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Ciclo de conferencias sobre la Sociedad de la información,
programa de actividades de "Canarias en Red" 2004 Comunidad autónoma de Canarias Cámara de Comercio de
Canarias, Las Palmas de Gran Canaria Laura García Vitoria, Innovation et identité
: vers une société de la connaissance
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Tel est le triptyque figurant sur lacte de naissance dune ville ou dun territoire numérique.
Mais avant que dévoquer - ce qui sera le point central de ma présentation daujourdhui, à savoir des programmes de collectivités territoriales qui entendent mettre en uvre les axes précédemment évoqués -, prenons - au travers du suivi dun certain nombre de projets par notre Club dAnalyses Prospectives - le recul que nous autorisent de récentes expérimentations en Angleterre, en Italie et en Espagne.
Introduction : lannotation de lespace : une réalité pour demain, une métaphore pour aujourdhui.
Les espaces intelligents qui se créent autour de nous au travers notamment des technologies sans fil et qui nous offrent une sorte dInternet ambiant décliné à léchelle de la Cité qui se transforme en ville de la radio-fréquence et des réseaux omni-présents. Une ville amplifiée en quelque sorte par lintrusion despaces informationnels devenus non quantifiables.
Nous avons ainsi eu loccasion de mettre récemment laccent tout particulièrement sur des expériences permettant à tous ceux qui fréquentent un espace urbain dannoter leur environnement, de lui conférer un sens personnalisé, se transformer en auteur en se servant de cet environnement, de se voir auteurs et de vouloir et dêtre au départ dun processus de construction de connaissances. Bref de rechercher et de fournir informations et renseignements.
Un réseau de réflexion qui développe aujourdhui un important programme de recherche autour des développements potentiels des matrices sociales - Proboscis - est parti de lidée de ce que des technologies sans fil pouvaient créer en matière de géographie sonore urbaine. Il sagit au fond de cartographier lexpérience que font au quotidien ceux qui parcourent une ville et qui cherchent à établir un lien entre ce quils font au quotidien - dans leur travail économique, politique, culturel - et ce qui se passe, se pense, se commente autour deux. Senrichir et enrichir ce que pensent et savent ceux quils côtoient de ce quils croient savoir et penser eux-mêmes. Ce sont en fait des géographies sonores que Proboscis expérimente.
Le projet Urban Tapestries permet ainsi de créer un nouveau paysage urbain : il nous rend tout à la fois archéologues de nos environnements, mais aussi contributeurs à leur développement, en ouvrant des espaces denquête dans lépaisseur des expériences de la ville.
Le projet permet aux usagers dannoter leur propre ville virtuelle, permettant à la mémoire collective de la communauté dans laquelle ils se trouvent de croître quasi-organiquement, en permettant aux citoyens ordinaires denchâsser un savoir social dans le nouveau paysage sans fil de la cité.
Les usagers doivent pouvoir ajouter de nouveaux emplacements, des contenus pour ces emplacements et « enfiler » en quelque sorte les emplacements individuels à des contextes locaux par des dispositifs mobiles. Lusager doit être capable de sélectionner de tels « enfilements » (historiques, sociaux ) ou au contraire de se laisser conduire: il reçoit alors une carte des espaces qui se trouvent associés avec eux : ils peuvent la prendre comme guide ou au contraire demander au système de les prévenir dès quils passent près dun de ces espaces. Il sagit là dune sorte de performance de la mémoire collective
La ville au quotidien démultiplie ainsi les publications sur elle-même : des technologies nous permettent ainsi en tout cas de réarticuler ce qui pourra être écrite sur elle. Un outil précieux pour changer limage dune ville ? Reconfigurer aussi nos mémoires, autant personnelles que collectives et prendre peut-être la main sur elles...
Chacun limagine : en rendant invisibles des composantes spatio-temporelles, le risque existe de rendre invisible encore davantage le rapport au pouvoir et son contrôle.
Il y a vingt ans très exactement, Michel de Certeau avait analysé les pratiques spatiales sans imaginer néanmoins combien celles-ci pourraient changer notre « quotidien informationnel ». Les outils aujourdhui à notre disposition complètent et enrichissent nos perceptions spatio-temporelles de la ville : le projet Amble du Media Lab Europe ajoute les connotations temporelles à la carte urbaine qui se trouve sur votre PDA : la carte nous dit en quelque sorte le temps à parcourir.
De nombreuses applications semblables ont été expérimentées récemment.
