UNIVERSITE FRANÇOIS-RABELAIS
ANNEE UNIVERSITAIRE 2005-2006

ÉCOLE DOCTORALE :

« Sciences de l’Homme et de la Société »

&    &

de la Semaine de la Ville du 6 au 11 mars 2006

(Module transversal « Etudes Urbaines »)
Réalisé par KHMAIS Zouhaier

- Sujet de thèse: « Acteurs, stratégies d’acteurs et enjeux du développement urbain local : Le cas de quatre quartiers populaires périphériques à Siliana (Tunisie du Nord-Ouest) : Essalah, Ennour, Ennozha et El Mongi Slim ».

- Directeur de thèse: Monsieur le Professeur Pierre SIGNOLES.
- Filière : « Sciences de l’Homme et de la Société; Espaces, sociétés et villes dans le Monde Arabe»
- Equipe de recherche: EMAM (l’Equipe Monde Arabe et Méditerranée) (ex-Urbama).

243      Introduction      243

Qu’est-ce que l’Utopie ? À l’origine Utopia (Utopie) signifiait un monde parfait mais dans un lieu indéfini et atemporel, inaccessible, un « ailleurs ». Pour comprendre le mode d’emploi du terme utopie il faudrait rappeler ses paradoxes (Máire F. CROSS, 2003) [1] . C’est un terme spécifique mais son interprétation, elle, est très vaste, car l’utopie représente une tentative d’atteindre la perfection dans un modèle donné (Mercier-Josa). Le mot utopie connaît bien des acceptions divergentes au cours de moments de grande effervescence. L’utopie aurait sa propre histoire et cela bien au-delà de son invention par Thomas More, dans un contexte philosophique spécifique, celui de la Renaissance européenne dont parlent et discutent Goblot, Rosa, Hinckler et Rancière.

Dans le cadre de la cinquième semaine de la ville organisée par (ou sous l’égide de) la MSH (Maison des Sciences de l’Homme [2] ) « Villes et Territoires » de l’université François-Rabelais à Tours avec la Coordination de Madame Sylvette Denèfle ; Directrice de la MSH, et dont le thème est en 2006 « Utopie et expérimentations urbaines », plusieurs conceptions théoriques se rencontrent, de nombreuses idées et réflexion se confrontent, plusieurs projets se dévoilent et se mettent en place autour de l’urbain, et de la société dans toutes ses formes manifestes ou dissimulées, empiriques ou utopiques, complémentaires ou opposées, avec toutes ses nuances, ses conduites, ses connaissances, ses motivations, ses habitudes ou ses automatismes, ses registres, ses instincts ou ses inclinaisons, ses nuances, ses ambivalences ou ses incertitudes liées aux sources et aux canaux d’informations qui définissent la ville et s’y confondent. Cette semaine de la ville pour l’année 2006 était une semaine de rencontre d’études et de débats multiscalaires. Elle avait comme fils conducteurs et comme préoccupations principales les thèmes de l’« Utopie féministe et expérimentations sociales urbaines », des « Utopies et expérimentations », des « Arts de la ville dans la prospective urbaine », du « Développement durable des territoires entre utopie et expérimentation » et de l’« utopie et pragmatisme en histoire de l’urbanisme ».

Le module transversal « Études Urbaines » a été étroitement lié à cette Semaine de la ville qui s’est déroulée du 6 au 11 mars 2006. Cette Semaine de la ville avait comme objectif, et entre autres, de mieux comprendre ce terme d’utopie et son mode d’emploi à travers le volet des utopies urbaines féministes. Ce séminaire étant un moment important de l’activité scientifique transversale sur les questions urbaines, il avait comme fil conducteur l’exposition de travaux originaux sur les réalisations urbaines innovantes dans toutes leurs dimensions, sociales, urbanistiques, architecturales, environnementales, aménagementales, littéraires, artistiques, historiques et contemporaines, etc. Cette 5ème Semaine de la Ville s’est déroulée sous la forme de colloques thématiques associés soutenus par la présentation d’opérations témoins faites par des collectifs de spécialistes : FRAC, associations, collectivités territoriales, services d’experts, etc.

Au cours de cette semaine, on doit signaler aussi la présence de nombreux chercheurs et spécialistes d’un grand nombre de disciplines qui sont impliqués dans des travaux prenant en compte la thématique générale des utopies urbaines et des utopies urbaines féministes. Ils ont proposé des forums de discussion, des conférences, des présentations audio-visuelles, voire des colloques internationaux.

Ø Dans la journée du Mardi 7 Mars 2006, j’ai assisté à un séminaire intitulé « Développement durable des territoires entre utopie et expérimentation » organisé par Corinne LARRUE à la Salle Champ Giraud, rue Jean-Bernard Jacquemin à Tours. Ce séminaire s’est divisé en deux séances principales ; la première autour du « développement durable en expérimentation » a été animée par Cyria EMELINANOFF de l’université du Maine et présenté par un certains nombre de chercheurs dont Michel CAPRON (Université de Paris 8), Claire CARTIEUX (Atelier de l’économie sociale et solidaire), Bruno VILLALBA (Université de Lille 2), Michel TEYKE (Cerfise) et Olivier KLEIN (Ecole nationale des travaux publics de l’Etat, LET). La deuxième séance de ce séminaire était autour du « développement durable, une nouvelle utopie ? » et animée par Olivier SOUBEYRAN. Les travaux de recherche de ce programme ont été présentés par Michel LUSSAULT (Président de l’Université de Tours), Vincent BERDOULAY (Université de Pau), Lionel CHARLES (Fractal) et Jean-Marc CALLOIS (Cemagref – Puy de Dôme) sous forme de table ronde.

Ce séminaire s’est tenu dans le cadre du programme national de recherche « Politiques territoriales et développement durable » financé par le Ministère de l’écologie et du développement durable (MEDD) et le PUCA (Plan Urbain Construction Architecture). Ce programme finance une quarantaine de projets de recherche et donne lieu à des séminaires de discussion autour des projets en cours de réalisation ou terminés. Ce séminaire organisé à Tours le 7 mars a mobilisé les équipes d’une dizaine de projets dont les thèmes s’inscrivent dans la problématique de la semaine de la ville : utopie te expérimentation.

Les chercheurs dans les deux séances ont étudié les dernières figures des politiques du développement durable en France mais aussi ailleurs dans le monde dans un regard croisé entre l’utopie et l’expérimentation. Le regard porte d’autant plus sur plusieurs questions notamment celle relative à la manière de faire face à la rareté de certaines ressources naturelles et de conserver d’autres.

Ø Dans la journée de Mercredi 8 mars, à Tours(s) Plus [3] , j’ai concouru les manifestations d’un Colloque organisé par Philippe CHAAIGNE et Sylvain SCHOONBAERT et intitulé « Utopie et pragmatisme en histoire de l’urbanisme ». Le premier point qui a été évoqué est celui de comment définir une ville nouvelle (on a posé la question « qu’est-ce qu’une ville nouvelle ? »). Pour répondre à cette question et trouver une définition plus fidèle et plus fiable à ce qu’on appelle une ville nouvelle, on a recouru au « Dictionnaire de l’urbanisme » de Françoise Choay et Prince Reblin. Ces nouvelles villes, en France, ont une délimitation dans le temps et dans l’espace. Seules 9 villes nouvelles sont réalisées en France dans les années 1970 (exemple : Marne-La-Vallée, Le Verdoy,…). Ces villes nouvelles étant des modèles spécifiques ont-elle étaient une utopie. Le projet des villes nouvelles né au début des années 1960 sur initiative du Général De Gaulle pour faire face à une croissance urbaine anarchique de Paris, engendrée par « l’évolution démographique et sociale du péri-urbain parisien, [à cette époque], selon différentes approches : composition sociale des flux migratoires, offre de logements et migration, problèmes fonciers, aspects sociologiques des choix de localisation résidentielle, etc.» (BEAUCIRE Francis et BURGEL Guy, 1992) [4] . La situation de la région parisienne a été dès lors (1960) critique (coûts du foncier élevés, précarité des équipements collectifs, etc.). Face à cette situation, on a opté également pour une politique de malthusianisme (en référence à Malthus). Cette politique a limité la croissance de la région parisienne qui était incontrôlée et anarchique. Un SADU (Schéma Directeur d’Aménagement et d’Urbanisme) a été aussi mis en place prévoyant autour de 14 Millions d’habitants à la région parisienne à l’horizon de l’année 2000. D’autres solutions ont été aussi envisagées et engagées ; l’investissement des établissements des services, réduire la fatigue liée au trajet entre résidence et lieu de travail, fourniture de services sociaux afin de préserver l’harmonie sociale, encourager les associations à travailler dans ce sens, prévoir des infrastructures en RER. Plus de 25 000 logements ont été, à cet effet, construits et près de 3 000 emplois ont été crées dans les années 1960 et surtout à partir de 1962. De nombreuses conceptions de projets ont été mises en route comme les ZAD (Zones à Aménagement Différé) et les EPA (Etablissements Publics d’Aménagement).

La politique des villes nouvelles a été mise en œuvre, à l’origine, pour absorber une part significative de la croissance démographique des grandes métropoles : Paris, bien sûr, entouré de cinq villes nouvelles (Cergy-Pontoise, Marne-la-Vallée, Sénart, Evry et Saint-Quentin-en-Yvelines), mais aussi Lille (avec Villeneuve d’Ascq), Lyon (avec L’Isle d’Abeau), Marseille (avec l’Etang de Berre) et Rouen (avec Val de Reuil).

Les villes nouvelles avaient ainsi la vocation d’organiser un développement urbain qui se faisait de manière mal maîtrisée. Les grands ensembles et les lotissements pavillonnaires révélaient déjà leurs limites : les ZUP commençaient à montrer les signes des problèmes sociaux qu’elles connaissent aujourd’hui ; les étendues pavillonnaires, quant à elles, étaient souvent sous-équipées, éloignées des lieux d’emplois et consommaient à l’excès des surfaces agricoles.

