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Virtual Reality International Conference Itinérance cognitive Laura Garcia
Vitoria, (ARENOTECH) |
Résumé de la présentation De nouvelles formes d’itinérance cognitive |
Avant-propos : un nouveau cadre d’action territoriale
Des technologies comme celles de la géolocalisation ont profondément marqué les expérimentations récentes réalisées dans le domaine de ce que notre conseil scientifique dénomme à juste titre « l’itinérance cognitive » et qui est destinée à bouleverser fondamentalement les cyber-sociétés des villes numériques de demain [1] : la présente communication aura d’abord à évoquer le suivi de ces expérimentations et les projections prospectives que ces dernières nous autorisent à esquisser. Le travail ainsi réalisé par l’ONG ARENOTECH a pour objet d’accompagner les collectivités territoriales, mais également les sociétés qui aujourd’hui développent les premiers outils en matière de valorisation numérique du patrimoine territorial.
Une seconde partie entend présenter brièvement l’un des projets les plus significatifs parmi les programmes que nous avons actuellement en cours d’élaboration dans ce domaine. Si un nouveau programme du Réseau européen des Villes Numériques, « Digital Heritage Territories », a notamment trait à l’utilisation de ces mêmes outils dans le futur développement économique et touristique en Asie [2], nous souhaitons surtout présenter ici le projet européen Vivalize élaboré à l’occasion de notre séminaire de Vézelise le 4 février dernier [3] et qui porte plus spécifiquement sur le patrimoine des petites villes européennes - polonaises [4], allemandes et françaises notamment -.
De nouvelles formes d’itinérance cognitive
Nous le disions, l’impact territorial des technologies de la mobilité et de ces nouvelles formes d’itinérance se trouvent aujourd’hui largement expérimentées en Europe (à Londres l’hiver dernier, à Venise tout aussi récemment, à Helsinki au cours de l’été passé ou encore, on l’espère, à Alcala de Henares très prochainement). Elles reflètent bien évidemment les réflexions prospectives aujourd’hui en cours - de la part notamment des opérateurs de communication mobile sur les possibles modèles économiques de l’utilisation des technologies de géolocalisation et de marquage de l’espace dans la mobilisation des résonances cognitives des environnements patrimoniaux.
Les espaces intelligents qui se créent au travers notamment des technologies sans fil et qui nous offrent une sorte d’Internet ambiant qui transforme la ville en espace de radiofréquence et de réseaux omni-présents contribue à amplifier en quelque sorte le monde urbain par l’intrusion d’espaces informationnels multiples. Nous sommes aujourd’hui en mesure de créer une possibilité de rencontre entre les strates d’informations que constitue par essence un monument (ses strates chronologiques et symboliques par exemple) et les flux d’informations contemporains, véritable allégorie de la construction identitaire.
On a ainsi tout particulièrement pu mettre l’accent récemment sur des expériences permettant à tous ceux qui fréquentent un espace urbain d’annoter leur environnement, de lui conférer un sens personnalisé, de se transformer en auteur en se servant de cet environnement, de se voir auteurs et de vouloir et d’être au départ d’un processus de construction de connaissances. Bref de rechercher et de fournir informations et renseignements.
Un réseau de réflexion qui développe aujourd’hui un important programme de recherche autour des développements potentiels des matrices sociales - Proboscis - est parti de l’idée de ce que des technologies sans fil pouvaient créer en matière de géographie sonore urbaine. Il s’agit au fond de cartographier l’expérience que font au quotidien ceux qui parcourent une ville et qui cherchent à établir un lien entre ce qu’ils font au quotidien - dans leur travail économique, politique, culturel…- et ce qui se passe, se pense, se commente autour d’eux. S’enrichir et enrichir ce que pensent et savent ceux qu’ils côtoient de ce qu’ils croient savoir et penser eux-mêmes. Ce sont en fait des géographies sonores que Proboscis expérimente.