Avec Sonic City, un projet suédois de lInstitut Victoria, nous traduisons en musique lespace que nous parcourons, donnant ainsi à découvrir ou à penser tout ce qui le structure. Le nomadisme urbain se fait ainsi sonore, rythme et expérience corporelle démultipliée. Processus fort de personnalisation de la ville. Le projet Tejp développé par le même institut nous permet de laisser, anonymement ou non, des tags musicaux : création de communautés locales, gestion de nouveaux types de relation sociale.
Nous pouvons là encore attacher à un espace donné le volume dune communication mobile. Ce qui nous apparaissait familier et connu dans lespace urbain peut nous livrer ainsi des sensations nouvelles, étranges peut-être, beaucoup dinterrogations certainement et en tout cas une démultiplication des facteurs de curiosité et des occasions de connaître, regarder, questionner autrement, révéler largement ce quil nous semblait pourtant connaître. Ce qui ne nous appartient pas peut être personnalisé.
Texting Glances est de son côté un projet développé par le Trinity College de lUniversité de Dublin. Le projet permet de nouvelles formes de construction de la mémoire dun lieu, espace de transport ou lieu dattente. Construction, à léchelle de lespace dune ville, en plusieurs points mis en réseaux, au travers de textes et dimages, dune véritable mémoire collective. En évoquant de tels processus, comment ne pas avoir une pensée émue pour les archivistes du futur et les historiens de la ville. Ah, si les médiévistes disposaient dun tel matériau. On imagine les scènes le long des processions ou sur les marchés du Moyen Age. On ressent lirrépressible envie de réécrire lhistoire urbaine des siècles passés en mettant rétrospectivement entre les mains des acteurs de tels outils. Mais avec la masse de traces que nous sommes amenés à ainsi laisser, serons-nous pour autant mieux connus. Le doute est permis.
Mais cela nous met en tout cas de réfléchir sur la mutation de la perception de lespace et du temps à luvre sous nos yeux : problématiser nous semble en tout cas être une réelle urgence dans un domaine comme le nôtre , avec le développement de nouvelles temporalités, celle de lattente par exemple, ou encore et surtout la construction dinfrastructures invisibles. Une sorte darchéologie à lenvers où creusons métaphoriquement un espace pour y placer contributions et annotations, ce que développent dailleurs dautres projets encore tels que Glitch.
I - Pôles de compétence et réseaux dexcellence.
Au travers de nos séminaires rassemblant les acteurs territoriaux, cest tout un nouveau champ culturel dont nous avons à observer aujourdhui la genèse et dont nous pouvons commencer à estimer limpact dans la constitution de véritables territoires numériques. Il sagit du rôle nouveau des facteurs culturels sur les chantiers économiques de la globalisation et de lactuel développement dune nouvelle approche territoriale au travers de la constitution de pôles de compétence territoriaux.
Les polarités économiques et autres effets dagglomération constituent aujourdhui lune des composantes de la nouvelle géographie économique qui naît sous nos yeux. Celles-ci sinscrivent en effet dans une forte recomposition du système productif global où la place des vecteurs culturels savère prédominante au point de surprendre certains acteurs de la vie intellectuelle et des divers domaines de la création. Louverture de nouveaux espaces économiques coïncident notamment de la sorte avec celle de nouveaux lieux culturels. Des mécanismes dagencement géo-économique sous forme de nouveaux pôles de compétence sont en effet également repérables à léchelle des territoires, avec de nouveaux points dancrage culturels.
Les économistes soulignent aujourdhui combien ces « effets dagglomération », qui poussent à la concentration des firmes dun même secteur sur quelques « sites », jouent un rôle de plus en plus important, avec un jeu des nouveau dexternalités de nature multiple : ce phénomène place en tout cas la production de savoirs au centre des facteurs déterminants de localisation économique. Les métropoles sont ainsi clairement amenées à (re)devenir de « grandes usines à savoir » [1], où, bien davantage encore, les méta-savoirs (ceux qui permettent de juger, attribuer et noter le savoir [2]) constitueront le principal facteur de pouvoir. Tel est le terrain sur lequel il nous apparaît essentiel danalyser le développement de villes et territoires numériques, ceci au travers par exemple du phénomène des « territoires apprenants » [3], autrement dit - de manière plus large - dans la gestion territoriale des activités de recherche et développement.
Linteraction quasi-systémique entre technologies et identités qui sopère sur ce terrain est souvent difficile à appréhender du fait de la multiplicité des vecteurs en jeu dans la prime considérable ainsi accordée à linvestissement immatériel, même si de fait ce sont clairement dabord et avant tout les équipements générateurs dun haut degré didentité qui constituent la contribution majeure des infotechnologies à lintégration des territoires métropolitains.
