L’Europe
et la recherche: enjeux et défis
Conférence du 10 juin 2006 au Salon Européen de la Recherche
et de l’Innovation à Paris
Résumé
La recherche européenne: comment elle se déroule en pratique,
qui en sont les acteurs, quels en sont les avantages mais aussi les inconvénients.
L’Europe et la recherche: enjeux et défis
Cette
émission, animée par Paul Jamet a fait se rencontrer quatre
acteurs de la recherche : un chercheur et industriel, Thierry Lerroux,
une chercheuse de l’Inserm, Christine Petit, une conseillère
de la Commission européenne, Jocelyne Gaudin et enfin un professeur,
Pierre Papon. Les différentes fonctions de ces personnalités
ont permis un débat riche abordant les différents aspects
de la recherche européenne.
La recherche européenne est en plein essor, le
budget y étant consacré augmente actuellement de 40% par
an. Cette hausse permet de financer plus de projets, de mettre en avant
des régions européennes qui peuvent être excellentes
du point de vue de leurs travaux scientifiques mais qui, à la différence
d’autres régions européennes, ne sont pas forcément
naturellement connues. Pour développer cette recherche, l’outil
principal est bien sur le programme cadre. Pour autant, il existe d’autres
outils non négligeables tels que les organisations européennes
de recherche qui peuvent avoir un statut privé ou bien international.
Un des principaux défis se posant est le manque
de coordination entre le programme cadre européen et les programmes
nationaux. Les gouvernements rechignent parfois à débloquer
des fonds pour les programmes européens car ils craignent alors
de voir les fonds attribués à des chercheurs étrangers.
C’est cette vision à court terme, ce chacun pour soit qu’il
faut dépasser afin que les équipes les plus prometteuses
soient encouragées, soutenues. Il faut développer une vision
européenne et non nationale. Cependant, Madame Gaudin, tout en
ne déniant pas le fait que la collaboration est parfois insuffisante,
nous montre que la collaboration, qui, même si elle n’est
pas forcément visible à première vue, n’en
existe pas moins. En effet, avant le démarrage des programmes de
recherche en soit, les différents acteurs collaborent afin de définir
des thèmes à étudier à un niveau européen.
Cette collaboration, qui est cruciale, est naturelle, il n’y a donc
pas eu besoin de l’institutionnaliser.
Aujourd’hui, une partie de la recherche ne peut être qu’européenne.
Comme Madame Petit l’a en effet évoqué, certains thèmes
de la recherche nécessitent une coopération de spécialistes
très pointus dans de nombreuses matières. Le vivier national
de chercheurs n’est alors plus suffisant, seul le niveau européen
permet d’obtenir les spécialistes nécessaires. Cette
coopération au niveau européen a de plus un autre avantage
très important : avec elle, les chercheurs européens cessent
d’être en compétition pour passer à un statut
de coopération. Cette mise en commun des résultats leur
permet d’avancer plus vite, d’avoir plus de données
et donc d’être plus compétitifs par rapport à
leurs concurrents tel que les Etats-Unis. Monsieur Lerroux a également
mis en avant un autre avantage : les chercheurs ont besoin de se rencontrer,
de confronter leurs idées et les avancées des chercheurs
doivent aussi être présentées aux consommateurs afin
qu’ils reçoivent du « feedback » . La participation
à de grands programmes européens non seulement permet cette
confrontation mais la rend aussi plus intéressante qu’au
seul niveau national, plus limité.
En ce qui concerne les défis, l’aspect pluriculturel n’est,
selon Madame Petit, pas un problème. Elle dit en effet qu’une
fois que les acteurs se retrouvent autour d’une table pour discuter
d’un projet, les barrières tombent. Il suffit donc de se
faire rencontrer des personnes ayant des intérêts et objectifs
similaires pour que la culture ne soit plus un problème (au moins
dans le cadre de l’Europe). Un autre défi pour la recherche
européenne est celui de la pérennité des structures.
L’Europe a tendance à aider des projets débutants,
leur permettant une percée, mais à ne plus les soutenir
ensuite lorsqu’ils sont réellement en phase de s’implanter.
Il est également reproché à l’Europe de ne
pas réussir à débloquer assez rapidement des fonds
pour ses jeunes chercheurs ni de soutenir assez longtemps les secteurs
en émergence. Hors, l’enjeu est important : cette réactivité
accrue et ce soutien dans la durée sont indispensables pour maintenir
le développement du tissu européen de la recherche et éviter
la fuite des cerveaux. Espérons donc que l’Europe saura réagir,
continuer à développer la recherche tout en corrigeant ses
faiblesses actuelles.
Anne Boultareau, chargée de mission
du RVN

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