Il fut donc décidé d’apporter une réponse courageuse et volontaire à ces enjeux quantitatifs et qualitatifs. Le Schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme de la région parisienne, impulsé par P. Delouvrier et appuyé par le Général de Gaulle, joua un rôle déterminant à cet égard : il jeta les bases du développement des villes nouvelles, placées en périphérie de leur agglomération-mère, le long de lignes ferrées nouvelles (RER), selon le principe du polycentrisme. Ce principe fut appliqué de la même manière pour les villes nouvelles de province. L’ambition était grande : il fallait créer des centres urbains, dont l’aire d’influence couvrirait la banlieue avoisinante. Ce n’était donc plus une simple politique de l’habitat qu’il convenait de mener, mais une réelle politique urbaine, combinant le logement, l’emploi, les équipements, les transports, les commerces, les loisirs, les espaces verts, c’est-à-dire tous les éléments nécessaires à la constitution d’une ville à part entière. Des localisations, des équipes spécifiques, des partis d’aménagement, des rythmes de développement différents attribuent aujourd’hui une identité propre à chaque ville nouvelle.

Ces villes nouvelles commençaient à exercer une forte attraction démographique et à procurer une certaine identité par rapport aux autres anciennes, elles attirent désormais principalement de jeunes ménages, avec des enfants en bas âge, qui sont originaires des départements de la deuxième couronne plutôt que de la partie centrale de l’agglomération parisienne. Parmi eux, les « classes moyennes » dominent. Mais cette population est instable et, pour la majeure partie d’entre elle, les villes nouvelles ne représentent qu’une étape, mais aussi une utopie en elles-mêmes.

En revanche si ces villes nouvelles sont une utopie, alors celle-ci n’est que partielle, et ces villes ont besoin encore de maturité. Certaines villes nouvelles ont-elle réussi mieux que d’autres. Certaines autres villes nouvelles ont vu un échec. D’autres villes nouvelles sont encore en construction (exp: Lille-Darboux).

Le facteur politique est l’un des facteurs majeur qui a joué pleinement son rôle dans la réussite de certaines villes (exemple le rôle des élus locaux à Vordroy). Parmi les facteurs d’échec on doit signaler la recherche de la monumentalité par des habitants, tandis que d’autres habitants sont pour l’ambiance dans la ville. La paupérisation de certaines villes et l’apparition des quartiers sensibles ont été des facteurs économiques qui ont conduit à l’échec de certaines villes nouvelles.

Au-delà des chiffres impressionnants confirmant que les neuf villes nouvelles ont accueilli plus d’un million habitants et 400.000 emplois depuis leur origine, ce sont de véritables pôles urbains qu’il faut aujourd’hui considérer. Leur rôle de centralité est ainsi pleinement assumé. Leur taux d’emploi est plus qu’honorable ; leur desserte est excellente (autoroutes, RER / SNCF, site propre, etc.). Mais comment rendre compte, après trente ans de planification retraçant les motivations initiales, des méthodes d’action et des résultats obtenus pour chacune des neuf villes nouvelles ?

Ø La même journée du Mercredi 8 mars 2006 (après-midi), j’ai assisté, aux travaux de l’Atelier 1.1 « La ville à l’épreuve des féminismes » dans le cadre du Colloque international intitulé « UTOPIE ET EXPERIMENTATIONS URBAINES : LA DIMENSION DU GENRE » organisé par Sylvette DENEFLE (Professeur de Sociologie et Responsable  chargée de mission à L’Egalité entre les femmes et les hommes à l’université François Rabelais – Tours) en présence d’autres chercheuses comme Florence MARCHAL (Architecte-scénographe, Bruxelles) ou comme Paola FERRUTA (Centre de Recherches Interdisciplinaires sur l’Allemagne, EHESS, Paris). On a évoqué plusieurs points importants en relation avec le Féminisme, le Genre et la Ville qui ont constitué les principaux volets d’un débat suivi d’analyses, de réflexions et de commentaires. Parmi les recommandations des intervenants est qu’on doit reconnaître les personnes comme elles sont en elles-mêmes, qu’on doit aussi donner une place plus importante à la femme dans la société.

La réflexion sur la sexualité de l’espace montre la décatégorisation des êtres humains entre hommes et femmes et montre aussi que « chaque sexe a un espace ». Ceci se dévoile bien, selon Paola FERRUTA, en Colombie, avec ses villes capitalistes neuves qui désexualisent l’espace, et où domine un héritage culturel féministe et on passe du symbolique à la femme au propre sens du mot. L’intervenante a parlé ensuite de « la représentation du Sida en Amérique », puis des contributions des femmes en Columbia pour combattre la guerre, ainsi que des « modalités cherchées par les femmes » pour ce fait. Ces femmes ont vécu pendant deux siècles des situations pénibles et tragiques causées par les guerres. Elle a parlé des cas des femmes qui ont souffert par des « Guerria » (des guerriers [5] ) et des guerres, et des conflits armés partout en Amérique du sud. Ainsi 3 Millions de personnes arrivent en Colombie pour échapper la guerre. C’est en fait intéressant de montrer le contexte qui arrive en Colombie (la violence) dès la conquête. Maintenant la violence est partout en Colombie ; des territoires qui souffrent beaucoup de la violence, des enclavements obligatoires et forcés par les guerriers et ce n’est pas eux qui payent les impôts. Dans ce contexte on se pose la question ; « quel rôle ou place peut-on donner à la femme dans ces conflits. Concernant l’image des femmes en Colombie, celles-ci ne présentent pas des véritables menaces, elles ne sont pas prises en compte et elles sont très menacées elles-mêmes par ces groupes armés (ces guerriers). Au sujet de la question d’être mère, l’image de la mère qui refuse la guerre, et d’être mère dans la possibilité d’être comprise, constitue en elle une solidarité morale, et l’intéressant c’est que des mères des différents intervenants en conflits commencent à se ressembler. L’effet d’être indigène est également important parce qu’on voit la vie d’un côté complètement différent et parce que les indigènes créent des espaces de convivialité en dehors des conflits. C’est important aussi ces niveaux de chances et des langues pour les indigènes.

Après la pause l’intervenante Florence MARCHAL a animé une intervention intitulée  « La perception féminine-féministe de l’espace urbain et architecturé ». Elle a présenté un projet audiovisuel qui consiste en un interview audiovisuel des gens de la ville avec ses lieux du commun, de transport en commun, avec sa proximité, ses lieux de convivialité qui permettent de marquer son territoire. L’intervenante a évoqué de nombreux points dont notamment le fait qu’on est aujourd’hui en train de stigmatiser l’image de la femme, comment doit-on diversifier les quartiers, mais aussi la question du respect de l’autre sexe en Espagne par exemple. On a évoqué également la question des associations féministes qu’on en compte près de 350 à Bruxelles par exemple, ainsi que d’autres questions qui secouent nos idées autour de la place des femmes dans la ville, autour de la base des différenciations sexuelles, autour des liens de concomitance entre les deux sexes, etc.

Sylvette DENEFLE, dans ses commentaires permanents et assidus a évoqué le sens des stéréotypes du sexe, du modèle identitaire du sexe. Selon la présidente de l’Atelier « les possibilités stéréotypes du sexe ont plusieurs façons ».

Des interventions ont évoqué d’autre part la situation de perte de sens pour la place de la femme que vivent plusieurs pays. Dans d’autres pays une situation où le renforcement des stéréotypes de sexe peut faire des solutions, c’est le cas, en Algérie par exemple, des femmes qui viennent demander de savoir la situation de leurs enfants en prison et réclamer leurs libertés. Dans d’autres pays, il y a même des femmes guerrières qui se disent en quelque sorte « si l’Etat ne nous protège pas, on va nous nous protéger nous-mêmes », pour ce faire les mots sont parfois très importants et la manière de parler aussi. Dans d’autres pays et d’autres villes où les qualités des services pour les femmes ont été non adéquates, celles-ci ont suivi des démarches pour apercevoir des solutions pour cette situation.

Sylvette DENEFLE a signalé que les capacités chez les femmes à s’exprimer sont plus que les capacités à ne pas s’exprimer, et être féministe veut dire lutter contre (contre plusieurs dispositions). Une femme parce qu’elle est une femme, elle n’a pas droit de tout faire et à faire tout ce qu’elle ambitionne faire, et en tant qu’une femme, celle-ci a des interdits qui pèsent sur elle. En tant qu’une femme aussi c’est elle qui doit faire le ménage à la maison. Une remarque semble-elle ainsi pertinente à faire jaillir et à faire révéler constatant que toute démarche féministe est une démarche contraignante. Mais on peut se demander « qu’est-ce qui va faire contrainte ? ». Cela, n’empêche pas pourtant qu’il y a des productions sociales de la sexualité et de cette binarité sexuelle. En effet, il est certain que biologiquement il y a des hommes et des femmes mais il y a plein d’autres choses générées par la production sociale de la sexualité. La femme a pourtant un rôle important dans la pacification dans plusieurs pays qui vivent des conflits territoriaux internes comme en Pologne entre l’an 2000 et l’an 2004 où les femmes ont influencé les politiques locales et où différentes techniques de recherches ont été mises en place comme instruments pour réaliser tout projet d’une initiative féministe au niveau local (exemple le projet de la Cité durable), et qui se sont basées sur un sens de responsabilité partagée. La prise de décision était pertinente, ainsi que la liberté de choix des gens et le travail de groupe. Quant aux itinéraires féministes en ville ou ailleurs permettent de partager les styles de vie, les actions, les évolutions et les décisions. Les femmes immigrantes apprennent comment se profiter des politiques sociales et comment consolider les réseaux et les rapports entre les femmes.

Dans son éclaircissement, Sylvette DENEFLE a signalé que c’est assez intéressant ce qui se passe en ce sens en Bologne et qui permet de réfléchir sur ce qui se passe dans les sociétés européennes en général.

Une intervention spectacle qui a du être passée, mais les participants étaient absents et Sylvette DENEFLE lit ensuite un document en anglais intitulé « Women’s political agenda : an example of women’s passion for politics » [« L’ordre du jour politique des femmes : Un exemple de la passion des femmes pour la politique »] transcrit par Diva PONTI, Giovanna TABANELLI et Laura TARTARI de l’Association Orlando.