Ce qui veut dire concrètement (au-delà même de la cartographie des flux de données qui constitueront clairement la géographie des villes et territoires numériques à lhorizon 2008 - 2010) limportance dans les processus dattractivité des métropoles des nouveaux lieux de création [4], des résidences dartistes et des plate-formes déchanges [5], des laboratoires didées [6] et dexploration de nouvelles formes dexpression [7].
Si, dans la constitution de ces polarités, la trilogie chercheurs / entrepreneurs / investisseurs savère naturellement fondamentale, les analyses de terrain montrent quelle ne suffit évidemment pas. Dans notre approche métropolitaine des nouveaux pôles de compétence, il convient donc de se garder par exemple dune prise en compte systématique, en tant que tels, des pépinières et lieux dincubation. Non pas quil ne faille les prendre en compte et disposer dune typologie des méthodes mises en uvre pour leur développement - cétait là bien au contraire lun de nos objets premiers [8] -. Mais parce que cela ne saurait en aucun cas suffire, sil nest pas tenu compte au plus haut point notamment de la création et de la gestion consciente de leur environnement proche et lointain[9], de la genèse de véritables espaces « dexcitation neuronale » [10].
On sait aussi que de manière générale la métropolisation territoriale, essentielle dans létablissement dun vrai diagnostic sur lavenir des régions, renvoie très largement à la prise en compte de nouveaux paramètres pour les territoires tels que la gouvernance, les réseaux et lémergence de nouvelles hiérarchies sociales et des sociétés informationnelles. Les nouvelles logiques induites se situent naturellement au niveau des enjeux de planification et daménagement spatial, mais aussi à de nouvelles formes de concurrence entre les territoires [11].
Les processus daccompagnement sont, en ces cas comme en dautres, essentiels. Il est ainsi intéressant de noter les nouveaux objectifs des agences de valorisation de la recherche consistant à susciter lémergence de « Silicon Valley » en entourant un certain nombre de grandes entreprises dun tissu de petites entreprises [12], même si la construction de « pôles régionaux de spécialité », au-delà des grappes dentreprises, requièrent, on la vu, bien dautres ingrédients, dont beaucoup sont de fait attachés à lexistence daires métropolitaines véritables, « tissus conjonctifs » économiques [13] en puissance.
Il sagit très clairement aujourdhui de considérer le savoir comme un véritable instrument de polarisation spatiale et la gestion de sa transmission comme facteur daménagement territorial : la carte qui accompagne « laudit de la France» réalisé il y a peu par un journal français est ainsi tout naturellement celle des principales implantations universitaires [14]. Cest là aussi le rôle quil convient despérer que les lieux daccès aux réseaux et à leurs contenus pourront à lavenir sapproprier.
Le facteur K [15] des modèles de croissance endogène hérités de la littérature économique des quinze dernières années constitue ainsi dans les métropoles européennes la force de polarisation par excellence qui fait en sorte que « les externalités liées au savoir sopèrent à loccasion de contacts et dinteractions qui peuvent être virtuels, mais sont le plus souvent physiques » [16] et que les lieux de création et dinnovation peuvent « acquérir un dynamisme très fort en se nourrissant justement de ces externalités dans lutilisation du savoir ».
Même si la mise en réseau de métropoles souffre encore à cet égard de concurrences séculaires, que ce soit dans la mise en uvre de savoirs faire marchands ou dans léchange potentiel de connaissances savantes, la portée symbolique des nouvelles localisations sur leur territoire tient-elle aujourdhui de lévidence : la polarisation médiatico-culturelle et créative constituera à lévidence larme économique majeure des métropoles européennes dans les années à venir.
Mais si lidentité et toutes les composantes du genius loci attirent et polarisent les activités économiques liées notamment (mais non pas du tout exclusivement) aux hautes technologies, le champ de lindustrie liée aux médias et à la connaissance - dont ces activités font partie ou avec laquelle elles sont en relation plus ou moins étroite - façonne à son tour un complément didentité culturelle dont elle continue en quelque sorte lélaboration séculaire.
Le cercle vertueux de ces nouveaux horizons économiques et culturels se clôt de la sorte: cest là incontestablement la grande chance des villes numériques, grâce également à la création de systèmes régionaux de recherche et dinnovation.
