Communication publique : un nouvel horizon à construire

La communication connaît en ce début de siècle post ou hypermoderne un singulier bouleversement de ses paradigmes. Les mutations sémantiques qui en découlent nécessitent ainsi clarifications et mises au point sur ce que pourra - ou ne pourra plus - être le rôle des divers acteurs, qu’il s’agisse des acteurs traditionnels de la communication politique ou de niveaux intervenants, dans le domaine du conseil ou du marketing par exemple.

Arrivent donc à point nommé des débats tels que ceux organisés en novembre 2004 par nos collègues de Communication publique à la Maison de la Radio à Paris et placés sous la direction de Pierre Zémor, auteur notamment en 2003 de l’ouvrage « Pour un meilleur débat public ». Le thème général des débats portait sur « Civisme et médias ».

Une première difficulté n’a pas manqué de caractériser plusieurs présentations. Si l’objectif demeure évidemment dans ce genre d’exercice de faire montre d’une vraie pédagogie, chacun sait bien aussi que le champ communicationnel est devenu, du fait notamment des apports des infotechnologies et des sciences cognitives, d’une grande technicité, au travers notamment d’une formation aux métiers de la communication singulièrement plus exigeante. Or, maints orateurs de sont bien gardés de tenter le difficile exercice d’une parole livrée à un assez grand public et l’évocation de la complexité de nouvelles interfaces telles que le rapport au travail en réseau, les nouvelles modalités de communication comme les journaux en ligne, des pratiques d’échanges informationnelles toutes nouvelles telles que l’annotation géo-localisée de l’espace…

Certains intervenants reconnaissaient volontiers - quoiqu’à demi-mots - qu’ils n’y entendaient rien, d’autres tentaient bien peu adroitement par rapport au public de caricaturer leur propre pensée (« Internet concurrent des espaces d’information jeunesse »…), ne manquant pas de mettre mal à l’aise ceux qui attendaient d’eux des positions et des savoirs nouveaux. Mais la plupart des intervenants ont choisi assez honnêtement de ne pas faire état de questions ou d’interfaces qu’ils pensaient ne jamais maîtriser en fin de carrière et de montrer que ce qui leur importait au fond était bien davantage de développer les positions philosophiques qui leur tenaient à cœur, permettant ainsi de mieux comprendre des positionnements passés et parfois de mieux écrire l’histoire de leurs institutions, ce qui était très souvent d’un réel intérêt.

Qui plus est, point de prospective, l’évocation même du rapport au civisme le méritait pourtant amplement: les champs communicationnels seraient-ils, davantage qu’on ne le dit et qu’on ne pourrait le penser, de longs fleuves tranquilles ? Il semble qu’il y aît là une réelle spécificité française - récente ? -, un manque d’aisance hexagonal à se projeter dans le temps…, mais aussi dans l’espace, et c’est d’ailleurs là un constat qui était largement attendu et en fin de compte peu évoqué. Le benchmarking ne serait-il pas le fort des acteurs de la communication publique ? Il y a là pourtant un réel danger, qui constitue l’une des raisons, pas toujours formulée en tant que telle, du désintérêt manifesté par le jeune lectorat. Contrairement à d’autres pays, les médias français n’ont à l’évidence guère contribué à construire une citoyenneté européenne pourtant indispensable. L’accusation d’ignorance, fâcheusement et souvent fort injustement portée à l’égard des médias et des décideurs de la communication publique, aurait pourtant pu, une nouvelle fois, être ici aisément battue en brèche : certains intervenants n’ont pas songé à s’en donner les moyens.

En matière d’espace-temps toujours, les divers vecteurs relevant de l’identité et de la mémoire se sont trouvés quelque peu occultés eux-aussi. Afficher ses convictions, ses racines, son identité constitue ainsi une courtoisie minimale exigible par exemple dans la communication en ligne : nombreux sont les acteurs des médias à ne vouloir guère y porter attention. A tort, là encore, même si naturellement cela n’est pas toujours chose aisée, en remettant notamment en cause bien des stéréotypes d’un passé pas si lointain.

Un nouvel horizon reste donc à construire - et cela fut l’incommensurable apport de ces débats -, avec de nouvelles exigences, des outils générateurs de formes inédites d’écriture et de formulation et surtout des impératifs radicalement autres. Relire le passé récent en dehors de tout processus de starification inutile, imaginer le lendemain, repenser les fonctions d’auteur, de lecteur ou d’auditeur, se projeter dans une société et une économie de la connaissance, telles sont aujourd’hui les conditions premières d’un nouveau rapport des médias au civisme. A la suite de ces débats, aux tonalités souvent heureusement inattendues, de nouvelles rencontres sont à programmer autour de la communication dans la ville de demain.