Dans les notes d’introduction (les notes introductives) de ce texte on a remarqué que l’idée d’établir l’« ordre du jour politique des femmes pour la Bologne » a vu le jour en juillet 2003, en ce moment divers groupes féministes étaient déjà en activité en ville, et la place de la femme a commencé à prendre une forme plus définie dans la ville. Certaines femmes avaient réalisé l’identification publique sur la scène politique locale et nationale. Nous pouvons juste mentionner la création à Bologne de la bibliothèque nationale des femmes (la seule en Italie), l’établissement du centre pour des femmes contre la violence, le premier de cette sorte dans ce pays ; d’ailleurs, les groupes féministes de Bologne ont joué un rôle important dans la réalisation des projets de fabrication, de production, d’arrangement et d’installation de la paix et des mouvements pacifiques avec des femmes d’anciens pays de Yougoslavie pendant la guerre aux Balkans et avec les associations des femmes d’Israël et de Palestine. De l’année 2000 à 2004, la Bologne avait un conseil conservateur de ville, le premier dans son histoire d’après-guerre, qui est éprouvé, avec un certain succès, pour réduire les espaces des femmes et des ressources dans la ville.

De nouvelles élections administratives locales ont été tenues en juin 2004 et ont donné la majorité de nouveau à une coalition centre-gauche. Il y avait pendant l’année 2003 une plus grande présence active des groupes politiques et des mouvements féministes qui ont concentré leur attention sur la façon dont les femmes pourraient influencer des politiques de ville. Dans ce cadre, les divers groupes de femmes ont commencé à se réunir dans « un endroit non politique », un café au centre de la ville. Le but était d’établir un point de vue de genre sur des sujets en grande partie discutés, par des femmes et des hommes, aux niveaux locaux et nationaux. Parmi les issues, il y avait le rôle qu’ont pu jouer les femmes en déterminant l’ordre du jour politique de la ville au moyen d’une nouvelle approche aux méthodes de résolution des problèmes innovatrices d’annonce de problèmes. L’association des femmes ORLANDO qui avait fondé et avait couru le centre de documentation des femmes depuis 1983, a été assigné avec des fonds de l’Union Européenne pour effectuer une recherche sur le « Genre et le Gouvernement ou la Gouvernance » [6] . Ce  « projet genre et gouvernance » a été mis en place pour renforcer la participation de la femme dans la politique locale en plus de la formation d’une équipe de recherche. Donc, les groupes de femmes ont joint le projet afin de développer une partie du travail.

La planification de l’itinéraire a été également mise en place pour mener à bien ce projet « genre et gouvernement » (« Gender and Gouvernance ») dont la recherche participative est un des actions innovatrices visées développant la participation active des femmes dans la politique. Les méthodes choisies pour la porter et l’effectuer sont expérimentales et ont les mêmes caractéristiques en commun : elles sont incluses et conçues afin de faciliter la discussion et développer de nouvelles idées partagées créatives et directives. Un des résultats les plus remarquables (et non les plus évidents) a été la formation de l’équipe de recherche « en marche » ou « en progrès » (« in progress »). Le Comité scientifique-technique a inclus des femmes de croyances différentes, sans aucune barrière idéologique et de divers secteurs de la ville. Le deuxième résultat approprié de l’expérience est celui de la pratique de la discussion et de convenir sur toutes les étapes de l’itinéraire, qui a conclu avec l’événement de l’espace ouvert de technologie. « Hors d’Extension » (Out Reach) et la « Future Conférence de Recherche » (Futur Search Conference) sont les instruments  et les techniques de recherche principalement employées pour mettre le projet à exécution qui ont apporté (amené) à la conclusion avec la réunion de l’espace ouvert de technologie.

La question « Si vous pourriez laisser votre voix comme une femme soit entendue et prise en compte, comment la vie dans votre ville change ? » était le noyau de la discussion lors de la réunion de l’Espace Ouvert de Technologie (Open Space Technologiy : OST). Cette question est venue dehors d’une session de séance de réflexion de la équipe initiale de projet. La raison du choix était l’opinion partagée que « la qualité de la vie à Bologne a changé profondément et la plupart des facilités (des équipements) et des services adressés aux femmes sont insatisfaisants (ou inadéquats) ».

Concernant l’atmosphère et les rapports de la réunion (la rencontre) de l’OST, l’initiative, appelée « une ville souhaitable » (désirable), a été occupée par 350 femmes et duré deux jours. Tous les participants ont apprécié une atmosphère coopérative caractérisée par une attitude générale pour partager les milieux, les styles de vie et le sens d’appartenance. L’impression générale était d’effectuer non seulement une discussion profitable mais de prendre également les décisions appropriées au sujet du développement du projet lui-même. Les issues ou les résultats de cette discussion étaient autour des points suivants :

* « Les conditions nécessaires pour améliorer la liberté de choix  des personnes ».

* « Comment donner une nouvelle vie et une participation aux endroits de réunion et aux espaces communs dans la ville ».

* « Comment consolider des filets et des raccordements parmi des femmes, des groupes sociaux et des établissements publics ».

* « Comment stimuler les rapports, les échanges culturels et la créativité ».

Les points de vue exprimés par les femmes qui avaient participé aux diverses phases du projet, à partir de leurs expériences, ont été diffusés et étendus dans la ville comme des directives du projet pour « une ville souhaitable ». « Une ville souhaitable : l’ordre du jour politique des femmes pour Bologne » (« A desirable city : women’s political agenda for Bologna ») présente la réponse de genre à la question « Si vous pourriez laisser votre voix comme une femme soit entendue et prise en compte, comment la vie dans votre ville change ? » et a obtenu l’attention des citoyens et en particulier des femmes élues au Conseil de la ville et au Conseil de la province. « L’ordre du jour » est également devenu un outil très utile pour beaucoup de femmes qui travaillent et participent à la vie publique de Bologne et à d’autres villes de l’Italie. Les actions, les changements, et les décisions que les femmes mettraient à exécution sont énumérés sous les rubriques suivantes ; la ville avec de l’air respirable [7] (parfumé) (« A city with breathable air »), où..., Une ville sociable (A sociable city), où....., Une ville incluse (intégrante) (An inclusive city), où....., Une ville hospitalière (A hospitable city), où..., Une ville participée (A participated city), où....., Une ville paisible (A peaceful city), où...., Une ville différente (A different city), où....

La réunion de l’espace ouvert (Open Space Meeting) qui a eu lieu en février 2005 a été bien définie par un des participants (dans cette réunion) comme une « caravane », toute une caravane qui se déplace, qui avance, elle s’arrête de temps en autre, avec de nouvelles personnes poursuivant, venant et allant toute l’heure. Elle s’arrête de temps en temps, permettant à des personnes de s’asseoir ensemble en cercle afin de penser et discuter. Actuellement, à Bologne, deux groupes sont au travail sur deux questions (ou résultats) appropriées : « planification participative » et « femmes indigènes et migrantes ». Le premier groupe contribue à un projet adressé à un grand secteur au centre de la ville, où l’administration locale projette une interposition ou une intervention afin de remplacer, de rénover et de transformer un ancien site industriel. L’autre a été occupé l’année 2005 à obtenir des procédures plus humaines et plus rapides dans des concessions de permis de séjour. Au moment où il essaye de promouvoir des classes d’Italien où des femmes immigrées peuvent apprendre, ensemble, avec le langage, pour utiliser les ressources que la ville peut offrir en termes de santé, école, culture et services sociaux. L’objectif final étant l’accomplissement et l’achèvement d’une citoyenneté consciente et participante.

L’utopie féministe, telle qu’elle est décrite dans ce colloque, est donc assez complexe puisqu’elle se teinte d’étranges éclairages mystiques et se double d’une nostalgie pour une spiritualité « originelle » qui aurait été oubliée, refoulée ou méconnue : utopique par excellence puisque, c’est la « nature » même du féminin, elle n’aura laissé aucune trace (écrite). C’est, en fait, un véritable mythe de la féminité qui se dessine à l’horizon des différentes utopies féministes qui nous sont proposées dans ce colloque.

Ø Pour la journée du Jeudi 9 Mars 2006, j’ai assisté à un Colloque international intitulé « Les Arts de la ville dans la prospective urbaine : Débat public et médiation », sous l’égide du groupe SFSIC (Société Française des Sciences de l’Information et de la Communication) à la MSH « Villes et Territoires », Département Aménagement ; 33, allée Ferdinand de Lesseps, Quartier des 2 Lions à Tours.

Un accueil pour les participants a été effectué à 8 h30 au Hall de la MSH, suivi d’une Séance inaugurale vers 9 h à la Salle n°11, et ce en présence de Mr. Michel LUSSAULT (Président de l’Université), Mr. Loïc VAILLANT (Vice-Président chargé de la Recherche), Mme Sylvette DENEFLE (Directrice de la MSH « Villes et Territoires »), Mr. Serge THIBAULT (Directeur de l’UMR CITERES) et Mr. Pascal SANSON (Directeur du CEDPM, responsable scientifique du colloque).

Ø Dans la même journée, Jeudi 9 mars 2006 (en après-midi), plusieurs interventions ont été réalisées par un bon nombre de chercheurs au Département Aménagement à la MSH (à la Salle 115). La première a été animée par Valérie MELIANI Céric-EA 1973 : « Usages des technologies info-com », Université Montpellier, et intitulée « Art numérique et espace public : quels positionnements ?, Quels enjeux ? » dans le cadre de la Session Axe 2 : Sculpture publique - Art dans la ville. L’intervenante a évoquée de nombreuses questions liées à l’urbain et aux pratiques de l’urbain, la question tout aussi importante de « Comment investir l’espace public ? ». Elle a parlé des artistes et des architectes qui s’intéressent à l’espace public, et qui s’y insèrent. Ceux-ci quand ils approprient l’espace, ils s’y insèrent et ils le redéfinssent. Mais comment ils s’y insèrent, et comment ils s’intéressent à cet espace public ? Comment aussi ils l’approprient ? Elle propose quelques images pour répondre à ces questions et pour illustrer ses propos montrant surtout comment l’artiste investi l’espace public.

Elle a essayé, en se basant sur une approche compréhensive en SIC (Sciences de l’Information et de la Communication) avec l’acteur au centre de la situation, de présenter une sorte de comparaison entre « Art numérique » et « espace public » qui, selon elle, « ne convoquent pas spontanément dans nos esprits des champs partagés ». Par définition l’espace public est le lieu ouvert à la population, un espace commun et accessible à tous. L’art numérique s’adresse, selon Valérie MELIANI, à un public spécifique, en majeure partie composé d’acteurs du monde de l’art ou du monde de la technologie. Elle a parlé de la principale différence entre l’espace public et l’art numérique qui réside dans le fait que le premier se destine à tous alors que le second s’adresse à un public de spécialistes encore peu nombreux.