Il ne fait en tout cas plus guère de doute aujourdhui [17] que le regroupement sur un même site d'un grand nombre de moteurs de linnovation (universités, organismes de R&D, multinationales, petites entreprises dynamiques ou laboratoires de recherche publics) facilite la création dune structure de type « cluster » et permet très vite den récolter les fruits. A cette fin, nombreuses sont les régions qui se trouvent amenées à élaborer dimportants programmes dans le but détendre et de renforcer la coopération et les interactions entre la recherche publique, la vie culturelle et scientifique et la communauté des entreprises. Il sagit par ces stratégies dencourager et de soutenir les synergies entre les activités de recherche existantes dans les régions [18].
Pour cela, tous les acteurs locaux doivent être intégrés dans la stratégie régionale, à savoir les autorités régionales, le secteur privé, le domaine des institutions culturelles et scientifiques [19], ainsi que les partenaires sociaux et la société civile. Tel est incontestablement lenjeu des nouvelles formes de gouvernance locale que requiert une communauté numérique.
Dans ce contexte, il manque notamment une vraie réflexion de la part des acteurs culturels sur les processus dinnovation et lattractivité des territoires. Cest là lune des tâches que le Réseau européen des Villes Numériques sest donnée au travers même de son positionnement et de ses préconisations.
Pour conclure, il nous paraît important de souligner combien le concept de ville numérique évolue aujourdhui, une décennie après sa naissance, vers une seconde étape. Non bien sûr que tout soit réglé, bien loin de là, en termes dinfrastructure et de débit, voire dinclusion - numérique certes, mais surtout culturelle -. Cette seconde étape sera celle de la gestion territoriale des savoirs. On aura beau lui coller tous les labels possibles, sans synergie avec le tissu économique local et surtout avec les institutions denseignement et de recherche, il sera bien difficile denvisager des sites web pertinents pour les collectivités et de manière générale une stratégie cohérente de services en ligne.
Et là, plus question de rhétorique : la citoyenneté de demain sera celle de la connaissance et de lexpertise vraie, de la confrontation des horizons culturels et des savoirs partagés entre laboratoires et entreprises innovantes certes, mais aussi au travers des connaissances et des réflexions de chacun. Le quartier et la ville, dans cette nouvelle étape aujourdhui amorcée, seront dabord et avant tout les territoires de la compétitivité et de lattractivité.
Une attractivité issue dabord de la gestion de son identité culturelle, issue aussi et surtout de la boîte à outil collective de linnovation que les élus auront pour mission première de veiller à constituer avec lapport de tous.
La ville comme laboratoire numérique, véritable city - lab, nous sera bien nécessaire pour anticiper le moment où léconomie classique ne fera appel à guère plus de 5% de la population active. Aussi linnovation culturelle, économique et sociale doit-elle devenir le fait de tous : mais cela ne sera possible que lorsque, nous lavons souvent dit, chaque municipalité et chaque territoire auront leur portail de la formation et que chaque collectivité disposera dune réelle stratégie en matière de construction dune ville de la connaissance.
Cest dabord donc à cela quil nous faudra aider les collectivités, afin quelles aient la visibilité nécessaire pour mettre à disposition de chacun les outils nécessaires pour y contribuer. Telle est la démarche majeure quil nous faut aujourdhui construire ensemble.
II - « Las ciudades del conocimiento »
Nombreuses sont aujourdhui les collectivités territoriales qui ont récemment développé des programmes de villes de la connaissance.
Au cur dune telle démarche visant à créer de nouveaux rapports entre savoirs et territoires, les préoccupations que nous rencontrons sont nombreuses: développement de lintelligence économique et de lattractivité territoriale, réflexion - à linverse - sur les potentielles mutualisations de savoirs-faire permettant déviter la délocalisation de certaines activités - ceci aussi bien sur les continents européen quaméricain - et bien évidemment mise en place de processus dinnovation - technologique tout autant que sociétale -. De manière générale en effet, un tel regard prospectif sur lavenir de nos collectivités savère indispensable à lheure où nos sociétés et nos villes ont pris lhabitude de décliner au futur leur propre présent - voire leur quotidien - et ce au travers notamment de portails de formation de toutes sortes et de processus multiples de partage de savoirs.
Or, pour que de telles démarches puissent se développer, il est une condition majeure à remplir qui réside dans une vraie gestion de lidentité territoriale. Sans la prise en compte des horizons culturels qui sont ceux de nos territoires, la plupart des programmes de villes numériques et villes de la connaissance seraient clairement voués à léchec : il ne sagit là en rien dune vision par trop « intellectuelle » de leur développement dans la mesure où, bien au contraire, la mise en exergue de la mémoire portée par les collectivités rencontre dincontestables intérêts économiques au travers du développement par exemple de musées virtuels et dune mise en ligne des référents patrimoniaux, gages notamment de nouvelles formes de tourisme de la mémoire. En outre, au-delà même des programmes prospectifs et de la mise en place de stratégies identitaires pour le développement territorial, une telle démarche permet bien souvent la création de petites entreprises innovantes et une réflexion technologique non négligeable dans le domaine de la formation des divers acteurs.