Le projet qui porte le nom éminemment suggestif de « Tapisseries urbaines » a permis ainsi de créer un nouveau paysage urbain : il nous rend tout à la fois archéologues de nos environnements, mais aussi contributeurs à leur développement, en ouvrant des espaces d’enquête dans l’épaisseur des expériences de la ville : le projet permet aux usagers d’annoter leur propre ville - d’une certaine manière ainsi virtualisée -, permettant à la mémoire collective de la communauté dans laquelle ils se trouvent de croître quasi-organiquement, en permettant aux citoyens ordinaires d’enchâsser un savoir social dans le nouveau paysage sans fil de la cité.
Les usagers doivent pouvoir ajouter de nouveaux emplacements, des contenus pour ces emplacements et « enfiler » en quelque sorte les emplacements individuels à des contextes locaux par des dispositifs mobiles. L’usager doit être capable de sélectionner de tels « enfilements » (historiques, sociaux…) ou au contraire de se laisser conduire: il reçoit alors une carte des espaces qui se trouvent associés avec eux : ils peuvent la prendre comme guide ou au contraire demander au système de les prévenir dès qu’ils passent près d’un de ces espaces. Il s’agit là d’une sorte de performance de la mémoire collective
La ville au quotidien démultipliera ainsi les publications sur elle-même : des technologies nous permettent ainsi en tout cas de réarticuler ce qui pourra être écrite sur elle. Un outil précieux pour changer l’image d’une ville ? Reconfigurer aussi nos mémoires, autant personnelles que collectives et prendre peut-être la main sur elles...Chacun l’imagine : en rendant invisibles des composantes spatio-temporelles, le risque existe de rendre invisible encore davantage le rapport au pouvoir et son contrôle.
Il y a vingt ans très exactement, Michel de Certeau avait analysé les pratiques spatiales sans imaginer néanmoins combien celles-ci pourraient changer notre « quotidien informationnel ». Les outils aujourd’hui à notre disposition complètent et enrichissent nos perceptions spatio-temporelles de la ville : le projet Amble du Media Lab Europe ajoute les connotations temporelles à la carte urbaine qui se trouve sur votre PDA : la carte nous dit en quelque sorte le temps à parcourir.
De nombreuses applications semblables ont été expérimentées récemment. Avec la Cité sonore, un projet suédois de l’Institut Victoria, nous traduisons en musique l’espace que nous parcourons, donnant ainsi à découvrir ou à penser tout ce qui le structure. Le nomadisme urbain se fait ainsi sonore, rythme et expérience corporelle démultipliée. Un processus fort, pour le moins, de personnalisation de la ville. Le projet Tejp développé par le même institut nous permet de laisser, anonymement ou non, des tags musicaux : création de communautés locales, gestion de nouveaux types de relation sociale.
Nous pouvons là encore attacher à un espace donné le volume d’une communication mobile. Ce qui nous apparaissait familier et connu dans l’espace urbain peut nous livrer ainsi des sensations nouvelles, étranges peut-être, beaucoup d’interrogations certainement et en tout cas une démultiplication des facteurs de curiosité et des occasions de connaître, regarder, questionner autrement, révéler largement ce qu’il nous semblait pourtant connaître. Ce qui ne nous appartient pas - a priori du moins - peut être personnalisé…
Texting Glances est de son côté un projet développé par le Trinity College de l’Université de Dublin. Le projet permet de nouvelles formes de construction de la mémoire d’un lieu, espace de transport ou lieu d’attente. Construction, à l’échelle de l’espace d’une ville, en plusieurs points mis en réseaux, au travers de textes et d’images, d’une véritable mémoire collective. On ne peut s’empêcher de penser aux archivistes et aux futurs historiens de la ville : si les médiévistes disposaient aujourd’hui d’un tel matériau, l’histoire urbaine des siècles passés pourrait ainsi être rétrospectivement écrite.
Il s’avère donc urgent de prendre en compte un tel développement de nouvelles temporalités - celle de l’attente par exemple - ou encore et surtout la construction d’infrastructures invisibles qui permet une sorte d’archéologie à l’envers où l’itinérant creuse métaphoriquement (ce que développent d’ailleurs d’autres projets encore tels que Glitch) un espace pour y placer contributions et annotations.