Selon l’intervenante, on observe aujourd’hui des dispositifs artistiques numériques qui s’insèrent dans l’espace public (des rebots,…). Elle a essayé d’analyser comment certains artistes investissent l’espace public de leurs créations numériques en identifiant principalement les enjeux pour cette forme d’art de prendre place dans le débat public, comment s’opère la rencontre entre l’espace public et les arts numériques. Elle a tenté également d’identifier les enjeux pour les artistes numériques d’investir l’espace public, alors qu’ils appartiennent à un monde très spécifique d’experts en matière d’art et de technologie.

Elle a tenté une analyse des enjeux des artistes en posant les questions (quels sont les enjeux des artistes ? et quels sont les enjeux et les positionnements de ces artistes ?). Ces artistes ont un positionnement précurseur qui doit évoluer avec le temps pour participer à la légitimation de la création artistique numérique. Elle a remarqué que ces artistes sont intimement liés au positionnement et à la représentation sociale de l’art numérique dans les référents collectifs communs. Elle a abordé principalement deux enjeux différents : l’accessibilité et la critique dénonciatrice. L’accessibilité pour Valérie MELIANI répond à la volonté de certains artistes de démystifier le rapport à l’art, à la technologie et à l’art numérique par des procédés qui favorisent la plupart du temps l’interactivité physique et/ou ludique entre le dispositif et le spectateur. Le second enjeu développé dans sa communication correspond à un positionnement de l’artiste comme avant-garde ou précurseur qui en questionnant et en détournant les technologies dans ses créations suscite des réflexions sur la société (française) et plus spécifiquement sur les objets technologiques qui l’entourent, sur nos représentations de ces objets, les usages que nous en faisons et le rapports que l’on développe avec eux.

L’intervenante a conclu par essayer d’éclairer les questions sur les enjeux des artistes et des architectes. Parmi ces enjeux des espaces publics et des arts numériques, c’est d’être accessible (l’art numérique s’insère dans l’espace public), investir l’espace public pour exister. Les SIC (Sciences de l’Information et de la Communication) sont des pistes d’analyse en la matière pour la chercheuse. Sa démarche est d’abord empirique et ses outils sont de type ethnographique : journal de bord, entretien qualitatif non directif, observation phénoménologique, etc.

Ø Ensuite, et toujours dans le cadre du Colloque international « Les Arts de la ville dans la prospective urbaine Débat public et médiation », Session Axe 5 : Débat public et médiation, j’ai assisté à une intervention intitulée « Pour une prospective de la médiation de l’espace public » animée et présentée par Laura Garcia Vitoria, Directrice scientifique du Réseau européen des Villes Numériques et Présidente de l’ONG ARENOTECH (Art – Education - Nouvelles Technologies). Ce deuxième Séminaire s’est aussi attardé, de manière assez satisfaisante, à d’autres questions. En introduction Laura Garcia Vitoria a repassé en revue sur plusieurs points ; le premier se résume dans le fait que tout notre environnement s’apprête à se faire pourvoyeur ou créateur de connaissances. Le deuxième récapitule la réalité d’un monde urbain constitué de strates d’espaces et de flux. Ainsi naissent de nouvelles demandes face à une recherche territorialisée et on assiste à la création de communautés locales intenses en connaissances. En conséquences apparaissent les immatériels d’une nouvelle gouvernance territoriale, ordonnance aujourd’hui importante, et le nouveau statut de l’image et son omniprésence dans la ville pour proposer une nouvelle lecture des espaces publics et de la « réalité virtuelle » de ces espaces. L’évolution fulgurante de la notion d’« espaces intelligents » qui se créent autour de nous au travers notamment des technologies sans fil sont ainsi sur le point de nous offrir une sorte d’Internet ambiant décliné à l’échelle de la Cité qui se transforme en ville de la radiofréquence et des réseaux omniprésents, interactifs et d’effets, peut se lire comme une révolution vers la « conquête progressive de l’espace [...] « virtuel », c’est-à-dire un espace irréel, fictionnel, mais doté de la consistance du réel ». Tout un panorama de nouvelles formes de médiation de l’espace public (avec notamment des procédés faisant appel à l’intelligence artificielle) se constitue ainsi, autour desquels s’agencent aujourd’hui de nombreux scénarios prospectifs [8] . On est donc en face à des projets qui nécessitent des compétences multiples et croisées.

Laura Garcia Vitoria parle par exemple de mariage de la géolocalisation et des reconstructions virtuelles qui offre aujourd’hui un horizon considérable en termes notamment de gestion des savoirs et de modalités d’acquisition de connaissances, bouleversant réellement certains paradigmes de perception de l’espace-temps. Selon cette chercheuse « une ville amplifiée en quelque sorte par l’intrusion d’espaces multiples et où l’intelligence ambiante permet un renouveau des modes de gestion de la mémoire de nos environnements auxquels nous lient désormais à nouveau d’innombrables liens de savoirs. Des expériences ici et là permettent d’ores et déjà à ceux qui fréquentent un espace urbain de lui conférer un sens personnalisé, de se transformer en auteur en se servant de cet environnement et d’être au départ d’un processus de construction de connaissances. Bref de rechercher et de fournir informations et renseignements en des endroits où, quels que soient les domaines, l’héritage culturel est naturellement souvent présent ». Elle développe autant l’idée d’un réseau de réflexion qui développe aujourd’hui un important programme de recherche autour des développements potentiels des matrices sociales. C’est de la sorte l’idée de ce que des technologies sans fil pouvaient créer en cartographiant l’expérience que font au quotidien ceux qui parcourent une ville et qui cherchent à établir un lien entre ce qu’ils font au quotidien - dans leur travail ou leurs activités culturelles - et ce qui se passe et se commente autour d’eux : en naît un nouveau paysage urbain, destiné, selon Laura Garcia Vitoria, à « nous rendre tout à la fois archéologues de nos environnements, mais aussi contributeurs à leur développement, en ouvrant des espaces d’enquête dans l’épaisseur des expériences de la ville ».

En conclusion, l’intervenante a ouvert le débat sur d’autres horizons, notamment sur la question du leadership cognitif, celle des nouveaux supports des futures stratégies comme : la perception augmentée, l’utilisation de la réalité virtuelle, et l’intelligence artificielle, mais aussi de la question toute aussi importante de la transparence et de l’éthique dans les modes de décision en ville, des questions qui deviennent de réelles conditions de succès pour le développement des collectivités locales et de la démocratie participative [9] .

Ø Subséquemment et dans le cadre de la même Session Axe 5 : Débat public et médiation, une intervention autour de « la fréquentation du patrimoine architectural urbain : Visiter la ville, Visiter les monuments » a été présenté par Daniel JACOBI, Professeur des Universités, Laboratoire culture et communication de l’Université d’Avignon. Cette intervention avait comme intitulé  « la fréquentation du patrimoine antique à Arles : Publics, visiteurs des monuments et visiteurs du musée ». L’auteur de cette intervention a passé en revue sur les acteurs qui gèrent le patrimoine. Il a signalé également que le patrimoine antique à Arles (une ville près d’Avignon) constitue un patrimoine dans un état de délabrement.

L’intervenant a tenté de répondre à un bon nombre de questions qu’il a proposé d’étudier entre autres ; « Quelles sont les représentations que se font les visiteurs du patrimoine ? », « En quoi les promenades dans les petites ruelles du centre ancien d’Arles sont-elles culturelles ? », « Pourquoi entrer (ou ne pas entrer) dans un monument à entrée payante ? », « Quels sont les parcours et les trajets que les visiteurs tracent ou projettent dans la ville ? », « Pourquoi les visiteurs d’une ville ne visitent-ils pas plus souvent le musée ? ». Il a centré ses investigations non pas sur une logique urbanistique ou celle de la seule mise en valeur patrimoniale (faite par des experts) mais au contraire sur les pratiques et les points de vue des publics.

Parmi les méthodes de travail de terrain suivies par ce chercheur la recherche qualitative par une série d’entretiens semi-directifs administrés à des visiteurs interrogés soit dans la rue, soit à la sortie des lieux à accès payant. Il a interrogé, dans quatre lieux d’Arles, des visiteurs et des gens qui répondent volontiers à ses questions. Ces entretiens lui ont permis de recueillir des témoignages précis sur leurs pratiques de visite au cours de l’avant saison ou lors de la saison 2005. Leurs représentations de la ville et du patrimoine permettent en partie de comprendre que visiter une ville n’est que rarement se plier à l’offre de visite conditionnée par les responsables du patrimoine ou les organisateurs de l’offre touristique [10] . Il a obtenu des réponses et des commentaires contrastés et distincts. Il nous a montré une photo aérienne qui montre bien la géographie et le plan de la ville d’Arles. Il a précisé que le centre-ville constitue la partie la plus visitée de toute la ville. Ce qui est frappant dans cette ville est le fameux fleuve qui la traverse ainsi que ses routes et l’Amphithéâtre [11] et les portails romains. En revanche, la ville est très mal signalée (quasi-absence de panneaux de signalisation), une chose « aberrante » selon le chercheur. Des photos des très beaux musées (étant des unités d’exposition vedettes) et de la Place de l’Hôtel de ville ont été aussi présentées par le chercheur. Il nous montre autant comment à Arles on détruit pour remettre en valeur (des rénovations sont portées au patrimoine antique).

Daniel JACOBI s’est penché ensuite à nous montrer les pratiques de visite adoptées par les visiteurs. En effet, il a remarqué que pour les nouveaux visiteurs, il est très rare que la visite de la ville dépasse une journée. De même la demi-journée, voire deux à trois heures, sont les durées les plus citées dans les entretiens effectués avec les visiteurs. Ceux-ci, pourtant, dans leur ensemble, ils affirment visiter au cours de l’année beaucoup plus de cinq monuments ou musées. Il constate que non seulement ces publics ne sont pas très nombreux mais qu’un peu partout depuis 2001 la fréquentation des musées et des monuments a plutôt tendance à décroître.

Trois modalités de visites ont été dégagées par le chercheur en réponse aux questions « Comment les habitants et les visiteurs d’une ville découvrent-ils le patrimoine architectural urbain ancien ? » et « Qu’est-ce que visiter une ville? ». La première modalité concerne le fait que la notion de visite ne concerne pas seulement le patrimoine. La deuxième permet de distinguer deux notions clefs qui se contredisent : le parcours et le trajet. Le parcours correspond à une déambulation pédestre de courte durée, donc à l’itinéraire. La troisième s’intéresse à la découverte du patrimoine monumental en forme de promenade qui s’oppose à la visite de musée perçue comme éducative.

