L’ECONOMIE
DE LA CONNAISSANCE - 15 juillet 2004
Laura Garcia Vitoria, Présidente d’ARENOTECH, Directeur scientifique
du Programme « Villes de la Connaissance » du Réseau européen des
Villes Numériques et André Jean Marc Loechel, Président du Réseau européen
des Villes Numériques (suite)
Les immatériels du secteur politique et public
En quasi-conclusion de l’ouvrage, Maurice Baslé [15] ne peut donc que souligner « le manque d’infrastructures immatérielles pour la bonne gouvernance politique et publique ». Le jugement dès lors ne peut qu’être extrêmement sévère : « les services que le secteur public et politique offre, les politiques qui y sont conduites devraient être de plus en plus appuyés par la connaissance scientifique, une documentation statistique et qualitative de sujets, un débat, bref des connaissances accumulées et accessibles sans coût que l’on pourrait appeler immatériels du secteur politique et publique. Ils devraient en permanence évoluer tant en gamme qu’en qualité et en utilité sociale ».
L’énumération pourrait ici se faire longue et cruelle : retards dans la connaissance locale de telles ou telles politiques publiques du point de vue de leur impact et de leur performance, manque de mise à disposition gratuite des base de données et de connaissances par exemple pour les chercheurs… Mais l’auteur insiste surtout sur les conséquences en termes de gouvernance et de croissance : « la connaissance des affaires publiques et des arrangements institutionnels doit évidemment être maximum et au maximum de la diffusion. Sans connaissance commune des affaires publiques, il n’est pas de bonne gouvernance…Pour concevoir à l’entrée et suivre et réformer ensuite, les concepteurs politico-administratifs auraient besoin de plus de connaissances ».
Si l’on utilise la formulation de la bonne gouvernance à partir naturellement de sa racine grecque originelle de kybernan et si l’on confère tout leur poids historique aux systèmes de valeurs et de représentations qu’il véhicule, celle-ci apparaît inexistante sans une réelle mobilisation des immatériels du secteur politique et public, en termes d’évaluation par exemple : « les élus, souligne l’auteur, devraient donc associer de plus en plus à leurs choix la réflexion préalable, la recherche du modèle de l’action préférable, l’écriture des diagrammes logiques d’impact, les tests de réussite… ».
Reposant d’avantage sur des savoirs, les politiques publiques européennes doivent également se faire vecteurs d’un large apprentissage : « les nouvelles évaluations de politiques publiques et des programmes permettraient à tous d’apprendre. Il faudrait donc renforcer l’évaluation moderne dans une démarche d’apprentissage collectif des politiques ».
« On sait aujourd’hui, ajoute Maurice Baslé, que de simples études de cas pourraient, scientifiquement construites, correctement documentées et communiquées, être sources de réflexion pour les élus et les citoyens ». C’est là précisément l’objet du Centre européen de ressources pour les collectivités numériques et les villes de la connaissance qu’entend créer, avec l’appui des chercheurs et acteurs territoriaux, le Réseau européen des Villes Numériques.
[15] Titulaire de la chaire Jean Monnet d’économie et intégration européenne de l’Université de Rennes I, il est aujourd’hui incontestablement l’un des meilleurs spécialistes européens des questions relatives à la gouvernance. Retour