L’ECONOMIE
DE LA CONNAISSANCE - 15 juillet 2004
Laura Garcia Vitoria,
Présidente d’ARENOTECH, Directeur scientifique du Programme « Villes
de la Connaissance » du Réseau européen des Villes Numériques et André
Jean Marc Loechel, Président du Réseau européen des Villes Numériques (suite)
III - Les communautés épistémiques et communautés de pratiques à la base d’un environnement économique basé sur la connaissance
De nouvelles formes de coordination intra-organisationnelles s’imposent en conséquence, dans la mesure où « tout un ensemble de courants d’origines très variées (stratégie, théorie évolutionniste, histoire industrielle, science des organisations) convergent pour proposer une vision de la firme comme processeur de connaissance » [7] et non plus tant comme processeur d’information. Dès lors, « l’apprentissage organisationnel se situe alors au cœur même des compétences de base de l’organisation » et « plusieurs courants récents de recherche ont permis d’offrir une analyse alternative de la connaissance comme laressource stratégique la plus importante pour la firme », dans la mesure surtout où ces nouvelles approches soulignent notamment « la dimension d’encastrement des connaissances dans des interactions spécifiques et dans des réseaux de relations personnelles ».
Or, cette dimension informelle et émergente, ce sont des communautés intensives en connaissances qui la traduisent le mieux, au travers des deux formes principales retenues par Morad Diani :
Ainsi toute ONG à l’avenir devra se constituer en communauté de pratique, mais aussi en communauté épistémique. De même en sera-t-il à l’évidence des acteurs territoriaux : ces deux types de communautés co-existent en tout cas dans tout type d’organisation innovatrice et toute communauté locale affichant des objectifs d’intelligence et d’attractivité territoriales sont condamnées très rapidement à le devenir.
La proximité cognitive, la capacité surtout à valider les connaissances en font une forme de coordination autonome face à toutes les hiérarchies. Une entreprise ou un ministère seront inexistants et condamnés à la plus totale des impuissances si elles ne s’ouvrent pas largement à des « myriades de communautés informelles interconnectées et complémentaires dans l’accumulation et la génération de la connaissance » et où la « confiance cognitive » - qui est d’abord une confiance calculatoire - joue un rôle essentiel au sein des processus mobilisés.
Le mode de coordination adopté par ces communautés au sein des organismes sera donc par essence décentralisé et sa nature pour l’essentiel spontanée.
La firme - ou l’entité territoriale - sera ainsi perçue non plus comme un nœud de contrats, mais bel et bien comme un faisceau de ressources et caractérisée non plus par une asymétrie informationnelle, mais bel et bien par une asymétrie cognitive. La logique économique n’y sera plus tant l’allocation de ressources que la création de ressources. Là réside en grande partie la future révolution des territoires.
Il faudrait ajouter que, pour ce qui est des think tank et des ONG, leur apport à ces communautés devra résider essentiellement dans la co-élaboration de véritables codebooks et de langages communs indispensables à une démarche réellement épistémique des acteurs de la gouvernance sociale.
Michel Renault [8] souligne quant à lui dans le cadre de cette analyse la nécessité d’une vraie approche cognitive des entreprises et entités publiques ou privées : « la compréhension des processus cognitifs à l’intérieur des firmes nous semble devoir être entreprise à partir d’une théorie de l’action appropriée », une approche qualifiée de transactionnelle ou communicationnelle.
Si « dans le cadre d’une économie fondée sur la connaissance, il est usuel de parler d’organisations apprenantes, produisant et utilisant de la connaissance, insérées dans des réseaux d’échanges de savoirs,…les approches traditionnelles des organisations ont assez largement négligé ces aspects en réduisant la connaissance à de l’information ». Et il est vrai que l’on ne peut être qu’abasourdi par la naïveté [9] de nombre de discoureurs dans le traitement qu’ils infligent aux questions liées à la connaissance, l’apprentissage et l’innovation [10].
[7] P. Cohendet et P. Llerena « La conception de la firme comme processeur de connaissances », Revue d’Economie Industrielle, Paris, 1999.
[8] Economiste et maître de conférences à l’Université de Rennes I.
[9] A l’instar de Michel Renault, on se reportera aux travaux de B. Nooteboom, en ce qui concerne notamment le concept d’embodied cognition.
[10] Espaces multimédia et surtout espaces numériques de travail ont ainsi fait l’objet au cours de ces dernières années de discours où l’inculture la plus grande côtoyait un manque évident d’expérience en matière de transmission de savoirs. Retour