
Gestion
des savoirs, partage de connaissances
Atelier
ARENOTECH formé de deux tables rondes de 1h30
Sous la direction de Laura Loechel (ARENOTECH EUROPE)
Cité des
Sciences et de l’Industrie
Paris le 29 MARS 2000
Rèsumé de l'atelier
Les débats sont animés par Laura Garcia Vitoria-Loechel, Présidente de Arenotech-Europe.
Laura LOECHEL
Aujourd’hui, la connaissance est devenue une denrée plus rare que le capital. Ce rapport entre l’économie est la connaissance est au cœur de la mondialisation. En effet, la manière dont une entreprise gère son capital intellectuel est devenue une donnée fondamentale pour obtenir un avantage concurrentiel. Les différents intervenants qui vont se succéder vont donc nous démontrer de quelle façon le savoir doit se gérer.
Le débat sur la gestion des connaissances n’est pas nouveau. Il est toutefois d’une acuité plus forte actuellement parce que nous passons d’une économie de la transaction marchande à une économie d’information et de partage des connaissances. Nous savons nous repérer sur l’espace marchand, mais il n’en est pas de même en ce qui concerne l’espace de la connaissance. Nous savons juste que la donnée essentielle de ce nouvel espace repose sur l’individu lui-même. La question essentielle qui se pose désormais à nous est de savoir de quelle manière peut-on rendre des personnes plus à même d’apprendre, d’innover, de partager.
Jean Marc BLANCHERIE
En introduction, je tiens à préciser que le terme de gestion des connaissances est impropre : la connaissance ne peut se gérer, car la logique de gestion ne met pas l’individu au centre de sa problématique. Je préfère donc le terme de management, qui souligne mieux le fait que nous soyons maintenant situés dans de nouvelles perspectives. De même, nous devons remarquer que la notion de partage va à l’encontre de la culture des entreprises, telle que nous la connaissons.
La connaissance n’est pas l’information : nous passons d’une société médiatique à une société qui prend véritablement en compte l’importance de la connaissance. Nous passons d’une vision quantitative à une vision qualitative dans laquelle les aspects humains ont une importance centrale.
La connaissance suppose qu’il existe une contextualisation des informations, afin que cette information devienne véritablement utile. La connaissance est une dynamique de création de sens, contrairement aux informations qui peuvent être traitées de manières diverses, sans subir la moindre interprétation, pourtant nécessaire. Parler de connaissance, c’est faire appel à une création de sens.
De nombreuses habitudes sont bouleversées par cette nouvelle donne. Nous devons travailler en équipe et ne plus vivre sur des acquis. De plus, la création de nouveaux concepts suppose que nous sachions dés-apprendre. Etre innovant, cela signifie en effet savoir créer une nouvelle réalité.
Nous n’avons plus d’obstacles technologiques au partage des connaissances. Les nouvelles technologies rendent celle-ci facile. L’existence ou non de ce partage des connaissances ne dépend plus que de choix manageriaux , de volonté et de décision politique. De plus, une organisation ne peut plus se transformer que si elle réussi à apprendre.
La connaissance est désormais la ressource nécessaire de toute activité. En effet, nous sommes entrés dans une économie immatérielle. Le principal capital d’une entreprise est un capital immatériel. La connaissance est le facteur clé de la dynamique économique d’une entreprise orientée vers les clients. Le secteur public lui-même doit considérer la connaissance comme étant une ressource principale.
La notion de partage implique que des comportements et des mentalités évoluent dans l’organisation : notre valeur à l’intérieur de cette organisation dépend de notre capacité à partager avec d’autres les connaissances que nous avons. Il s’agit de pouvoir anticiper et comprendre ce dont l’autre a besoin. Le partage dépend de réseaux humains ainsi que de communautés de pratiques. Cette notion de réseau est indispensable pour comprendre la nouvelle économie. Nous devons apprendre à considérer les savoirs de chacun. La révolution culturelle que nous avons à effectuer dans nos organisations est donc très étendue.
Nous avons quitté une société industrielle qui vivait de façon mécaniste : les choses s’enclenchaient inexorablement les unes par rapport aux autres avec une grande rationalité et un sens de la hiérarchie. L’approche qui est maintenant d’actualité est beaucoup plus systémique, constructiviste. En effet, la réalité se construit en permanence grâce à l’inter relation qui existe entre les individus. Elle se conçoit de façon globale.
