
Attention
aux changements,
l’électronique grand public émerge !
Au début de janvier 2004 se tenait à Las Vegas le Consumer Electronics Show. Le salon de cette année annonce non seulement une poussée majeure dans ce secteur d’activité qui plafonnait depuis trois ans (100 milliards $ de vente sont prévues aux États-Unis cette année) mais, si la tendance se maintient, il pourrait doter l’Internet de deux approches : celle du Web et celle de l’électronique grand public, modifiant ainsi l’accès à l’information.
Cette poussée deviendra une tendance lourde de conséquences parce qu’elle est portée principalement par les jeunes générations de consommateurs partout sur la planète.
Dans le domaine des nouvelles technologies de l’information, il existe une règle qui prétend qu’une nouvelle technologie ne remplace pas les anciennes, mais s’y superpose. Ainsi, comme les pelures d’un oignon, nous avons vu s’ajouter aux main-frames des années 60, les micro-ordinateurs durant les années 80, les portables en 90 et le Web à partir de 1995. Une couche électronique s’ajoute maintenant à cette toile d’araignée qui recouvre de plus en plus notre société : l’électronique grand public. Celle-ci modifiera le commerce, en imposant de nouvelles habitudes de consommation, et même la culture, créant de nouvelles habitudes de communication, notamment de lecture et d’écriture.
Tout semble se passer comme si Internet se dotait dorénavant de deux approches, l’une destinée à un usage grand public et une autre pour les travailleurs de la connaissance ou knowledge workers.
Contrairement au Web qui fonctionne à partir d’une approche développée autour de la haute vitesse et de la haute fidélité et qui exige un certaine alphabétisation, l’électronique grand public repose sur la simplicité et l’instantanéité d’interfaces culturellement adaptées à des clientèles beaucoup plus diversifiées. Les gens utilisent ces machines à communiquer pour des applications différentes de celles des micro-ordinateurs ou même des portables[1] :
Web Électronique grand public
Applications complexes Applications plus légères
et à long terme et plus ponctuelles
Charge cognitive élevée Approche plus conviviale
exigeant un certain training fondée sur l’intuition
Logique de fonctionnement Logique d’utilisation
Coûts élevés d’achat, d’entretien Appareils légers et
et d’opération des appareils relativement moins coûteux
Un ou deux grands écrans Des écrans plus petits
L’électronique grand public, ou secteur des smart personal object technology, est un espace interactif qui prend sa place entre le secteur du Entertainment et celui de l’informatique traditionnelle. Afin de dynamiser la demande ses promoteurs développent deux caractéristiques : offrir des systèmes multifonctions et intégrer musique-photo-vidéo, afin de compétitionner avec les ordinateurs multimédias.
Techniquement, elle se multiplie à cause du développement de circuits électroniques de plus en plus performants et de l’adoption de normes internationales. Voici une vue d’ensemble à partir de trois environnements :
• Liée au poste de travail (PC) : clavier et souris de toutes sortes, caméra pour conférence personnelle par vidéo, etc.
• Ordinateur portatif[3] (laptop : services d’agenda et de e-mail, etc.).
• Salle de veille et de prise de décisions[4] : caméra pour conférence, tablette, téléphone cellulaire, etc.
• Étiquettes « intelligentes » [5].
À la maison [6]
• Téléphone offrant différents services.
• Jukebox musical lié au Web.
• Caméra numérique avec imprimante multifonction[7].
• Vidéo numérique, camescope, Webcam, etc.
• Lecteur et enregistreuse DVD[8] : TiVo ou iPronto (set-up box), DVD camcoder, player and burner.
• Cinéma-maison[9] (home-theater system) : écran au plasma ou à cristaux liquides, très grand écran, son « surround », lecteur CD ou DVD, système de télévision numérique par satellite, WebTV, karaoké, etc.
• Câble-modem et DSL, pour une connexion Internet à haute vitesse.
• Jeux : console de jeux individuelle ou en groupe branchée sur Internet, module de mémoire supplémentaire, jeu vidéo portatif, ordinateur-jouet[10], etc.