Daniel JACOBI signale qu’il est né à Arles, il avait donc fantasmé l’histoire de cette ville. Il signale également que le milieu français est caractérisé (et marqué) par les conservateurs qui ont des compétences technologiques, artistiques, architecturales. Face à cette réalité, il préconise enfin de « dire » à ces conservateurs : « écoutez les questions du public et ses remarques… ».

Ø Faisant partie des manifestations de cette même Session Axe 5 : Débat public et médiation, du colloque international « Les Arts de la ville dans la prospective urbaine Débat public et médiation », une intervention a été animée ensuite par une doctorante, Caroline LENOIR (Université Toulouse 2 le Mirail), intitulée « Chanter la ville : sémantique et médiation dans l’espace public ».

L’intervenante a présenté l’espace public élargi en tant qu’espace médiatique local et espace de communication. Ensuite, elle a essayé de définir ce qu’on entend par chanson en tant qu’un art dans la ville. Selon l’intervenante, la théâtralité, les comportements et la diversité des supports et des modes de diffusion permettent à la chanson d’investir tous les lieux de la ville, de l’espace domestique aux espaces collectifs. Lorsqu’un artiste « chante sa ville », il inscrit son message dans un système de médiation spécifiquement urbain. II s’agit d’une vision artistique sur la ville portée par un artiste de la ville. Chanter sa ville est donc à la fois un art de la ville et un art dans la ville.

Caroline LENOIR a concentré son argumentation sur la ville de Toulouse dont l’espace public est fortement marqué par deux figures emblématiques de la scène musicale locale : Claude Nougaro et le groupe Zebda. Leurs chansons sur Toulouse fonctionnent comme des repères et des signes qui structurent les représentations dans l’espace public de la ville. Elles sont présentes et reprises à la fois dans l’espace public urbain, dans l’espace médiatique local et dans la communication politique. Elles participent ainsi à la construction du sens de la ville. Les différents usages de ces chansons (exemple les chansons satiriques,…) et le travail sur la langue de la ville ou références à ces chansons comme symboles ou signes montrent la place qu’elles occupent dans l’espace public toulousain. La dimension identitaire de ce type de chanson participe à la construction des imaginaires territoriaux. Les images qu’elles produisent entre réel et imaginaire s’intègrent à la fois dans la mémoire collective et dans la réflexion sur la prospective urbaine.

Ø Il s’agit ensuite d’une intervention, toujours dans le cadre du même Colloque international « Les Arts de la ville dans la perspective urbaine » et la même Session Axe 5 : Débat public et médiation, menée par Michèle GELLEREAU, Professeure des Universités et Émilie DA-LAGE, Maître de conférence Laboratoire GERIICO, Université de Lille III. Ce séminaire à deux intitulés de deux participations concomitantes « L’expert et l’amateur : valoriser l’interprétation du patrimoine urbain par les habitants » et « De la pédagogie à la participation des habitants : question de démarches » s’est aussi attardé, de manière satisfaisante, à d’autres questions notamment la question de la démocratie dans la ville et la sensibilisation des acteurs locaux et des municipalités autour du développement urbain durable.

Le premier point qui a été évoqué concerne le fait que certaines formes de l’interprétation patrimoniale (visites, parcours d’interprétation, activités pédagogiques, etc.) jouent un rôle particulier dans les représentations des espaces urbains car elles donnent du sens à la mobilisation sur des projets à caractère durable et au développement du sentiment d’appartenance à des formes urbaines communes, particulièrement dans un cadre européen. Le développement de nouvelles identités territoriales se fonde sur la concertation et la participation des habitants à des projets de transmission du patrimoine culturel et sur des processus de compréhension de l’environnement reposant sur des pratiques communes de la ville, mais aussi sur des logiques administratives.

Dans cette communication, on a analysé quelques démarches d’interprétation produites dans le cadre du projet INTERREG Nord Ouest Européen, projet intitulé «Septentrion, De la ville forte à la ville durable», auquel les intervenantes ont participé en 2005, dans le cadre d’une recherche contractualisée sur les outils d’interprétation qui permettent l’implication des habitants, sur quel interlocuteur saisir pour telle ou telle action dans une ville, comment les gens qui sont à la limite de la ville s’investissent dans le saisi de la ville. Tout ceci dans le but de comprendre ce qu’a été la ville forte et ce que doit être la ville durable. Les intervenantes ont cherché la bonne réponse chez les habitants des villes sur lesquelles elles travaillent et ont constaté que l’interprétation de la ville se prévoit dans des programmes éducatifs qui, s’ils permettent aux habitants de connaître leur histoire et de comprendre son évolution et les moments de discussion, opèrent davantage sur le mode participatif (inciter les habitants à valoriser leurs propres formes d’interprétation). Pour ces chercheuses, la question la plus difficile est que la transférabilité des expériences d’un pays à l’autre se heurte à des habitudes de pratiques différentes dans l’ancrage social, touristique et culturel des pays.

Les chercheuses ont intitulé le deuxième point de leur intervention « Vers un nouvel imaginaire de la ville : Indices et traces, des mémoires partagées, Récits de vie/ Récits de ville ». Leur travail consiste à comprendre comment les notions de l’expert sont réinvesties et comment l’habitant, ce praticien de la ville et cet acteur-amateur de la ville, raconte et parcourt sa ville, ainsi que sa façon de voir et de vivre la ville et les repères à suivre pour chacun dans la ville ; de ce point de vue, le développement du récit personnel [12] accompagnant leur travail de prise de photos de lieux significatifs permet de raconter, de faire vivre des personnages, de rappeler des souvenirs, de faire entrer, les « petites histoires » privées dans le collectif, et non seulement de produire une image de la ville selon la façon de Lynch [13] , mais aussi de créer une communauté imaginée (Appaduraï, 2001) en appréhendant comment se dessiner la ville et comment on l’imagine. Ce recours à la mémoire des habitants et son partage parait essentiel pour que l’identité d’un territoire transfrontalier n’apparaisse pas comme conflictuelle (Pélissier, Pagès, 2001). Il renforce la possibilité de prise en compte de la dimension culturelle de l’espace public à ses deux sens matériel et immatériel -lieu où se construisent les formes de construction d’un monde commun (Arendt, 1983), les normes esthétiques et où s’organisent les cohabitations culturelles-, mais aussi sa dimension psychosociale et communicationnelle. L’utilisation de la photographie numérique permet, selon les chercheuses, la capitalisation des informations et leur organisation sous une forme partageable et susceptible de circuler entre les différents centres d’interprétation.

Les deux chercheuses ont beaucoup insisté sur la question du récit qui permet de pousser quelque chose, de faire surgir la structuration sociale, l’hiérarchie, les personnes et les habitants.

Dans le troisième et le dernier point de leur intervention sous la rubrique « L’habitant interprète de sa ville », Michèle GELLEREAU et Émilie DA-LAGE ont prescrit les parcours [14] comme « objets » intermédiaires facilitant la représentation et l’imagination de la ville, les pratiques, les usages et les représentations sociales incontournables pour comprendre la ville. Les chercheuses ont invoqué la question de la médiation et l’apparition des acteurs municipaux à Lille de Béthanie ainsi qu’à Bruxelles comme exemples pour leurs analyses, et comment certains habitants ont peur des questions politiques derrière tout interview fait avec eux. Ainsi il semble difficile de partager des récits. Elle recommandent, en concluant, la nécessité de sortir des représentations déterministes des lieux pour un urbanisme meilleur et moderne.

Ø S’inscrivant dans la même thématique « Les Arts de la ville dans la prospective urbaine Débat public et médiation » de ce Colloque international, et dans le cadre de la Session Axe 5 : Débat public et médiation, une intervention intitulée « Vers un urbanisme transactionnel ? » a été animée le même jour du jeudi 9 mars 2006 (après-midi) par Albert LEVY [15] à la suite de la communication de Michèle GELLEREAU et Émilie DA-LAGE.

« Vers un urbanisme transactionnel? » est une intervention qui a proposé la question de savoir comment se fabrique la ville aujourd’hui. Le chercheur a essayé d’exploiter, d’extraire et d’extrapoler quelques points qui répondent à cette question en France (la question de savoir comment se fabrique la ville aujourd’hui) en s’appuyant sur l’exemple de Paris Rive Gauche. Il a noté qu’on assiste, aujourd’hui, en urbanisme, à une complexification du système d’acteurs. L’un des principaux objectifs sollicités par Albert LEVY est de savoir quelles sont les conséquences de ce nouveau jeu d’acteurs pour l’aménagement. Il semble selon lui qu’on a affaire à présent à un urbanisme transactionnel où la « bonne forme » se définit par accords et compromis entre acteurs qui véhiculent, chacun d’eux, des représentations sur la forme urbaine, des idéologies et des idées de ville qui s’affrontent, se complètent, se nient, au cours des négociations pour parvenir à des compromis par transaction. Cette nouvelle structuration des acteurs est à la fois horizontale (coopération, co­production, co-pilotage) et verticale (production du projet par « couches successives », hiérarchisées, d’acteurs). Quant à la transaction, elle peut se dérouler, selon l’auteur de cette participation, de deux manières : soit polémique (action en justice, manifestation...), soit contractuelle (encadrement institutionnel des débats). Cette transaction réclame des structures de négociation à mettre en place qui deviennent de plus en plus importantes et lourdes, afin d’éviter crises et affrontements qui bloquent et retardent les projets : le but de la démocratie participative est aussi de parvenir à une démocratie pacifiée et consensuelle. Ainsi « on passe, [selon Albert LEVY], d’un urbanisme substantiel (théorique, disciplinaire, général, avec conception de la forme à priori, par modèles) à un urbanisme procédural (empirique, pragmatique, spécifique, avec conception de la forme à posteriori, par échanges), et qui caractérise le projet urbain actuellement ». Un tel urbanisme procédural dépend aussi, et toujours selon le même chercheur, de la compétence des acteurs en présence et de la culture de projet partagé. Ce modèle d’urbanisme pose aussi des questions, qui doivent être approfondies, sur l’avenir de l’urbanisme, et ouvre des nouveaux champs d’interrogation sur la discipline. Suffira­-t-il donc à remédier au malaise urbain, à résoudre les problèmes liés à la discipline urbanistique ? C’est l’une des questions qui ont été posées par Albert LEVY au cours de sa communication. Il a développé ces questions et réflexions à partir d’une étude qu’il vient de faire sur le projet urbain Paris Rive Gauche, où une importante expérience de concertation permanente a été installée et menée depuis 1997.