Je pourrais choquer en disant que nous ne devons plus nous placer dans une stratégie concurrentielle mais dans une stratégie de l’intention. Il ne suffit plus d’être attentifs aux besoins des clients : il faut être pro actif, c’est-à-dire devancer la dynamique économique et être innovant. Nous devons savoir faire preuve d’intelligence.
Le séminaire de Polytechnique que j’anime a pour but d’amener ces nouveaux concepts auprès des dirigeants.
Kim H. VELTMAN
Je voudrais vous faire part des différents défis qui se présentent à nous. Notre monde change si rapidement, qu’il devient de plus en plus difficile de comprendre tout ce qui se passe. Nous allons voir arriver des ordinateurs d’une puissance inimaginable. Nous avons connu les bibliothèques. Nous avons maintenant Internet. Si nous cherchons un thème sur Internet, nous allons obtenir pour ce même thème des versions très différentes. Nous devons donc maintenant trouver des moyens de différenciations, afin d’effectuer une recherche différenciée. Le grand défi qui s’offre à nous est de pouvoir réussir à effectuer des connexions entre les différentes connaissances. L’important est de savoir effectuer des distinctions. Nous avons besoin pour cela de métadonnées correspondant à une mémoire collective systématique. Nous devons réaliser des liaisons entre les bibliothèques et Internet, mais cela ne suffira pas.
Une information est traitée toujours différemment suivant les degrés de répercussions qu’elle connaît géographiquement. Cette information sera donnée en détail au niveau régional où elle s’est déroulée et au niveau mondial, elle ne pourra, au mieux, que rentrer dans des statistiques. Ce qui serait intéressant, ce serait de pouvoir connecter ces statistiques avec les détails. Nous devons pouvoir décloisonner les informations. Ceci nous montre que nous venons de juste de commencer à trouver des instruments technologiques performants. Nous sommes au début de tout.
Pour cela, nous avons essayé de créer une interopérabilité des contenus grâce à une dizaine de problèmes connectés à des centres d’excellences qui seront couplés avec les réseaux des musées, bibliothèques et archives.
Laura Garcia Vitoria
Nous allons pouvoir maintenant poser des questions concernant ces problèmes d’accès aux savoirs formels et historiques ainsi que les problèmes que cet accès peut poser en termes de méthodologie.
De la salle
Je suis très sensible aux problèmes d’espace et de granularité du temps. Les missions d’intelligence économique que j’anime m’ont souvent confronté à des difficultés de recherche de l’information. Lorsque j’effectue une recherche sur une information ou sur un secteur d’activité, cela passe autant par les bases de données mondiales qua par la presse locale. La connaissance prend son sens une fois que l’on est capable de choisir la bonne granularité.
Nous pouvons nous demander si nous devons entrer dans des démarches de dictionnaires, ou si nous devons plutôt considérer l’information comme étant une matière première. Le rapport que nous avons aux mots peut être considéré comme étant nécessaire à notre rapport à la connaissance. Nous pouvons également penser que nous pouvons nous en abstraire.
Kim H. VELTMAN
Cela dépend de la recherche dont nous avons besoin. Il nous faut différentes méthodes pour réussir à comprendre.
De la salle
Vous avez parlé de métadonnées. Que recherchez-vous à travers elles ? Souhaitez-vous pouvoir décomposer l’information, ou bien effectuer des transformations ?
Kim H. VELTMAN
Nous avons besoin des deux approches.
Jean-Marc BLANCHERIE
Le sens des mots est extrêmement important. Nous avons encore besoin de trouver un vocabulaire commun qui nous permette d’effectuer de véritables analyses. Les mots sont premiers dans le domaine de l’économie de la connaissance. Tous les processus humains passent par le langage.
De la salle
Les concepts changent suivant les langues. Des mots recouvrent donc des réalités très différentes.
Jean-Marc BLANCHERIE
Cela montre le danger qui existe dans un éclatement de différentes communautés internationales.
Philippe VACHEYROUT
Je voudrais vous faire-part de mon expérience à ce sujet.
Il y a plusieurs années, on m’a demandé d’effectuer une recherche documentaire pour le service juridique de la CNAMTS. J’ai donc essayé de construire un système pertinent qui ressemble à ce que nous connaissons maintenant avec l’Intranet. Le plus simple était de reproduire la démarche de quelqu’un qui cherche un document. La maîtrise d’ouvrage a donc décidé de suivre cette démarche.