Est essentielle lidée que prospective technologique et gestion de lidentité vont de pair et quil est tout à fait essentiel pour les acteurs locaux, économiques, éducatifs et culturels de les conjuguer simultanément dans lélaboration des stratégies de développement de territoires numériques et des villes de la connaissance : le suivi de la plupart des projets et réalisations ibériques, mais aussi européennes en la matière nous montre en effet quil sagit là dune spécificité majeure de léconomie numérique. Une stratégie de e-services particulièrement volontaire et surtout efficace est donc dabord le fait notamment de collectivités qui visent un tel statut de villes apprenantes et où la stratégie municipale veille à une formation susceptible de compléter ses atouts de compétitivité.
Une telle sémantique omni-présente de la « société de la connaissance » se trouve clairement aux antipodes des rhétoriques politiciennes traditionnelles et elle vaut donc la peine que nous la suivions de près et que nous laccompagnions de nos analyses et préconisations. Dans lapproche que nous proposons présentement, nous évoquerons dabord lexemple des villes ibériques qui ont su très tôt développer de tels programmes.
Sil y a un plan stratégique dune collectivité à suivre - du point de vue qui est le nôtre ici -, cest bien celui de Burgos. Annoncé lan dernier, il vise à faire de la ville en 2015 une cité de la connaissance, ce en sappuyant notamment sur le développement dun parc technologique. Cest un peu dailleurs la même direction quentend prendre le plan Bilbao 2010 (avec le programme dapprentissage tout au long de la vie mené par la municipalité et surtout la création à Zorrozaurre dun espace dimplantation dactivités permettant lutilisation de services avancés, future ville à part entière dune « ville de linnovation et de la connaissance ». De même en est-il du programme « Coruna, ciudad del conocimiento », où peut-être la dimension de ladministration électronique locale de la ville de La Corogne se veut plus précise.
« Séville 2010 » - qui se définit elle aussi « ville de linnovation et de la connaissance » sest fixée des horizons encore plus larges : son centre historique a ainsi pour vocation de devenir dès 2004 un « quartier de la nouvelle économie de la connaissance ». Une restauration dune quinzaine dédifices doit notamment héberger « les activités spécifiques dune économie de la connaissance » : il nous sera difficile de ne pas organiser un colloque comme celui de Bahia à Séville lan prochain
Cest la même insistance encore que lon note à Huelva qui entend se convertir en « cité du savoir, cité de la connaissance ». A Saragosse, à travers le programme « Zaragoz@ccessible » qui veut développer une « ciudad del conocimiento ». Ou encore à Sabadell, près de Barcelone, au travers de son « plan pour la société de linformation et de la connaissance » : la municipalité a ainsi crée une « Fondation des industries de linformation » pour mette en place des formations liées aux infotechnologies et capable de former les entrepreneurs de demain ; ceci parallèlement à lInstitut détudes et de recherche appliquée qui développe des fonctionnalités dobservatoire et de développement de projets innovants. Le plan « Sabadell 2010 » souligne que la ville numérique quelle entend être viser la formation et la compétitivité territoriale.
« eDonosti.net » sinsère dans le cadre du projet Urban dans lequel la cité de San Sebastian est engagée. Sappuyant comme tant dautre sur la gestion de son identité et de son inscription patrimoniale, la collectivité sy décrit en termes prospectifs de ville de la créativité et de linnovation ..
Elche propose une dimension particulièrement intéressante dans sa réflexion stratégique : elle conçoit le champ de le-administration comme « instrument de gestion du changement de modèle urbain », une approche que nous entendons suivre plus particulièrement dans les années qui viennent.
Getafe, dans la région de Madrid, souhaite quant à elle, viser une situation de réelle compétitivité territoriale, avec par exemple un plan de qualité pour la gestion municipale. Grenade voit lInstitut municipal de formation sappuyer tout particulièrement sur un centre des nouvelles technologies. Jerez de la Frontera, près de Cadix, a crée dans le même esprit une bourse virtuelle du travail, mais également un amphi virtuel de téléformation. « Leon Ciudad Digital » porte de la même manière laccent sur les questions de formation.
