L’ECONOMIE DE LA CONNAISSANCE - 15 juillet 2004
Laura Garcia Vitoria, Présidente d’ARENOTECH,  Directeur scientifique du Programme « Villes de la Connaissance » du Réseau européen des Villes Numériques et André Jean Marc Loechel, Président du Réseau européen des Villes Numériques (suite)

IV - La primauté de la coopération cognitive

L’auteur souligne à juste titre à ce sujet l’importance depuis plus d’un demi-siècle des travaux autrichiens, à la suite notamment de Hayek « qui a, dans ses travaux sur la connaissance dispersée, mis en avant l’importance des phénomènes cognitifs pour la théorie de l’action » : apparaît donc comme particulièrement essentielle la coopération cognitive [11] avec ses modèles mentaux partagés et ses dispositifs cognitifs collectifs.

Il s’agit là clairement d’un mécanisme central pour toutes les questions liées à l’intelligence collective [12] : sans partage en effet des cadres cognitifs et interprétatifs et des options théoriques qui les portent, les échanges ne peuvent constituer au mieux qu’une vitrine vite vieillie pour objets surexposés qui n’aura pas la moindre chance de faire converger les actifs liés à la connaissance.

Michel Renault rappelle ainsi l’affirmation de P. Dulbecco et P. Garrouste dans un article aujourd’hui si souvent cité [13] : « si les individus ne peuvent avoir une connaissance parfaite de ce qui détermine les actions des autres, la mise en compatibilité de ces actions devient alors un problème essentiel ».

Il ne saurait clairement y avoir mobilisation d’une connaissance dispersée sans que les divers acteurs ne partagent interprétations et significations : un environnement communicationnel commun ne saurait naturellement suffire sans réciprocité des perspectives et réciprocité des motivations capables de constituer des processus dynamiques et un véritable apprentissage où la grammaire sociale se trouve soumise à des processus interprétatifs permanents [14].

Dans ce sens, les institutions ont vocation à se transformer en dispositifs cognitifs collectifs.


[11]  Pour D. Llerena - déjà cité (note 7) -, « la coopération cognitive vise à favoriser la création de nouvelles connaissances individuelles par un ensemble d’interactions entre individus ».

[12] Dans le sens que donne évidemment à cette expression Pierre Lévy.

[13] P. Dulbecco et P. Garrouste, Structure de la production et structure de la connaissance, Revue Economique, Paris, 2000.

[14] On sa rappelle de l’importance de la démarche abductive mise en avant par les travaux de Peirce.Retour