En ce qui concerne l’architecture des données, nous avons déterminé trois types de documents :
Au départ, tous ces documents étaient dans un format standard. Ce sont devenus des documents HTML. Nous avons ensuite instauré plusieurs modes de recherche afin de bien respecter la démarche naturelle. Les personnes pouvaient alors effectuer leur recherche avec des mots. Les deux autres modes de recherche sont la recherche par thésaurus et par liens hypertexte. La démarche naturelle permet de trouver un document sans difficulté. Le Thésaurus était géré par une base de connaissance. Les utilisateurs pouvaient même ajouter un lien entre des documents, indépendamment de ceux qui étaient déjà gérés par le thésaurus. Les données étaient issues soit de base de données relationnelles, soit de Office. Elles étaient ensuite structurées selon leur type.
Le moteur d’indexation et de recherche va s’appuyer sur le thésaurus. Les recherches s’effectuent en fonction de la base de connaissances qui gère le thésaurus. L’organisation des données se fait par liens hypertextes. La connaissance se situe dans les liens. En effet, ce qu’apportent les nouvelles technologies, c’est la gestion des liens.
Je voudrais souligner l’importance du thésaurus dans cette gestion de la connaissance. Ce dictionnaire structuré qui gère les liens sémantiques de hiérarchie, de synonymie, de voisinage permet l’accès à la connaissance. Si le langage est difficile entre les personnes, c’est parce que chacun construit son propre thésaurus. La difficulté est donc de formaliser un problème à plusieurs, alors que chacun possède sa propre vision du problème.
Laura LOECHEL
Je vous remercie. Nous pouvons maintenant donner la parole à Monsieur Villemont.
Jacques VILLEMONT
Je voudrais vous présenter un programme intitulé “ L’Europe est mon village ”. L’objectif de ce programme est de créer un Intranet européen, voire mondial, pour les enfants. En effet, nous voudrions leur apprendre à travailler ensemble. Ce projet présente deux aspects : un aspect technique et un aspect pédagogique. Ce dernier aspect est bien sûr notre priorité. Toutefois, nous gardons encore nos informations confidentielles, régie par le code de la propriété intellectuelle.
Nous voulons inciter les enfants de 8 à 12 ans à découvrir l’Europe, son actualité, ses activités, ses habitudes, telles qu’elles sont vécues par ceux qui y vivent.
L’Intranet sera composé de différents CD-rom bénéficiant de programmes associés sur le web. Ils s’articuleront autour de plusieurs groupements de contenus choisis pour leur potentiel éducatif. Ils devront être en rapport avec l’enseignement dispensé aux enfants de cette tranche d’âge, les préoccupations et la vie quotidienne.
Ce projet consiste donc à mettre des enfants en réseau afin de les faire travailler ensemble sur toute une série de problématiques. Des bases de données vont être constituées, dans un premier temps pour l’espace francophone.
Nous avons commencé par regarder, plus globalement, de quelles manières l’accès à l’information était proposé dans le domaine de l’éducation. En effet, il est frappant de constater que les ouvrages destinés aux enfants fonctionnent tous selon la même idée : ne pas donner l’impression de faire sérieux et agir par stéréotypes. Il s’agit d’une volonté ludo éducative très marquée, qui plonge l’enfant dans une sorte d’irresponsabilité. Nous avons donc décidé d’agir à contre courant et de trouver des images qui valorisent l’enfant. Pour emmener ces enfants dans une grande aventure, nous nous devons de réussir à les prendre au sérieux.
Notre base de données est constituée d’images et de documents provenant du monde entier. Cette base de données permet de créer des scénarios incitatifs qui permettront aux enfants de travailler sur des sujets précis. Par exemple, un enfant du Groenland va vouloir construire un site sur les ours. Tous les enfants vont alors essayer de répondre à sa demande et mener une véritable enquête pour amener des documents originaux et de qualité. Les connaissances sont donc partagées entre les enfants.
Pour avoir accès aux documents, les enfants des écoles doivent apporter eux-mêmes quelque chose. Cela leur apprend à adopter une démarche citoyenne.
Laura LOECHEL
Voici un bon exemple d’apprentissage du partage des connaissances. Cette approche pédagogique est également celle de Claire Thomas, qui est professeur.
Claire THOMAS
J’enseigne la communication visuelle. Ma compétence principale s’exerce dans le domaine de l’imagerie haute définition pour les Musées de France. Nous sommes vivement intéressés par tous les outils de partage des connaissances qui permettent de mieux voir le patrimoine.
