux est aujourd'hui ignorée, comme l'est également l'insertion de ces entités dans les futurs dispositifs européens et de manière générale tout ce qui concerne les outils et les cadres d'une nouvelle intelligence collaborative des territoires.

Le Club se veut donc fédérer, progressivement et sans exclusives, entreprises et entités prêtes à mettre en synergie leurs compétences au service d'une nouvelle organisation territoriale de la recherche, de la formation et de la collaboration entrepreneuriale. Un groupe de travail a été formé en vue de sa constitution.

Les polarités de compétence et de compétitivité marquent aujourd'hui la genèse d'une nouvelle cartographie économique, où les territoires en réseaux et leur positionnement face à l'émergence d'une économie du savoir se trouvent au cœur des mutations contemporaines. Depuis plus de quinze ans maintenant et parfois bien davantage, sous une formulation sémantique et surtout institutionnelle extrêmement diverse - du fait même de la variété des horizons culturels des gouvernances régionales et urbaines, en Europe comme ailleurs -, la compétitivité et l'attractivité des territoires reformule ainsi ses panoplies et ses boîtes à outils.

Le Club peut ainsi continuer de se constituer, développer sa place sur la plate-forme et l'amplifier dans un futur proche. Les synergies recherchées - sur le base de critères tant géographiques que thématiques - auront dans un premier temps essentiellement pour objectif de favoriser l'échange de bonnes pratiques et de favoriser les coopérations qui peuvent déboucher par exemple sur des co-labellisation de projets.

Elle pourra également permettre de créer plus tard des réseaux pan-européens spécifiques qui deviendront des interlocuteurs naturels pour les organismes transnationaux. Il s'agit d'ici là de continuer à mettre en relation ces différent acteurs, de favoriser l'émergence de projets de RDI communs et mettre en place des plans de financement qui intègrent financements locaux et financements européens.

Le Club a pour objectif enfin de penser la territorialisation de l'économie. Est aujourd'hui en effet venue l'heure, dans biens des cas - au Japon par exemple -, des firmes-réseau. Cette nouvelle économie relationnelle inter-firme ouvre de nouvelles perspectives de compétitivité internationale. Pour Masahiko Aoki, économiste à l'Université Tokyo, une telle coopération inter-firmes constitue même une forme d'organisation plus efficace que le recours au marché. La territorialisation des firmes-réseau est déterminante pour l'attractivité du territoire, au grand dam d'ailleurs, nous le savons, de l'état-nation.

Cette " ambiance industrielle ", selon l'expression fameuse d'Alfred Marshal, se compose de solidarité ou de confiance. Pour cela, rien de tel que d'utiliser les outils dont nous disposons pour favoriser les interactions et collaborations de tout genre : tel est en tout cas notre objectif en la matière.

III - Deux initiatives dans le cadre d'une démarche globale

Ces deux initiatives s'ajoutent à tout un ensemble d'actions sectorielles aujourd'hui menées par le Réseau européen des Villes Numériques, nous nous limiterons ici à huit d'entre-elles :

  • * Nous participons activement au projet de création d'une Maison européenne de l'Ethique et du Développement Durable (MEEDD) consacrée au développement durable des territoires.
  • * Nous collaborons actuellement à la création du Réseau 507 (en référence à la date de 507 avant notre ère et à l'émergence de la démocratie grecque) afin d'analyser l'impact présent et futur entre les technologies de la connaissance sur les analyses politiques et sociales contemporaines.
  • * Pour ce qui est des nouvelles éthiques de gouvernance qu'autorisent, mais que rendent également nécessaires les rapports entre gestion des territoires et transmission des informations et des savoirs, le club ALOR (A L'Ombre de la République) que nous avons créé s'efforce de travailler avec de futurs élus d'une part et des personnalités ayant exercé des fonctions internationales par exemple afin de mieux la crédibilité future des responsables de demain.
  • * En ce qui concerne la place des croyances dans cette société de la connaissance comme vecteur de tolérance et de gestion de l'image de l'autre dans nos sociétés en voie de globalisation et en situation de profonde mutation, nous avons mis en oeuvre la formation du Think Tank " Christianisme et innovation ".
  • * Dans le cadre de la coopération avec l'Amérique latine, a été crée le groupe " ciudades digitales ", rassemblant chercheurs et décideurs latino-américains à des fins d'accompagnement des acteurs territoriaux.
  • * En ce qui concerne la genèse d'une société de la connaissance en Afrique, nous avons crée l'Institut Europe - Afrique afin de mieux faire circuler les analyses de part et d'autre et de générer de nouvelles formes de synergies et de coopération.
  • * Pour développer l'environnement cognitif permettant un partage des marchés entre entreprises européennes et asiatiques sous l'égide d'actions de coopération décentralisée de la part des collectivités locales, est en voie de création sous notre égide l'association " Asian Digital Cities ".
  • * Des Rencontres territoriales " Europe - Canada " seront organisées par notre Réseau au Québec à partir de l'année prochaine, consacrées précisément à la société de la connaissance. Elles seront là aussi amenées à constituer une entité vouée au développement de projets dans le cadre des programmes européens.

D'autres initiatives sont actuellement encore en cours, en ce qui concerne notamment la collaboration des acteurs européens avec leurs homologies russes ou brésiliens.

Conclusion

La présentation de ces démarches et surtout des deux initiatives que nous vous avons présenté plus longuement à l'occasion de ce colloque a pour objectif notamment de convier tous les collègues présents, enseignants et chercheurs, décideurs économiques et institutionnels à y participer et à ainsi accompagner les futurs dispositifs mis en place en la matière par l'Union européenne dans le cadre de la stratégie de Lisbonne et dans l'ensemble des domaines et des structures précédemment évoqués.

Ceci au travers de projets communs bien sûr, de futures communautés de connaissance et d'innovation - si leur création se confirme -, mais aussi et surtout matière de réseaux d'excellence, tel que celui qui pourrait éventuellement être issu de nos présents Entretiens.. http://www.arenotech.org