Un grand nombre de constats récemment développés
permettent de modifier complètement les traditionnels débats
sur la langue française, mais aussi de valider de nouveaux
regards et d'en esquisser une vraie prospective.
I - Des constats et études récentes commencent
à modifier assez substantiellement les termes du débat.
On utilisera notamment ici à ce sujet une synthèse récemment
publiée par les Echos qui rejoint largement nos propres constats
(voir notes). A ces constats, les participants au débat sont
naturellement invités à ajouter leurs propres expériences
et références : on s'efforcera en effet de fournir dans
nos discutions des références concrètes et des
analyses récentes, et non des sentiments subjectifs basés
sur une démarche purement personnelle, ce qui a - à notre
sens -, toujours détourné la francophonie des vraies questions
sur son futur.
1 - Pour ce qui est d'abord des acteurs français
entre eux :
- les observations menées par la direction des relations
internationales de l'enseignement au sein de la Chambre de Commerce
et d'Industrie de Paris : " on assiste à un retournement
: " les entreprises sont en train de revenir vers le français
" (1).
- l'étude de l'Observatoire de la formation et des métiers
dès 2003 montrait ainsi de vrais changements dans les grandes
entreprises françaises travaillant à l'international
par rapport à celle publiée en 2002 par le Centre
de recherche pour l'étude et l'observation des conditions
de vie et qui dressait le tableau du " tout anglais "
mis en œuvre par les grands groupes nationaux.
- le retournement correspond clairement à ces toutes dernières
années : Renault, après avoir choisi l'anglais comme
véhicule de communication dans son alliance avec une entreprise
aussi innovante que Nissan a commencé par renoncer à
cette unicité en 2001 pour aujourd'hui épouser un
total revirement avec les objectifs de la Fondation Renault : "
chargé de promouvoir la langue française dans les
pays où Renault est implanté, l'organisme forme les
étudiants étrangers à la langue et à
la culture française " (2).
- une telle chronologie d'une mutation qui s'opère quasiment
sous nos yeux est illustrée par l'exemple d'AXA Assistance,
souvent évoqué récemment lui aussi par les
médias, au travers par exemple de la mise en place d'une
" commission de terminologie " qu'elle a voulu destinée
à préserver la communication interne de l'entreprise
face aux influences anglo-saxonnes...Une démarche dont Maxime
Amiot rappelle qu'elle a déjà été mis
en place bien avant par Peugeot.
2- Si l'anglais commence à apparaître
aux yeux de beaucoup de décideurs comme un véhicule linguistique
de la division et le " tout anglais " comme contre-productif
au sein des grandes société françaises, le débat
commence à concerner également les relations internationales.
- le président du Forum francophone des affaires, par ailleurs
Président de la BRED Banque Populaire, souligne ainsi que
" le français peut être un formidable avantage
concurrentiel pour qui sait l'utiliser "...(3)
- la stratégie d'LVMH en est une illustration basée
sur l'image même de la langue : " Dans le groupe, un
cadre ne se sentira pas vraiment intégré s'il ne parle
pas le français. Cette langue fait partie intégrante
de notre identité " (4). Maxime Amiot conclue : "
tandis que les produits vendus à l'étranger gardent
leur appellation française, le centre de formation du groupe
- basé à Londres... - forme les cadres étrangers
à la connaissance de la langue et de la culture française
" (5).
II - Un nouveau regard se fait jour. On évoquera
ici quelques-uns deux des points développés par le conseil
scientifique de l'ONG ARENOTECH que nous dirigeons dans le cadre de
son programme " francophonie ".
1 - le français serait ainsi espace sémantique
qui sait historiquement mener l'organisation de liens conceptuels et
la gestion de la mise en rapport des démarches intellectuelles.
Son adoption à des moments spécifiques par les milieux
culturels et diplomatiques n'est évidemment pas un hasard : l'innovation
conceptuelle dont elle a été porteuse à bien des
moments - et qui a en retour souvent décidé de son évolution
même - explique que nous soyons à un moment clef de son
rôle dans les mutations culturelles et sociétales de notre
temps. Elle explique aussi les méfiances dont son utilisation
peut faire l'objet par certains décideurs internationaux : son
usage à niveau est évidemment tout sauf neutre !
2 - le champ de l'économie de la connaissance et les nouveaux
horizons de transfert des savoirs qu'il suppose constitue aux yeux de
beaucoup une chance nouvelle pour la langue française. Mais cela,
on le reconnaîtra, avec peut-être de redoutables conditions
:
- - par exemple celle d'apparaître clairement comme une langue
de l'expertise et donc comme une opportunité pour obtenir et
gérer des savoirs
- - celle également d'apparaître comme un véhicule
privilégié de l'excellence : là encore, n'oublions
jamais son histoire à ce sujet ! " Pour mettre tout en
ligne sans savoir rien, l'anglais c'est génial ", disait
- de manière un peu rapide et personnelle - un jeune participant
à l'un de nos forums ! Non sans ajouter : " Tout comme
pour faire semblant d'écouter l'autre "...
La langue qui incarne une vraie pertinence de la mise
en réseau ? C'est ce que sembleraient impliquer ces deux types
de considération. Nous rejoignons par là-même la
table ronde précédente et nos propres travaux. Mais il
est bien d'autres considérations auxquelles il conviendra de
laisser toute leur place.
3 - N'oublions en effet pas les nécessaires
préconisations pour demain, et donc l'horizon prospectif qu'il
nous faut construire. Nous nous proposerons de consacrer une partie
du débat à cette question, et donc de déterminer
les divers scénarios possibles et les vecteurs qui les sous-tendent
à l'horizon 2020 et 2030 (6) :
- le scénario d'un vrai plurilinguisme vécu au quotidien
et notre capacité à le construire en Europe en constitue
évidemment une condition
- le scénario inverse d'une langue unique choisie par défaut
- celui aussi d'une langue de référence pour les
bonnes pratiques et le partage de l'innovation, le tout basé
sur la prise en compte des horizons culturels de l'interlocuteur
et des outils et cadres les plus pertinents pour le développement
de communautés de pratique. Les échanges sur ce dernier
scénario a été de plus en plus évoqué
tout au cours de ces derniers mois en liaison avec les débats
relatifs à l'économie du savoir
(1) Guilhène Maratier-Decléty, in Les Echos, 10-11 février
2006
(2) Maxime Amiot, id.
(3) Steve Gentili, id.
(4) Concetta Lanciaux, id.
(5) Maxime Amiot, id.
(6) Laura Garcia Vitoria, intervention en 2005 à l'Institut de
Prospective Technologique de la Commission européenne (www.arenotech.org)

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