Albert LEVY lance trois hypothèses autour de trois points essentiels caractérisants tout projet urbain. Ces trois points se vérifient dans le cas du projet urbain Paris Rive Gauche. La première hypothèse (ou le premier point), concerne l’historique du Site de Paris Rive Gauche et ses discontinuités, et les nouvelles conceptions du projet. Dans cet espace de temps réservé à ce premier centre d’intérêt de l’intervenant on a parlé du projet urbain en se référant à la notion de projet urbain évoquée surtout par Françoise Choay. Selon Albert LEVY « avec la société industrielle (l’âge de la modernité,…) et les idées qui renforcent l’idée de changer la vie et changer la ville, le projet urbain va changer de nature. En conséquences on assiste à l’essor du localisme et la monté de l’individualisme ; c’est-à-dire beaucoup plus local, beaucoup plus individuel ». Avec le projet post-moderne, on assiste donc au renforcement de cette fragmentation. Le deuxième point de la communication s’intéresse aux trois phases du projet urbain Paris Rive Gauche et l’irruption et la génération du débat public autour du problème de coordination qui se pose avec ce pluralisme d’acteurs, d’entreprises, de normes de production et des modes de travail. Ce débat public va toucher toutes les branches de l’aménagement et du développement urbain, la démocratie locale est questionnée, ainsi que la Loi sur la démocratie de proximité (Loi de1997). La légitimité des élus est posée (On critique leurs transparences), ainsi que la question de la représentativité (qui parle ?), les organes de consultation et les Forums hybrides. A l’issue de l’analyse de ce deuxième point, l’auteur nous a signalé un intitulé d’un ouvrage intéressant (« Agir dans un monde incertain ») concernant les points préalablement évoqués et la conférence citoyenne. Le troisième point s’attache à la question des acteurs impliqués dans le projet urbain, à la complexification du système d’acteurs et à la division des taches en son sein surtout dans le cas du projet de la gare d’Austerlitz et sa requalification, mais aussi dans le cas du projet urbain Paris Rive Gauche. Ce projet ait connu une complication des systèmes d’intervention et une multiplicité des acteurs sur et autour de « la table de négociation ». Albert LEVY s’est attardé ensuite un peu sur les fonctions qu’on pouvait considérer lors de la mise en œuvre des projets urbains, notamment la fonction stratégique, la fonction de partage politique des projets, le pilotage technique par les aménageurs (qui ont des fonctions qui s’apparentent à celles des chefs d’orchestre). Ces fonctions ont des propriétés particulières et par suite des configurations d’acteurs particulières. Elles ont également des effets sur la structuration hiérarchique de ces acteurs et sur la division territoriale.

Le chercheur intitule sa conclusion « Renouvellement urbain : le projet urbain Paris Rive Gauche » et dans laquelle il présente ce projet de renouvellement urbain de Paris Rive Gauche comme un urbanisme procédural qui montre l’agencement des lois et des acculturations juridiques. Il a invoqué finalement le travail de Françoise Choay sur la morphologie urbaine, ainsi que la question de la transaction dans le domaine de l’urbanisme.

Ø À son tour, Natacha CYRULNIK (Réalisatrice de documentaire, Marseille) a poursuivi le fil des communications de l’après-midi de la même journée de jeudi 9 mars 2006 au moyen d’une intervention intitulée « Expérimenter l’utopie pour révéler une réalité » qui se mène dans le cadre du Colloque international « Les Arts de la ville dans la prospective urbaine », Session Axe 5 : Débat public et médiation.

Natacha CYRULNIK a ouvert le débat par présenter son travail comme un travail de rue. Elle est une scénariste, elle s’intéresse à la téléréalité (filmer la réalité, le monde vivant, etc.) et elle part avec sa caméra pour filmer tout ce qui parait pour elle comme une action cinématographique. Elle nous a parlé de ses travaux antérieurs lorsqu’elle a essayé de filmer des jeunes de la cité Berthe de La Seyne sur mer. C’est un ghetto dans un ghetto qui représente 1/3 de la ville et où ces jeunes ont expérimenté le cinéma pendant quelques étés avec elle (avec Natacha CYRULNIK) dans le cadre de l’opération du CNC « un été au ciné ». L’outil audiovisuel s’est révélé être pour elle un atout pour donner une idée panoramique sur la Cité, pour se raconter autrement, pour porter un regard sur les autres et leur environnement et pour révéler la réalité sociale de cette Cité (la cité Berthe de La Seyne) avec ses personnages, ses lieux et les actions de ces personnages. Ces jeunes que la scénariste a filmés se sont appropriés un lieu, puis ils s’y sont projetés. De ce champ déserté dans la cité, ils en ont fait un catalyseur d’utopies : d’une réalité pleine de tristesses, d’angoisses et de mélancolies, ils se sont créés un imaginaire idéalisé. Ces jeunes ont choisi de se raconter par le biais de la fiction parce que c’est plus facile de faire dire les choses à un personnage imaginaire que de les dire directement. Mais le principal intérêt de ces films est documentaire : ils se racontent, ils se romancent même, ils se créent un imaginaire très révélateur de leur quotidien. Le cinéma est donc un catalyseur de l’imaginaire ; il favorise une projection de soi. Il sert aussi à créer une situation, désigner un lieu fédérateur de « belles idées », revaloriser des espaces verts abandonnés, etc.

L’utopie sert donc selon la chercheuse à mieux vivre, ou même à comprendre le réel. La scénariste a réussi à faire tourner en scène la réflexion des jeunes sur leurs codes comportementaux, une réflexion qui va jusqu’à revisiter l’urbanisme de leur cité, dans la mesure où ils inventent un projet architectural dans cet espace de liberté. L’architecture et l’urbanisme sont des mots incommodes, irritables et ennuyeux a priori pour ces jeunes, mais ils s’en sont emparés pour raconter leur vie. Le lieu de leur création artistique y est pour beaucoup dans l’invention de leur histoire. L’identité du lieu dans cet acte artistique passe par sa découverte, son appropriation, la création de nouveaux codes comportementaux révélateurs d’un quotidien et une réflexion sur l’urbanisme et leur environnement. Ces jeunes qui ont choisi d’« habiter » ce coin d’ombre, ce ghetto, sous un gros chêne, ont recréé un micro-territoire rappelant celui de leur cité, cette cité qui est devenue un lieu des possibles où tout le monde se « parle bien », « est gentil », et même ose confier ses rêves.

Natacha CYRULNIK a ainsi montré que la cité est un lieu d’expérimentation audiovisuelle et devient ainsi un stimulant pour l’imaginaire et l’utopie. La manière d’« habiter » suggère de ce fait une utopie, elle-même révélatrice d’une réalité.

Ø « Quand est-ce qu’on arrive ?: le spectacle comme espace de débat public » est l’intitulé d’une intervention qui a eu lieu après celle de Natacha CYRULNIK ce même après-midi. Cette communication a été conduite par Anne GONON, doctorante à l’Université de Dijon, dans le cadre du même colloque et la même Session Axe 5 : Débat public et médiation. Dans la même perspective que Natacha CYRULNIK, Anne GONON travaille sur les arts de la rue (les spectacles de la rue).

Quand est-ce qu’on arrive ? Constitue pour la chercheuse un terrain d’étude privilégié des dispositifs de médiation autour d’un projet artistique interrogeant la ville. À travers sa communication, la chercheuse a tenté d’interroger à la fois les dispositifs de débat public et l’habilité potentielle des arts de la rue à générer un espace public critique dans et à propos de la ville en essayant d’analyser certaines questions notamment celles relatives au concept de la « chronolocation » (location par tranches horaires) en réponse à la question « pourquoi louer une maison à temps plein alors que vous ne l’occupez que quelques heures dans la journée ? », au problème de l’habitat ou du logement individuel à la ville de Paris, à la précarité des places de parking, à la gestion des dispositifs communicationnels et informationnels, partie intégrante de la proposition artistique, ainsi que la question relative aux acteurs comme médiateurs et militants, aux associations de riverains militants comme véritables instances de médiation auprès des spectateurs qui s’ignorent.

La chercheuse a montré qu’en novembre 2004, la ville de Paris consulte par voie de questionnaires ses habitants sur le Plan Local Urbain et plusieurs quartiers sont en agitation et en ardeur pour cause de diminution du nombre de places de parking. Au même moment, un promoteur immobilier dénommé Hausman and Road propose à l’avenue Trudaine l’exposition de petits modules d’habitation de la taille d’une place de voiture, idéals et perfections de réussite et d’optimisation architecturale interactionnelle et spectaculaire.

Il s’agit d’une communication qui essaye de réactiver un débat public critique autour de questionnements fondamentaux entre autres « comment vit-on ensemble ? », « Jusqu’où accepte-t-on la logique de rationalisation de l’habitat ? », « La toute puissance des promoteurs ? », « Comment rendre lisible un acte artistique ? » (Médiation de l’espace), « Quelle efficacité et quelles réactions à cette tentative d’habiter autrement ? », revendiquant ainsi un objectif logique et une posture de questionnements se basant sur un principe d’incertitude et produisant tout un débat public autour de problématiques spécifiques fondamentales de la ville.

Ø Le programme de cet après-midi s’est poursuivi dans le cadre de ce même colloque par une intervention intitulée « Pour une approche des espaces muséographiques comme un environnement lisible » de Valérie VITALBO, une doctorante qui est en train de finaliser sa thèse à l’Université d’Avignon. L’intervenante a réservé la majeure partie de sa communication à parler de l’image de la ville et de la lisibilité de cette image chez les individus, des cartes mentales et des représentations des lieux, et ce en se basant sur l’approche du géographe et architecte américain, Kevin Lynch. Valérie VITALBO nous a rappelé un intitulé d’un ouvrage intéressant, celui de « Lynch et l’imageabilité des musées ».

