Monsieur
Veltz, chercheur en sociologie, ancien directeur de l'Ecole nationale des ponts
et chaussées, a profité du 2ème Salon Européen de
la Recherche et de l'Innovation qui s'est tenu à Paris du 8 au 11 juin
dernier pour présenter la ville d'aujourd'hui avec ses forces, ses faiblesses
et ses défis. Je reprends ici ses propos.
Pour commencer, des chiffres: au début du 20ème
siècle, il y avait environ 150 millions de citadins, ils aujourd'hui
sont trois milliards et il est prévu que 60% de la population mondiale
soit citadine d'ici 2030. Cette croissance urbaine se réalise surtout
dans les pays du Sud, cette croissance vertigineuse est angoissant étant
donné les infrastructures requises pour une urbanisation réussie.
Les pays du Nord ont eu 200 ans pour effectuer cette urbanisation, les pays
du Sud le feront en quelques décennies seulement. Pour autant, l'unité
d'analyse est peut être mal choisie. On parle toujours de la croissance
d'Etats, hors, la plupart du temps, ce sont seulement quelques villes de cet
Etat qui se sont développées et non pas l'ensemble du territoire.
La Chine en est un exemple : seule la côte et ses métropoles s'urbanisent.
C'est pour cela que l'on parle parfois d'une économie en archipel qui
se superpose à celle des Etats-nation. Ainsi, la grande majorité
des IDE passe d'une grande zone métropolitaine à une autre, et
ne vont pas, comme on le pense souvent, des zones développées
vers celles en développement. L'économie mondiale tourne ainsi
autour de 4 grands pôles : deux en Amérique du Nord, un en Asie
et en Europe de l'ouest.
On pourrait penser que plus les communications sont fluides et plus les activités
sont réparties. En réalité c'est exactement le contraire
qui se produit : plus les communications sont fluides et plus on va vers une
polarisation. La fluidité des échanges permet en effet de révéler
les avantages économiques de l'agglomération qui sont :
- la possibilité de réaliser des économies d'échelle
- la diversité inhérente à la grande ville
- permet l'émergence de nouveaux services, produits , ce qui ne serait
pas possible dans de plus petites entités
- la grande villes joue un rôle d'assurance : plus facile du retrouver
du travail sur un marché du travail important que dans une micro-économie
La surproductivité urbaine est liée à la taille effective du marché de l'emploi, c'est une externalité positive.
Il ne faudrait cependant pas croire que la ville est quelque
chose de facile à manier, à contrôler. La ville (dans les
démocraties du moins) n'est pas un système technique finalisé,
il est ouvert, les gens se promènent très librement et prennent
des décisions de manière asynchrone et décentralisée.
Il est donc dur de définir sa forme urbaine. Même si les urbanistes
et les autorités tentent de modeler la ville, au final, c'est l'individu
qui décide du lieu où il va vivre et q ui par là mêm
e déclenche u n enchaînemen t non vertueux. Cependant, il y a bien
entendu un besoin très important de nouvelles techniques pour que les
villes qui s'urbanisent rapidement obtiennent l'infrastructure minimale nécessaire.
En conclusion, la ville doit maintenant affronter plusieurs grands défis
:
- la mise en place des services essentiels (eau, électricité etc.)
dans les villes
- la réduction des inégalités à l'intérieur
même des villes (ces inégalités étant plus fortes
à l'intérieur d'une ville qu'entre différents départements)
- la durabilité : le point de vue énergétique et l'émission
de gaz à effet de serre
Il faut donc créer des villes plus intelligentes, plus sobres, plus fonctionnelles
peut-être : mais comment ?. Anne Boultareau,
chargée de mission du RVN