Former, former encore constitue ainsi un leitmotiv pour les collectivités territoriales en Espagne avec les initiatives de Burgos Ciudad XXI, prévoyant des cours de formation pour les jeunes en difficulté et leur permettre daccéder aux infotechnologies, des cours de formation aussi pour lensemble du personnel municipal. Les stratégies d « integracion sociolaboral » seront également à suivre dans le cadre dun programme tel que « Ciudad Real : Ciudad empressarial virtual ». On se reportera à la liste des exemples sélectionnés dans le cadre de lannexe fournie à la fin de la présente synthèse.
Dans le cas de Barcelone, cest également, au-delà des ambitions économiques qui caractérisent la ville - la dimension culturelle quil convient de relever tout dabord dans lobjectif que sest clairement fixée la capitale catalane : faire de la ville dici 2010 lun des hauts lieux de convergence des flux dune nouvelle culture numérique et y assurer un « accès intelligent » pour tous qui y vivent et y travaillent. La transmission dune information qui puisse se présenter réellement sous une forme interactive constitue de même lun des objectifs majeurs du plan stratégique de Barcelone Métropole. Les objectifs quelle sétait donné pour 2005 en la matière ne souffraient guère dambiguïté : « Barcelone, est-il en effet écrit dans le troisième plan stratégique, doit sidentifier comme un territoire dinnovation constante ».
Est évoquée la « Ciudad del Conocimiento al alcance de los ciudadanos, y capital de sectores de nuevas actividades y de servicios en un marco de eficiencia y calidad ». On y rencontre donc certes les nécessités de lalphabétisation digitale et de la connexion électronique pour tous, mais aussi et surtout un plan de recherche en partenariat avec les universités pour renforcer la création dune société locale de la connaissance, lélaboration doutils destinés au suivi dune telle construction territoriale et même la création dun « diseno urbano » basé sur les infotechnologies.
Le transfert de technologie est naturellement omniprésent, ceci au travers de la création de centres adéquats permettant la création dentreprises à partir de technologies innovantes et surtout le soutien de projets permettant de créer des usages applicatifs à partir des laboratoires de recherche : cest la raison dêtre par exemple du plan Barcelona biomedica. Le programme « Barcelone numérique » sest également donné pour objectifs - entre bien dautres - la création de centres commerciaux virtuels (nimaginant dailleurs pas quune grande ville ne puisse se fixer à elle-même un tel défi) et la possibilité dune manière générale de faciliter les infrastructures de connexion et surtout construire une administration numérique quasi-systémique afin de mettre à disposition de tous les acteurs du développement urbain et, au-delà, de lensemble de la population - avant même les services électroniques - linformation la plus exhaustive possible.
Gestion de lidentité catalane dune part - au travers par exemple cette année de lorganisation du Forum mondial de la culture -, mise à disposition de tous dune visibilité maximale sur toutes les possibilités de la ville en matière de compétitivité innovante dautre part : deux ingrédients majeurs qui, on la vu lors de notre journée européenne de Logroño, permettent de caractériser le concept même de ville numérique.
De nombreuses collectivités en Europe et en Amérique latine notamment ont adopté de tels programmes. Mais au-delà - et cest dores et déjà le cas pour ce qui est dun certain nombre de pays méditerranéens -, ce sont des espaces régionaux et interrégionaux de connaissances quil convient de créer pour faciliter transferts technologiques et mutualisation doutils. Il sagit ainsi de se situer par rapport à laction de réseaux tels que ceux construits par des « quartiers apprenants » qui aujourdhui permettent à de nombreuses collectivités européennes de travailler et de réfléchir ensemble dans ces domaines. Villes intelligentes, cités-savoir, quartiers apprenants, peu importe au fond la sémantique utilisée et les modalités de mise en uvre de tels objectifs. Pour le marché local du travail, les relations entre les entreprises et les lieux de recherche, lessentiel réside dans une gestion de lintelligence collective territoriale.
Les collectivités territoriales ont en effet aujourdhui besoin de laboratoires communs pour imaginer les outils qui leur permettront interactivité et fonctionnement en réseau. Le concept de laboratoire numérique territorial que nous avons développé récemment place cette question au cur même de tous les dispositifs dont le point commun réside de toute manière dans la création et la circulation des connaissances.
Grâce à une telle démarche, aux antipodes pourtant du concept anglo-saxon de villes intelligentes, certaines villes méditerranéennes comme Valence constituent ainsi à ce jour de vrais modèles dans le monde des entreprises, au point que limpact des infotechnologies y est susceptible de permettre le respect des différences et de la diversité, avec notamment un lien fort entre lidentité du territoire et les implantations économiques.