Pour K. Lynch, la forme physique d’une ville peut être classée en cinq éléments : les voies de circulation (axes routiers ou fluviaux), les limites, frontières entre deux types d’espace urbain, les quartiers qui se définissent comme des objets présentant des caractères particuliers dévoilant une homogénéité de style ou de fonction, les points de repères regroupent ce qui a trait à la signalisation urbaine, et les nœuds qui sont des lieux stratégiques tels que gares, ponts, bâtiments à fonction publique. Ce sont des points de convergence. Ainsi, la déambulation résulte pour Lynch d’un ensemble d’actions et d’opérations cognitives et sensitives complexes. Les utilisateurs s’appuient sur une organisation logique de l’espace urbain. Ainsi, la tâche des urbanistes et des architectes consiste donc à modeler l’espace enfin d’en structurer l’image. Les structures de la ville deviennent alors spontanément déchiffrables par ceux qui fréquentent l’espace urbain.

K. Lynch démontre que la représentation (sous des angles différents) est la présentation de sensations immédiates et d’expériences passées. Il répertoire 5 caractéristiques fondamentales (ou 5 images) qu’on vient de démontrer et qui forment physiquement la ville (les voies de circulation, les limites et les frontières des quartiers, les quartiers, les points de repères et les nœuds). Selon lui, la ville est un lieu de concentration de certaines fonctions et de services, de monuments, d’immeubles, etc., et la perception de ce milieu se base sur des principes comme elle repose sur des repères puisque les individus sitôt parvenus dans un espace urbain inconnu doivent rechercher des informations pour faire face à la difficulté première de découverte de cet espace offert. Cette activité est commune aux visiteurs qu’ils soient occasionnels ou expérimentés. La première opération poursuivie consiste à suivre les indications et les références présentes sur le site. Pour cela, les visiteurs sont attentifs aux systèmes sémiotiques présents dans la ville. Or, il arrive fréquemment que ceux-ci ne soient pas suffisants ou inappropriés pour trouver s’orienter et se déplacer dans cet espace urbain et on est souvent obligé de se faire guidé par certains repères.

Les repères dans la ville sont les routes, les ponts, les systèmes de signalétiques, les immeubles, les lieux publics et célèbres, les escalades, les halles d’entrée et les départements institutionnels, ministériels, etc. La relation d’interdépendance entre ces éléments constitue donc la ville. Chaque ville a ses propres points et systèmes de repères et de références qui renseignent sur les schémas à suivre, mais aussi qui transmettent en même temps certaines valeurs et certaines représentations symboliques de la ville et permettent de la comprendre. Le sujet dans la ville renvoie ainsi à une perception de l’espace. « Il semble aujourd’hui improbable que le fait de trouver son chemin soit dû à un quelconque « instinct » magique. Il s’agit plutôt d’une utilisation et d’une organisation logique des indications sensorielles fournies par l’environnement extérieur ». Dans ces quelques phrases, K. Lynch pose les principaux axiomes de sa théorie développée dans son ouvrage « The image of the City ». En effet, dès 1960, l’architecte s’intéresse à la lisibilité, à la « clarté apparente » d’un paysage urbain. Il s’interroge sur l’efficacité des éléments constituants la ville et la capacité des habitants de les organiser en un schéma cohérent. La présence d’un système sémiotique intentionnel clair et univoque s’estompe, le principe d’orientation et de circulation reste essentiellement assuré par le paysage urbain et ses éléments spatiaux.

Comme les architectes qui investissent de plus en plus les espaces pour construire des bâtiments, pour agencer l’espace urbain ou tout simplement pour mettre en scène des expositions, K. Lynch développe une méthodologie pour reconstruire « l’image de la ville » et les différentes représentations spatiales des visiteurs. La chercheuse investit elle aussi de plus en plus les musées, elle reprend également certains aspects de cette méthodologie développée par K. Lynch dans ses travaux célèbres pour reconstruire « l’image du musée » et l’image de l’espace muséographique, et les différentes représentations spatiales de ses visiteurs.

La chercheuse s’est interrogée sur l’intervention des architectes dans l’espace muséographique et les spécificités de cette intervention. Elle se pose également certaines questions entre autres « Dans quelle mesure est-il possible de modeler la forme de l’environnement immédiat des visiteurs d’une institution muséographique ? », « Est-il possible de classer la forme physique d’un musée suivant les 5 éléments développés par Lynch ? ». Son approche entend ainsi élaborer des systèmes descriptifs qui permettent d’obtenir un espace muséographique lisible, excluant tout sentiment de désorientation.

Ø Au cours de la même journée du jeudi 9 mars 2006 (après-midi) et dans le cadre de ma présence au Colloque international « Les Arts de la ville dans la prospective urbaine », j’ai assisté aussi à une intervention intitulée « La transmission, la médiation et l’appropriation de la culture des lieux industriels » animée par Orla GELAS, une doctorante au CEDPM (Centre d’Étude du Débat Public et des Médiations), EA 3253, de l’Université François-Rabelais, TOURS. Cette intervention rentre dans le cadre de la Session Axe 5 « Débat public et médiation » de ce colloque.

L’intervenante a évoquée, dans ce débat autour des régions à forte mémoire industrielle en France [16] , plusieurs questions qui m’intéressent et qui touchent de près ou de loin les grandes lignes de ma recherche doctorale. Elle a évoqué la question des mineurs dans la ville, la population diminue et surtout les ouvriers (du secteur industriel) défavorisés en périphérie de la ville. Ces mineurs sont jugés peu favorables pour la ville et pour son développement. L’intervenante a parlé également des friches, des mines, de la ville comme espace bâti, d’exploitation (location de logements,…), des acteurs qui sont multiples, variés et différents, et qui gravitent autour des projets et intègrent leurs comportements et leurs valeurs. Elle a énoncé aussi de la somme des acteurs (les groupes d’acteurs) de l’industrie, et comment chacun va apporter son conflit, sa participation. Elle a ensuite (et enfin) énoncé ce qui est de la stratégie de ces acteurs. La question de la représentation a été quant à elle abordée par cette intervenante de point de vue de ce qui peut être fixé dans les mentalités vis-à-vis du patrimoine industriel et le positionnement de chacun par rapport à la question de la mémoire industrielle. L’intervenante s’est penchée également sur la question de l’implication des acteurs de la sphère publique et leurs jeux pour en asseoir leur légitimité. En effet, face à l’explosion de la dimension d’identité ouvrière même et dans l’existence d’espaces à faire vivre ou survivre, l’aventure de la culture de friches trouve toute son essence et son apparence.

Orla GELAS a signalé que depuis les restructurations de la sidérurgie et la volonté d’un discours de ré-industrialisation, véhiculé par les pouvoirs publics, on se place ici dans un domaine fragile, que constitue doublement la mémoire industrielle. En effet, d’une part cette mémoire intéresse peu ou pas de personnes, et d’autre part, les vecteurs de transmission ayant pour objectif de fixer cette mémoire industrielle, sont nombreux (chevalements, carreaux de mine, paysages usiniers et miniers, etc.). Les régions fortement industrialisées restent encore sous l’emprise d’un passé lié aux ressources qui les faisaient exister en tant que telles. La mise en valeur d’un patrimoine local sans nul doute lié à un effort de conceptualisation est à mettre en place afin de rendre ce champs embrassé ici, plus abordable avec l’étude de la transmission, de la médiation et l’appropriation de la culture industrielle.

L’intervenante a insisté tour à tour sur la nécessité de faire revaloriser le passé des régions industrielles en France qui constituent une partie non négligeable de l’histoire et de la culture industrielle de ce pays, une revalorisation qui passe nécessairement, selon Orla GELAS, par une invitation à connaître mieux une réalité qui n’est plus. « Le schéma d’organisation qui peut sembler simple ici se fonde sur une condensation de diverses pratiques communicationnelles, dont le contenu et le décodage seraient appropriables. La médiation des cultures engendrées par l’objet, permettra de faire vivre les divers espaces publics, alors identifiés ». Elle a énoncé aussi qu’« il faut aujourd’hui renouer avec cette mémoire industrielle, partie prenante du patrimoine de régions entières. ». Elle considère que les espaces de friches industrielles sont des témoins multiformes des bouleversements socio-économiques, des revendications institutionnelles, d’ouvertures sur des fonctions et des pratiques nouvelles, de mutations profondes et métissées.

Ø Au courant de la même journée, Jeudi 9 mars 2006 (après-midi), j’ai assisté aussi à un séminaire intitulé « 1871-1914 : Esquisse d’analyse d’une architecture allemande dans les régions annexées » et organisée par Wanda WEISSE, doctorante. Cette présentation se déroule dans le cadre de la Session Axe 5 (« Débat public et médiation ») du colloque [17] et avait pour objectif d’essayer d’analyser les grands traits de l’architecture allemande dans les régions annexées, de mieux connaître une forme ancienne et singulière de cette structure d’urbanisme et les différents styles d’architectures (comme le style des baroques,…). Selon cette intervenante L’architecture publique et privée de l’époque allemande du Reichsland, dans ces régions, notamment en Alsace Moselle, témoigne « d’une façon impressionnante » de l’histoire de cette région frontalière souvent tiraillée entre la France et l’Allemagne. L’architecture comme l’urbanisme se trouve encore dans un état intact, dans l’ensemble mieux conservé qu’en Allemagne où les villes furent plus endommagées par la guerre.

Wanda WEISSE a essayé d’exposer une analyse d’un regard politique, en rappelant les traits caractéristiques du régime allemand qui était un mélange subtil et variable d’arbitraire bureaucratique et de libéralisme éclairé, d’un regard aussi sémiologique, mais également sociologique, de cette architecture. Elle a tenté de délimiter au commencement l’aire géographique de cette approche ; à savoir une fraction des provinces annexées par l’Allemagne en 1871, qui sont devenues les Terres Impériales, le Reichsland ElsaB-Lothringen. Elle a rappelé également l’objectif de la décentralisation de ce territoire annexé, en essayant de rapprocher l’administration des administrés, de montrer la lutte entre les notables locaux, et comment du coup les territoires urbains des villes de ces régions deviennent la scène de ces luttes (comme les villes de Thionvillé et Sarreguemines). Ensuite, elle a évoqué les différents langages architectoniques des nouveaux quartiers appartenant à ces villes, porteurs d’une germanité et du pouvoir politique qu’elle désire inscrire dans l’espace urbain. Elle s’est intéressée ensuite à la question du débat médiatique qui eut lieu lors des constructions et reconstructions de certains bâtiments et des préjugés de la presse autour de ces régions et de leur architecture qui se veut assez provocatrice. Enfin, elle a tenté de comprendre le ressenti des populations quant à cet « héritage architectural » et l’importance du travail de mémoire dont l’architecture et l’aménagement du territoire sont des vecteurs essentiels et des acteurs incontournables de l’identité urbaine. L’aménagement du territoire crée l’identité selon la participante.

