LE TERRITOIRE ET LE VIRTUEL
Considérations introductives
Intervention à l'Université de Marne la Vallée le 16 janvier 2004
Séminaire :
Société locale de la connaissance -Le
virtuel comme représentation du territoire réel
DESS MITIC (Management de l'Intégration des Technologies de l'Information et
de la Communication)
Laura Garcia Vitoria
Présidente de l'ONG ARENOTECH
Le territoire - comme l’entreprise - se trouve aujourd’hui au cœur de nouvelles dynamiques de création de savoir et de co-intelligence (terme que personnellement nous préférons à celui d’intelligence collective, aujourd’hui malheureusement quelque peu galvaudé).
La dématérialisation de certaines relations sociales se voit ainsi à l’origine de l’émergence de nouvelles sensibilités et de nouveaux types de relation : notre ami Bernard Blandin parle ainsi dans son récent ouvrage de "construction du social par les objets" - ou les « quasi-objets » dont parle Michel Serres - que sont ainsi les programmes informatiques.
Il n'y a pas que pour les passionnés de Matrix que les créations logicielles et les services mis en ligne construisent du social et plus précisément du lien social.
Le développement de telles relations interpersonnelles virtuelles - des relations dématérialisées mais bien réelles - ainsi générées par des outils créant de la virtualité constitue aujourd’hui - au travers notamment de ses groupes de travail - l’un des champs d’analyse privilégiés de l’association que je préside.
La dialectique du virtuel et du territoire nous amène notamment à prendre en considération la mutation visuelle et le rapport à l'image qui constituent deux des caractéristiques majeures de notre époque.
Un véritable apprentissage relatif à l'analyse de l'image constitue ainsi une donnée majeure pour la mise en place de processus d'inclusion numérique.
Il est tout autant vain de prétendre évoquer ces questions sans prise en compte des potentialités prospectives véhiculées par certaines technologies d'interface ou encore de modélisation virtuelle.
Il est parfaitement inutile aujourd'hui de disserter sur l'impact social de technologies nouvelles sans une vraie prise en compte des recherches mises en œuvre par certains laboratoires (Oxford, Berlin...) ou lieux d'expérimentations (Karlsruhe, Madrid...).
Le champ dont nous sommes amenés à nous entretenir se situe pleinement à ce niveau: celui de la valorisation patrimoniale et identitaire des territoires et du positionnement culturel de chacun d'entre nous.
La gestion de tels référents constitue surtout aujourd'hui une condition sine qua non de la genèse d'externalités - comme disent les économistes - assurant la mise en œuvre de processus d'innovation.
Nous
renvoyons pour ce faire à nos plus récentes présentations que l'on trouvera
sur le site www.arenotech.org (ainsi celles
de Beyrouth, Pamplune, Bordeaux, Saint-Raphaël, Sarajevo, Marseille, Cayenne...)
en ce qui concerne notamment notre programme de Musée virtuel de la Méditerranée
et de ses déclinaisons pour plusieurs autres régions (accompagnement programmé
en 2004 pour des actions territoriales en la matière en Guyane, au Brésil, au
Canada, à Singapour...).
L'utilisation des technologies numériques pour le développement territorial constitue un sujet complexe nécessitant l'utilisation rigoureuse d'une démarche méthodologique pluridisciplinaire (issu en grande parte du développement des sciences de la cognition), le choix d'outils parfois encore peu répandus, une réelle expérience dans la construction et la transmission des savoirs et une réelle connaissance de l'horizon culturel des territoires.
Les acteurs des collectivités locales (en France bien d'avantage encore qu'ailleurs en Europe) y sont naturellement peu préparés, mais l'enjeu en est à l'évidence considérable; aussi apparaît-il particulièrement pertinent qu'un enseignement de DESS puisse - ne fut-ce que très partiellement - s'y consacrer.