• Appareils domotiques (embedded devices, smart stuff) : cuisinière, four à micro-ondes, thermostat, ventilateur, etc.
• Système de télésurveillance[11] pour le gardiennage, la conciergerie et la sécurité,: senseur, porte de garage télécommandée, robot, etc.
Sur la route (mobile, sans fil)
• Téléphone cellulaire : mobil phone, cell phone, photo cellulaire, phone cam, pagette, etc.
• Wi-Fi (Bluetooth, Sandblaster).
• Smart radios : radio par satellite et radio haute définition (ou HD radio).
• Montres avec écran offrant différentes applications : météo, nouvelles, messageries, etc.
• Baladeur, lecteur MP3 avec ou sans lien Web, casque d’écoute, etc.
• Assistant numérique de poche (ultra portable) : PDA, palm organizer, palm top, pocket PC avec fichier musical, photo couleur et vidéo clip.
• Carte à mémoire : smart card, smart cash, etc. et les guichets électroniques.
• Appareils de navigation par satellite GPS[12].
Les conséquences à court terme
On peut penser qu’une électronique vraiment grand public modifiera certaines conditions socioéconomiques et participera à l’avènement du prochain bond économique en créant de nouveaux territoires et de nouvelles niches.
• La facilité de manipulation des appareils et leurs coûts peu élevés susciteront l’apparition de nouvelles clientèles qui étaient rebutées par les interfaces compliquées du Web.
• Leur convergence avec les possibilités offertes par le système GPS développeront des applications circonscrites dans des territoires précis.
• L’irruption de la mobilité et des modes d’accès à hauts débits rassembleront des clientèles autour d’activités verticales capables de créer des niches.
Les principales conséquences sont l’apparition de nouveaux créneaux ou niches et de clientèles plus peer-to-peer. Après 2005-2006, le prochain bond économique sera développé par la convergence du nouveau Web[13] avec l’électronique grand public, via Internet, le tout centré sur les self-services. Ainsi, le rêve d’un gigantesque cyberespace, (any information, anytime, anywhere) ne deviendra pas LA seule réalité. À sa place se développeront une myriade de niches et de territoires-marchés exigeant une architecture briques-et-clics et l’intégration de produits en ligne et hors ligne pour des clientèles cibles.
Les conséquences à plus long terme
Dans un deuxième temps, on peut penser qu’avec l’utilisation de modules de mémoire plus performants, les liaisons sans fil et les caméras numériques de toutes sortes, l’électronique grand public amorcera dans un ou deux ans sa vraie révolution, celle de la valeur ajoutée créée par des centaines de milliers de jeunes auteurs-créateurs qui ont des choses nouvelles à dire (une façon pour eux d’influencer à leur façon le futur de leur société)[14].
Cette révolution commence déjà à modifier trois grands secteurs industriels :
• L’industrie de l’édition
L’ancien secteur traditionnel (journaux, livres, libraires isolés) est confronté à un secteur dynamique (courriel et chat, e-zine, e-book, Weblog, i-ink, copie PDF, codex électronique, information en continue, etc.).
• L’industrie du disque
L’ancien secteur traditionnel (disques et CD-ROM, disquaires isolés) est confronté à un secteur dynamique (MP3, Napster2, vente à la pièce à la i-Tune, etc.).
• L’industrie de la télévision (divertissement)
L’ancien secteur traditionnel (émissions à heures fixes, services de base, réseaux de vidéoclubs, etc.) est confronté à un secteur dynamique (l’impact du numérique sur la post-production et la diffusion, chaînes spécialisées liées à des magazines spécialisés, produits dérivés, effets spéciaux, échange et location de films en ligne, etc.).
Ainsi, plusieurs corollaires apparaissent :
Beaucoup d’appareils, relativement encore encombrants (le e-book par exemple) deviendront plus conviviaux d’ici un an ou deux ; si bien qu’on peut penser que le mouvement de l’électronique grand public ne fait que prendre son essor à cause des nouvelles clientèles qu’il attire.