Wanda WEISSE a conclu son intervention par rappeler que l’architecture était un objet qui a tenté d’introduire les régions annexées à l’Allemagne, un objet, aussi, qui permet de rappeler le passé historique. Des intervenants comme Pascal SANSON [18] , par exemple, ont ajouté que l’architecture était un objet qui a permis la configuration spatiale et le marquage des lieux que l’Allemagne a produit, ils ont rappelé, entre autres comment en Algérie on essaye de patrimonialiser, mais on n’a pas les moyens, comment la Gare de Tours, par exemple constitue une réussite architecturale, et comment l’architecture est un acte civilisationnel et au même temps un rêve nostalgique et destructeur. Un intervenant a signalé au bout de la communication qu’« il faut faire de l’histoire et de se méfier de la mémoire ».

ØLa journée du Samedi 11 Mars 2006 est la dernière journée de la semaine de la ville à Tours. On a suivi les manifestations du parcours patrimonial a eu lieu à Tours. On a également dans cette même journée à une exposition organisée dans ce cadre et intitulée « Les villes en peinture et en poésie ». C’est une exposition de Michel VALLIER de tableaux évoquant huit villes réelles et une ville imaginaire à la Bibliothèque Municipale (Hall de la section adultes).

243      Conclusion      243

En guise de conclusion et au terme de cette lecture on peut dire que la 5ème Semaine de la Ville a été, pratiquement, une occasion (pour les participants : chercheurs, étudiants,...) de rencontres et de connaissances d’abord, mais aussi d’échanges d’idées, d’informations, de précisions et d’éclairages sur la vie des mondes urbains des femmes, un espace de temps durant lequel on a évoqué un très grand nombre de disciplines rattachés à la femme, mais aussi aux manifestations de l’urbain d’une façon générale qui sont concernées par les différentes approches des sciences sociales, à savoir la géographie, l’histoire; l’archéologie, la sociologie, l’urbanisme, l’architecture, l’économie, ainsi que la démographie, l’ethnologie et la politologie, etc. Tout ceci a été déroulé dans le cadre de séminaires, de forums (ou de conférences) et de colloques internationaux enrichis par des présentations de documents, de films, de spectacles, d’expositions, de manifestations culturelles, d’échanges en tous genres qui ont permis d’apporter matière et surplus à connaissance et à échanges entre les chercheurs eux-mêmes, entre eux et les doctorants, entre ces derniers eux-mêmes, entre les particuliers, les institutions, entre les associations et même les habitants et surtout les femmes de certains quartiers de la ville de Tours [19] autour du thème des « Utopies et expérimentations urbaines », un thème fondamental dans la réflexion sur les évolutions mondiales dans le domaine de l’urbain, mais aussi au niveau de l’économie et de la société, un thème révélateur aussi des évolutions des réflexion de théorisation de l’espace urbain et des tentatives d’aboutir à l’idéal des situations de la vie urbaine.

Globalement, la Semaine de la Ville fut une semaine très riche par les différents séminaires, Forums, ateliers de travail et de tables rondes proposés sur les « Utopies et expérimentations urbaines » et qui ont constitué un apport incontestable pour nos connaissances. Toutefois, il faut regretter que ce foisonnement fut tel que beaucoup de séances furent organisées en parallèle, ce qui nous empêcha d’assister à tout ce qui nous intéressait. En conséquence, nous avons opéré une sélection et choisi prioritairement les séances qui présentaient un intérêt particulier pour nos recherches de thèse. A ceci s’ajoute l’absence de certains intervenants et chercheurs dont leurs interventions auraient pu être plus intéressantes que d’autres qui ont été déjà passées dans le cadre des séminaires et colloques de cette semaine de la ville et dont parfois l’intitulé de l’intervention était plus intéressant et plus pertinent que le contenu et l’exposé même de la communication.

Cependant, en tant que géographe, je peux dire que ma discipline a été largement concernée par les travaux qui ont été présentés tout au long de cette Semaine de la Ville, et j’en ai beaucoup profité surtout au niveau des questions liées à l’urbanisme, aux Arts de la ville au sens le plus large du terme, à la perception et la représentation de la ville et à l’utopie même, au niveau aussi des acteurs et leur implication dans la gestion de l’espace urbain, et de la question de la participation, de la prise de décision et de la concertation entre les acteurs de l’aménagement et du développement urbain. Certaines questions semblent répondre plus que d’autres à ces « énigmes » qui intéressent au fond mon sujet de recherche.

L’Utopie comme un projet chimérique, illusoire et sans fondement, comme une conception idéale (ou idéalisée) de quelque chose, comme aussi « une forme polyvalente et souvent fragmentaire, un « éthos » qu’on retrouve dans des genres aussi divers que le discours journalistique, l’épistolaire et le pamphlet [ou la critique], autant dans des imprimés que dans des manuscrits inédits » (Bernard Andrès et Nancy Desjardins, 2001, p.97) [20] , parait aujourd’hui pleinement comme un discours sur la ville qui s’intéresse non pas au point de vue de son évolution, de son site et de la vie qui s’y déroule, principales préoccupations de la géographie urbaine évoqués au départ et jusqu’à la fin des années 1950, mais plutôt au point de vue plus théorique visant à acquérir des connaissances sur la ville purement spéculatives et abstraites, et visant aussi à fonder des théories et à bâtir un ensemble de lois, de règles propres à la ville et d’opinions touchant la vie en ville et visant l’optimisation de la vie urbaine. La théorie, étant une recherche d’un ordre caché dans un apparent désordre, naît donc souvent de certaines utopies.

Dans l’ensemble, on a recherché dans cette cinquième semaine de la ville, à travers son discours adressé plutôt à un destinataire urbain, des approches souples et plus ouvertes au monde urbain et à la ville contemporaine retenue comme un espace central critique, comme un espace d’articulation dépendante entre système mondial et l’intérieur des formations, comme aussi un système spécifique, fonctionnant selon sa logique propre, et une composante clef des sociétés.

Notons finalement qu’aujourd’hui plusieurs chercheurs raffinent la définition de l’urbain selon la nature de leur objet. Ils s’intéressent surtout aux actualisations de l’éthos utopiste et de l’esprit des Lumières, de la Renaissance en Europe au XIXe siècle. Ils se penchent aussi sur la façon dont le monde urbain a suscité la réflexion utopique de l’Art. La transaction urbaine de ces idées, de ces définitions et de ces idéologies qu’elle connaît fait donc de la ville le lieu déterminant des représentations et des perceptions souvent plus utopistes que réalistes.


[1] Voire dans CLIO (revue francophone d’histoire des femmes), N°17-2003 ; Site web : http://clio.revues.org

[2] Dont la Directrice est Madame Sylvette Denèfle.

[3] Au 2 Lions.

[4] BEAUCIRE (Francis) et BURGEL (Guy), 1992 : « Les villes nouvelles d’Ile-de-France et leurs flux migratoires. In : « Les péri-urbains de Paris » Villes en parallèle n° 19, juin 1992.- 210 p. (art. : pp.75-103), tabl., graph., cartes, phot., bibliogr.

[5] Exemple les FARC (Forces Armées de la Colombie) et les paramilitaires : des « Guerria » : des peuples armés isolés en dehors des villes qui ont des discours sociaux.

[6] « Gender and Governance » FSE Ernilia- Romagna ref.321/2003 FSE ob.3. [« Genre et gouvernement » FSE Ernilia- Romagna ref.321/2003 FSE ob.3.].

[7] Une ville avec un air respirable et dans l’ensemble une ville désirable, inclusive, hospitalière et paisible : Selon Sylvette DENEFLE les femmes se servent de ce volet pour se faire des lobbying.

[8] Ce sont ces scénarios prospectifs que Laura Garcia Vitoria s’occupe à présenter et analyser au travers des études menées au sein du Réseau européen des Villes Numériques

[9] Laura Garcia Vitoria a écrit des articles sur la démocratie participative.

[10] Les opérateurs de tourisme et les gestionnaires du patrimoine à Arles, comme le montre Daniel JACOBI, ont tendance à imaginer des synergies dans l’offre. Comme si on voulait optimiser la durée du séjour des visiteurs. Il est fréquent de proposer un billet multi-entrées. Ainsi, le pass vendu à Arles propose la visite à tarif réduit de 9 monuments et de 3 musées.

[11] L’Amphithéâtre romain est le monument le plus fréquenté.

[12] Pour ce fait les chercheuses ont posé à leurs interlocuteurs des questions de type « comment vous vous baladez ou promenez dan la ville ?, etc.)

[13] Selon Kevin Lynch et son travail autour de l’image et de la symbolique de la ville en 1976.

[14] Les chercheuses ont construit une démarche expérimentale, qui « consiste à articuler deux types d’expertise dans des parcours d’interprétation créés pour les habitants. Dans un dispositif qui articule moment de visite par le spécialiste de l’urbanisme ou du patrimoine et moment, non de restitution, mais de création de visite par l’habitant-amateur-de-son quartier.» (Selon le résumé des participation au Colloque international « Les Arts de la ville dans la perspective urbaine »).

[15] Albert LEVY est Architecte et chercheur au Laboratoire Théorie des mutations urbaines, UMR, CNRS Institut Français d’Urbanisme, ­Université Paris VIII.

[16] Notamment la mine de charbon à la Houve2 et le Nord-Pas-De-Calais qui représentent deux siècles d’Histoire Glorieuse industrielle en Lorraine, ainsi que la mine du Carreau Wendel à Petite­ Roselle qui vient donner une nouvelle dimension « grandeur nature» à l’effort de l’industrialisation en France.

[17] Colloque International « Les Arts de la ville dans la prospective urbaine » organisé par le CEDPM (Centre d’Etude du Débat Public et des Médiations).

[18] Pascal SANSON, Directeur du CEDPM (Centre d’Etude du Débat Public et des Médiations), responsable scientifique du colloque.

[19] Ceci s’est manifesté clairement surtout au cours de la journée mondiale de la femme (08 mars 2006).

[20]  Bernard Andrès et Nancy Desjardins (sous la dir. De), 2001 : « Utopies en Canada (1545–1845) », Montréal, Figura. Textes et imaginaires, no 3, Département d’études littéraires, UQÀM, 195 p.