Et la création locale de contenus culturels en constitue naturellement un vecteur majeur : dans la mesure où seules des technologies innovantes sont susceptibles de remettre à la disposition de chacun un tel matériau identitaire, une telle démarche doit rendre possible les échanges de compétences et de savoirs, se faisant ainsi vecteur de coopération et de contribution au développement. Un tel processus a été largement évoqué récemment par la Déclaration de Logroño du 12 mai 2003.
Il ne saurait en effet y avoir création de contenus sans la mise en place évoquée dactions dapprentissage collectif et de gestion de savoirs à une échelle plus large : il ne sert à rien dobserver et relever certaines pratiques et de sélectionner des possibilités technologiques dans le cadre de laccompagnement dune collectivité si nest pas assuré un vrai cadre collaboratif dun « KM territorial » reposant sur des dispositifs dapprentissage collectif tels que ceux évoqués plus haut.
III - La gestion de lidentité, condition première des processus dinnovation.
A loccasion des présentations que nous avons récemment faites à Beyrouth ou encore à Sarajevo notamment, nous avons tenu tout particulièrement à mettre laccent sur limportance pour toutes les collectivités territoriales de se réapproprier avant tout leur propre identité. Nous souhaitons très rapidement souligner limportance dune telle démarche : sil nest point de ville numérique sans programme de ville de la connaissance et de capitalisation de savoirs et de savoirs-faire, il ne saurait y avoir dinnovation technologique ni processus de co-intelligence territoriale sans prise en compte de lidentité dune collectivité.
Cette approche globale nous semble dautant plus importante quà la suite du projet MOSAIC de la Commission européenne, nous nous sommes proposés de nous attacher au développement de véritables stratégies non seulement en matière de mise en ligne et de promotion patrimoniale, mais également de valorisation de cette démarche en termes de développement dobjet de connaissances susceptibles daider à la constitution de vrais repères en termes didentité locale.
Le patrimoine et lensemble des vecteurs de lidentité dun territoire figurent aujourdhui, aux côtés notamment des externalités productrices dinnovation technologique, parmi les facteurs les plus importants de limage dune collectivité.
Sa mise en ligne et la réflexion sur de nouvelles formes de contenus culturels constitue un vecteur important de la création de milieux innovants et il est important que les élus territoriaux suivent de très près tout ce qui peut conforter la genèse de tels milieux.
Parmi les conséquences de mutations technologiques fortes, on sait que figure toujours la nécessaire inscription culturelle de linnovation économique territoriale : un état des lieux des meilleures pratiques et toutes nos analyses démontrent combien il est vain despérer des processus dinnovation technologique territoriale sur le long terme si ne se trouvaient pas développées de véritables stratégies de contextualisation, voire de recontextualisation identitaire.
Une telle dialectique de lidentité et de linnovation constitue par là même, à juste titre, le cur des préoccupations dun grand nombre dacteurs : les processus régionaux dinnovation devant constamment se réinventer eux-mêmes, seule une telle inscription culturelle peut en effet fournir un terreau suffisamment riche pour générer de nouvelles approches. Ce rapport des processus dinnovation et des mécanismes identitaires est au coeur du développement des réseaux et dune diffusion des savoirs qui, on la dit, est la condition même de la création dun milieu innovant. Le patrimoine virtuel et les référents identitaires régionaux sont amenés à devenir ainsi non seulement le domaine par excellence des paris technologiques, mais également lillustration par excellence des enjeux dune véritable gestion des connaissances et de leur partage.
La stratégie culturelle et économique ainsi formulée permet également, tout naturellement, la création de liens entre compétences à léchelle de la région, mais aussi entre pôles de compétences. Ceci pour le secteur privé certes, mais également pour les administrations publiques.
Les nouveaux rapports des territoires aux savoirs sont en effet présents tant au niveau de laménagement numérique des territoires quau niveau de la volonté des collectivités de se ré-emparer de la gestion des activités de formation et den faire une arme dans les stratégies dattractivité des villes et régions, qui sont dabord et avant tout , naturellement, des démarches dapprentissage et de rencontre, du regard de soi et de lautre, permettant dans le domaine touristique par exemple dinciter les visiteurs à dautres forme de visite et dinviter à un vrai développement économique basé sur la mémoire.
Quil sagisse ainsi de la perception visuelle ou encore sensitive, quils sagisse des cheminements de découverte ou du développement des capacités de mémorisation et de navigation dans les univers de savoirs, quil sagisse enfin de leur structuration et de la constitution des champs de connaissance, lenjeu majeur est celui de notre intelligence émotionnelle et de nos capacités à nous ouvrir à tout ce qui, dans nos héritages, peut transcender nos actions et nos existences.
