La perception augmentée dans les rues de Bâle

Laura Garcia Vitoria

Au coeur de la vieille ville de Bâle, dans le cadre de son projet intitulé LifeClipper, la galerie Plug.in - qui s'est spécialisée dans les nouveaux médias - propose un parcours-promenade dans le quartier Saint-Alban au cours de laquelle un paysage virtuel vient se greffer sur le réel. Il s'agit en réalité d'une sorte de marche audiovisuelle dans une réalité virtuellement augmentée : les visites proposées par l'artiste multimédia Jan Torpus ( Dans notre suivi de cette démarche, nous avons largement tenu compte des questionnements - d'autant plus pertinents qu'ils sont fort rares en ce domaine - de plusieurs médias, dont notamment Libération. ) nous mettent en présence d'une caméra qui mêle tout à la fois images virtuelles et paysages réels et de scénarios naturellement différents suivant les espaces traversés. Le quartier a été divisé en zones et à chaque fois c'est un scénario différent qui s'enclenche et c'est la position géographique du promeneur qui en déclenche. Chaque module du projet est une vraie proposition, certaines d'entre elles sont de l'ordre du guide audiovisuel, d'autres clairement plus cinématographiques. Le dispositif porté par le visiteur comporte des lunettes munies d'une caméra vidéo et d'un casque audio, un GPS, des semelles truffées de capteurs, à glisser dans ses chaussures, le tout relié à un ordinateur portable dissimulé dans un sac à dos. Les lunettes font office d'écran, sur lequel est diffusée l'image vidéo de l'environnement, filmé en direct par la caméra. Le logiciel Max/Jitter permet de pré-programmer sur l'ordinateur les différents événements. Les images et les sons capturés sont traités en temps réel, projetés dans les lunettes et diffusés dans le casque. Selon les bâtiments regardés, un collage d'images différentes s'imprime sur le paysage (ainsi les gargouilles quand on fixe la cathédrale). Pas la peine en revanche d'entrer puisque les lunettes permettent en quelque sorte de voir à travers ses murs, diffusant des vidéos capturées dans le musée. Plus on marche vite et plus on a d'informations. Les pressions effectuées sur les semelles déclenchent des bruits de sabots de cheval ou encore de clapotis de l'eau. L'expérience se rapproche de celle du cinéma interactif, immergeant le promeneur dans un décor de film dont il est à la fois le spectateur et le déclencheur. Les frontières entre perception subjective et objective deviennent floues. Une telle visite nous propose une extension de la perception de ce qui nous entoure. Le dispositif de Jan Torpus permet aussi de prendre des photos et de constituer des albums d'images qu'on peut feuilleter à l'issue de cette visite augmentée. LifeClipper change nos manières de voir et d'entendre, questionne le réel et fait des situations de la vie quotidienne une aventure, au travers de l'évocation par exemple au coin d'une rue d'un poème allemand dédié au Rhin. Au-delà de la démarche de l'artiste, il s'agit là bel et bien d'un projet de recherche où l'expérience cinématographique par immersion par exemple - avec la tentative notamment de faire naître une émotion - cherche précisément à élaborer, avec quelques tâtonnements, des expérimentations pédagogiques de constructions d'expériences d'apprentissages patrimoniaux. http://www.arenotech.org

http://www.arenotech.org/2006/economie_de_la_connaissance_economie_territoriale.htm