Les nouvelles possibilités de création attireront les jeunes créateurs qui généreront des recherches de nouvelles écritures médiatiques et de nouvelles méthodes de scénarisation[15]. Nous entrons dans un monde technologiquement beaucoup plus hybride parce que numérique. C’est tout le domaine de l’écriture et de la lecture qui sera bousculé. Puis, à plus long terme, toutes ces pelures d’oignon formeront un tout technologiquement intégré d’un côté, et de l’autre multiplieront les différents types de clientèles. On peut penser que ces convergences se cristalliseront autour de quatre environnements où se dérouleront presque toutes les activités : le bureau, la maison, la salle de classe et l’automobile.
Les décideurs qui préparent des plans à plus long terme (après 2010) devront commencer à intégrer l’électronique grand public et l’informatique traditionnelle pour développer ces quatre environnements (ce qui explique les récents discours de Bill Gates sur le seamless computing et la convergence TV-PC).
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Pour plus d’informations :
Consumer Electronics Show, Las Vegas, janvier 2004 : http://news.com.com/2009-7353_3-5136726.html?tag=nefd_top
Analyse de l’électronique grand public comme cadeaux des fêtes : Coolest inventions 2003, Time, le 17 novembre 2003, p. 35-78.
Annual tech buying guide, BusinessWeek, le 10 novembre 2003, p. 121-162
La marge de profit du secteur de l’électronique grand public : Free-Falling Prices And Rocketing Sales, BusinessWeek, 12 janvier 2004, p. 99-101.
Les clientèles en attente : www.michelcartier.com, le dossier Les groupes d’intérêts.
[1] On retrouve le même cheminement dans d’autres domaines, par exemple dans l’Internet utilisé par les militaires américains, le Battlefield Internet, ceux-ci utilisent à la fois des avions très sophistiqués et très coûteux comme le F-16, aussi de très petits avions espions électroniques ou unmanned aerial vehicles comme le Predator, le Dragon Eye ou le Neptune.
[2] Le premier coup de canon de cette guerre a été tiré à l’Action de Grâce 2003, lorsque Wal-Mart a offert un lecteur DVD à 29 $ (réduction de 60 %).
[3] Les analystes estiment que les ventes de portables pourraient représenter un tiers des ventes des ordinateurs l’an prochain et la moitié après 2007. (La vente annuelle des ordinateurs est d’environ 140 millions d’unités).
[4] Salle de contrôle ou war room, une industrie qui a reçu un coup de fouet à partir des événements du 11 septembre 2001.
[5] Les puces d’identification radiofréquence, Radio Frequency Identity ou RFID.
[6] Voir le courant du cocooning (celui de deuxième génération).
[7] Photo, scanner, copie, couleur, fax.
[8] Signalant le début de la fin du VHS.
[9] Aux États-Unis, en 2003, 20 % des domiciles étaient équipés d’un modem à haute vitesse, 50 % d’un DVD et 30 % d’un système complet de cinéma-maison.
[10] Téléphone ou livre parlant, guitare électronique, véhicule télécommandé, etc.
[11] Gardiennage, inventaire, conciergerie, sécurité, etc.
[12] Le Global positioning system utilise 24 satellites pour préciser une position géographique à 20 verges près.
[13] Un Web plus intuitif créé par la combinaison du Web sémantique et du Web schématique.
[14] Durant les années 60, le Québec a connu une Révolution tranquille. Celle-ci devint une révolution parce qu’elle fut véhiculée par de jeunes créateurs qui ont inventé une écriture pour la télévision alors naissante. La Révolution tranquille est fille de ces images : Point de Mire, Félix Leclerc, Les Plouffes, Les Beaux Dimanches, etc.
[15] L’arrivée du Desktop publishing vers
1982 a créé des maisons « underground » qui sont devenues ensuite parallèles,
puis plus tard, économiquement rentables au fur et à mesure que les niches
se sont précisées, niches délaissées par les grandes entreprises. On a assisté
au même phénomène dans le domaine du cinéma lors de l’arrivée de la vidéo
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