La mutation de la perception de l’espace et du temps à l’œuvre sous nos yeux constitue ainsi incontestablement un élément clef lorsque l’on aborde les impératifs présents et futurs de l’économie patrimoniale.
Des horizons neufs pour un tourisme de la mémoire
Dans ce cadre, il nous a semblé essentiel d’accompagner les divers acteurs en présence - acteurs territoriaux, économiques et culturels, enseignants et chercheurs - afin de les inciter à participer à de telles aventures collectives.
Créer de nouvelles surfaces informationnelles au travers des ondes sonores de grandes surfaces de verre dans les musées [5], inventer des formes de représentation et des modalités d’acquisition de connaissances, contribuer à gérer de la sorte l’identité d’un territoire, elle-même vecteur majeur de mise en place de processus innovants et de synergies indispensables au développement de la ville numérique de demain [6].
Le projet viv@cities est construit autour de la Lorraine, de la Hesse et de la région de Cracovie et porte sur la gestion patrimoniale comme vecteur de développement économique et d’attractivité territoriale.
Il vise à la mise en valeur de l’identité et de l’attractivité des petites villes au travers notamment de l’usage des technologies de la mobilité et des nouveaux dispositifs technologiques aujourd’hui à la disposition des collectivités.
Depuis les préconisations fondatrices issues du projet européen MOSAIC [7] jusqu’à nos plus récentes interventions à Sarajevo, Beyrouth, Cayenne, Las Palmas, Saint-Raphaël, Marseille, Verdun et Orléans [8], nos analyses ont en effet porté sur tout un ensemble de dispositifs que le projet entend précisément expérimenter et développer à l’attention des collectivités territoriales européennes. Ces préconisations et recommandations structurent l’accompagnement proposé aux collectivités territoriales suite au projet européen MOSAIC.
Conclusion : vers de nouveaux dispositifs
De tels projets - tout comme d’ailleurs l’ensemble des programmes développés par le Réseau européen des Villes Numériques [9] - nécessitent à l’évidence la création de nouveaux mécanismes d’accompagnement.
A la suite des Entretiens de Fontevraud des 19-20 mars 2005, notre intervention aura à annoncer à cet égard la création d’une fondation destinée à accompagner les projets des acteurs territoriaux européens dans le domaine des technologies de la connaissance.
[1] On se reportera aux travaux d’André Jean-Marc Loechel, tels que celui portant sur L’homme hypermoderne.
[2] Il s’agira là très précisément du 40e programme développé par le RVN et présenté les 19 et 20 mars 2005 à l’occasion des Entretiens de Fontevraud. Il est placé sous la direction de Pierre Aussage, responsable d’Asian Digital Cities.
[3] Un projet géré sous ma direction par Aude Alliot.
[4] Je remercie tout particulièrement ici pour sa contribution à ce projet Eunika Mercier-Laurent (Réseau européen des Villes Numériques).
[5] Il convient ici de citer les travaux de Laurent Boisin (Musée de Hyères) qui gère le programme « Villes Numériques » en ce domaine.
[6] Le rôle des petites et moyennes collectivités locales s’élargit aujourd’hui de manière considérable, qu’il s’agisse de la construction d’une gestion territoriale mieux basée sur la synergie des expertises locales et sur une information en ligne plus pertinente, de la mise à disposition des nouveaux services de mobilité et d’infomobilité, en liaison plus étroite et plus partenariale avec les acteurs de télécommunication, des processus d’initiation, d’information et de formation des habitants, de l’élaboration d’une offre touristique profondément renouvelée et repensée ou encore de la gestion de l’identité locale et de ses référents historiques et patrimoniaux : la gestion numérique du patrimoine s’inscrit clairement dans l’ensemble de ces nouvelles priorités.
[7] On se reportera à sa présentation sur le site www.arenotech.org (rubrique « projets européens »).
[8] On se reportera de même au site www.arenotech.org (rubrique «colloques »).
[9] On trouvera la présentation de ces programmes sur le site www.villesnumeriques.org (rubrique « programmes »).