Cest ce à quoi bien des collectivités commencent à sattacher : lapproche dun passé collectif comme vecteur de compréhension et de collaboration. Et cest en cela même quil nous apparaît comme symbolique des démarches qui doivent être aujourdhui celles de tous les acteurs mêmes de la transmission des savoirs. A savoir vous tous.
Conclusion
Les territoires, vraies instances de décision en matière dadministration électronique : un défi culturel qui reste à relever.
Dans la récente étude « Liderazgo en el área del gobierno electrónico », étude menée par Accenture, ont été évaluées les pratiques en matière de développement de ladministration électronique de vingt-deux pays en Europe, Asie et Amérique du Nord : lEspagne y occupe le quatorzième rang. Le premier enseignement dune telle analyse nous permet de nous interroger, de même dailleurs quun autre rapport, français celui-là, intitulé « LHyper République », sur son impact réel dans le domaine économique et social. A dire vrai, il conviendra dattendre le développement des programmes évoqués pour que lutilisation des infotechnologies puisse être une réelle traduction dune nouvelle forme de gouvernance des territoires qui seront des territoires de la connaissance.
Si lapproche canadienne par exemple - la plus mature, on le sait - vise à la transformation même des services, celle observé en Espagne vise pour linstant surtout à la mise à disposition dun maximum de services en un minimum de temps : le plan qui vient dêtre récemment présenté rend ainsi les divers organismes publics directement responsables en matière doffre électronique de leurs services. Cest donc à la base, dans les administrations et à léchelle des territoires que se place lessentiel de la réflexion, sans quil ne soit nécessaire de recourir pour cela à une agence nationale ou à de vielles pratiques étatiques daccompagnement. Et pour quà léchelle des villes et régions soient imaginés et finalités les nouveaux services attendus, ce ne sont pas tant de nouveaux outils quil nous faut attendre dapproches culturelles telles que celles évoquées ici.
Pour ce qui est de la normativisation des initiatives, lANEI (lassociation nationale des entreprises oeuvrant dans le domaine de lInternet) et lAENOR (léquivalent ibérique de lAFNOR) ont crée, on le sait, un comité qui entend placer les villes à lavant garde des initiatives en la matière. Ce comité en effet inclut en tout premier lieu les représentants des villes les plus engagées en matière dinitiatives numériques (Madrid, Barcelone, Valence, Salamanque, Cuenca, Zamora, Candás (Asturies), Bañolas (Gérone) ou Jun (Grenade) notamment). Le panorama des collectivités les plus engagées en Espagne dans le domaine de ladministration électronique que nous avons eu loccasion de dresser est à votre disposition.
Même si ladministration centrale est néanmoins bien évidemment présente, la réflexion sur les normes, on les attend dabord des collectivités territoriales, et non linverse. Des groupes spécialisés par champs daction (télémédecine, téléformation, télétravail, télédémocratie ) ont ainsi déjà accompli un travail de tout premier ordre qui constitue peut-être lune des initiatives espagnoles en matière dadministration électronique les plus intéressantes à prendre en compte. Le résultat de ces travaux sera dailleurs publié très prochainement, de même qua été édité un manuel à lattention des maires dont le nom ne peut que constituer tout un symbole : Manual de Alcaldes para la Implantación de Ciudades Digitales.
La boucle est bouclée. Je vous remercie de votre méritoire attention.
[18] Les universités et leurs réseaux dinstitutions culturelles forment ainsi des noeuds de recherche régionaux et des partenariats d'innovation, qui revêtent des formes différentes, allant des liens fructueux avec la communauté locale des PME à des approches plus larges dans un contexte régional. Le consortium européen des universités innovantes (European Consortium of Innovative Universities) (ECIU) constitue un exemple d'interrelation positive naissante entre les universités et leur « hinterland ». Fondé en 1996 par l'Université de Twente (Pays-Bas), il comprend à présent des universités les plus innovantes et les plus entreprenantes d'Europe : son objectif consiste à mettre en place des interactions dynamiques avec le milieu environnant dans les domaines de l'éducation, de la recherche, du transfert de technologie de l'information, de l'éducation permanente, du développement régional et de divers services.
Les entreprises, que ce soit dans le cadre de leurs opérations courantes ou de leurs centres de R&D, apportent aussi une expérience à ces partenariats, notamment dans le domaine du développement technologique ou de la gestion des droits de propriété intellectuelle (DPI).
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