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Lettre du CAP - 2004 - 2

Cyber-edito

QUEL FUTUR POUR L’ETHIQUE CITOYENNE ?

Laura Garcia Vitoria

Les préoccupations éthiques ne se sont point diluées dans le cyberespace. Bien loin de là, comme le montre l’un de nos collègues bordelais auteur d’une enquête sémantique en la matière à paraître dans la première livraison d’une revue virtuelle consacrée à la société apprenante que je vais être amenée à co-diriger. Le retour d’Aristote était programmé, à l’égal de celui de Spinoza, mais que convient-il d’en attendre ?

Derrière les flots de rhétorique disponibles sur les réseaux à ce propos, tout semble être à revoir : le vocabulaire à revisiter, les exemples à reconstruire, tant notamment les glissements de sens et l’approche des mots ont été marqués par les mutations intellectuelles et sociales de ces dernières années - même si, et ce n’est certes pas le moindre des paradoxes apparents, nous sommes moins éloignés au fond que nous ne le pensons de l’Athènes d’il y a vingt quatre siècles ou de l’Amsterdam d’il y a 350 ans -.

Ce sont d’abord et avant tout les formes communicationnelles de la démocratie locale qui nous interpellent, un chantier où la construction même des savoirs n’en est qu’à ses débuts. Il s’agit là du domaine où les approches éthiques se sont révélées les plus nombreuses, malgré la démultiplication du sens accordé aux divers concepts utilisés et donc une réelle confusion dans les discours. Il confirme surtout le rôle majeur que l’ancrage territorial sera  amené à jouer dans les grands enjeux qu’auront à relever nos sociétés dans les années à venir.

Cette approche renouvelée - à travers surtout une mise en perspective comparée à l’échelle internationale - concerne surtout les modèles mêmes de la communication publique, parallèlement à ceux du management des organisations et a surtout pour objet d’éviter, comme cela a pu être écrit récemment [1], que le mariage Humanitas - Tecné ne donne naissance à une culture de l’inculture, obstacle majeur, s’il en est, de toute démarche éthique lorsque notamment nous nous trouvons en présence d’une réelle assimilation entre démocratie et communication.

La compétence du citoyen évoquée par Rousseau s’avère plus que jamais d’actualité dans la genèse que nous entrevoyons aujourd’hui d’une société de la connaissance, de même que l’agrégation des préférences chère à Condorcet et qui trouve aujourd’hui son prolongement le plus manifeste à travers les outils de mise en relation interpersonnelle sur le Web.

On entrevoit ainsi l’importance du travail de réflexion qu’il nous faut accomplir. Les censures à ce propos sont multiples, sans même parler des autocensures. A l’inverse, une fois de plus, d’un confort intellectuel autorisant les bavardages superficiels pour éviter que des questionnements plus rudes ne soient posés, nous en appelons à une réelle mise en commun des expériences des uns et des autres au sein de leurs institutions en Europe [2], une co-intelligence seule fondatrice d’analyses plus approfondies et potentiellement génératrice de démarches plus heureuses et plus libres. Et si, au-delà des mots, l’éthique citoyenne avait un avenir tout autre que celui qu’on lui prête ?


[1] Jean-Marc Fick, in Communication & Organisation, Bordeaux, 2003.

[2] Nous nous retrouverons sur le thème de la prospective de l’administration électronique à Paris le 2 mars 2004.