Je souhaiterais proposer aux Internautes d’effectuer une découverte intuitive d’une œuvre présente sur le web. Il s’agit de leur permettre de voir l’œuvre. Pour cela, il convient de mettre en place une architecture de l’image qui amène les visiteurs jusqu’à la matière même de l’image. En effet, la relation avec l’œuvre doit être une relation sensible. Le visiteur peut voir l’œuvre en détail.
Madame Thomas effectue la démonstration d’une image dont le visiteur peut voir les détails en cliquant sur telle ou telle partie de l’œuvre.
Une fois que cette technique d’approche sensible est mise en place, il devient possible de décliner un grand nombre d’informations en rapport direct ou indirect avec l’image.
Laura LOECHEL
Nous allons maintenant faire connaissance avec Keeboo, un nouvel outil de gestion des connaissances.
Karine VORMUS
La technologie de Keeboo est basée sur le partage et la communication. Or pour pouvoir communiquer, nous avons besoin d’informations. Keeboo permet donc de regrouper l’information provenant par exemple d’Internet dans une bibliothèque virtuelle. Les pages Internet qui nous intéressent sont capturées est placées dans un livre. De plus, les documents que nous recevons peuvent tous être lus par Keeboo, quelle que soit leur format.
Chaque document placé dans Keeboo peut être personnalisé. Nous pouvons y ajouter notre propre valeur ajoutée. Un index permet de rechercher les informations contenues dans le livre ou de rechercher une annotation.
Lorsque nous voulons envoyer un livre Keeboo à quelqu’un qui n’est pas équipé de Keeboo, il suffit de transformer de livre en web-book. Le livre peut être ajouté en pièce jointe à un mail. De plus, la bibliothèque que vous vous construisez peut être publiée sur votre site personnel.
Cette application est gratuite pour un usage non-professionnel. Nous devrions recevoir le label de l’Education Nationale et être déclaré d’intérêt pédagogique.
Laura LOECHEL
Je vous propose maintenant de découvrir un outil crée par un professeur de mathématiques pour ses élèves.
Jean-Yves CHASLE
En ce qui me concerne, je préfère toujours parler de compétences plutôt que de connaissances. J’essaye en effet de donner à mes élèves des compétences. Or il est très difficile de pouvoir mesurer si la compétence est acquise ou non. C’est la raison pour laquelle je dois rapidement mettre cette compétence en application.
En tant que professeur, l’ordinateur est mon plus grand ennemi, car il obéit à des règles qui ne sont pas celles que j’enseigne à mes élèves. Il ne permet pas de connaître qui est l’élève qui est en face de moi.
Mon but est de savoir comment le résultat d’un calcul a été trouvé par l’élève. En effet, il ne me paraît pas intéressant de se contenter de constater que le calcul est bien présenté et que le résultat est juste. Je ne peux savoir si la compétence est acquise que si je sais de quelles manières l’élève a trouvé le résultat.
J’ai donc élaboré un logiciel qui se présente sous la forme d’une tablette graphique sur laquelle l’élève écrit. Ce logiciel permet de visualiser la manière dont l’élève s’y prend pour travailler. De cette manière, je sais si l’élève a compris ou pas. Le logiciel garde en effet en mémoire tout ce qui est écrit et effacé. Le professeur peut donc suivre les différentes étapes de la construction du résultat. Le professeur n’a donc plus l’illusion que la compétence est acquise. L’intérêt est de savoir comment l’élève travaille.
Laura LOECHEL
Je tiens à préciser que Jean-Yves Chasle a été démarché par Microsoft, mais qu’il a refusé leur offre pour se mettre à la disposition de l’Education Nationale.
Grégoire BESNIERS
Je souhaiterais vous présenter un projet européen. Ce projet se situe particulièrement au niveau des Universités et des Grandes Ecoles. Notre objectif est de développer un système d’échange ouvert pour des unités de cours destiné aux universités européennes. Les professeurs pourront alors utiliser des unités de cours provenant de leurs collègues européens ou internationaux. L’enjeu est donc très important.
Certaines universités éprouvent de grandes difficultés à développer des cours qui ne relèvent pas de leurs compétences directes. Nous n’avons pas l’intention de créer un business model propre, mais plutôt d’accepter les business model de nos différents partenaires. Chaque école propose ses cours sous ses propres conditions.
Notre plate-forme intègre différents niveaux technologiques, des cours interactifs au simple échange de données. Notre consortium est composé de vingt partenaires. Nous devons réussir à obtenir un bon niveau de management du réseau, notamment en ce qui concerne les hauts débits et la propriété intellectuelle des cours.
Ce projet sera présenté le 10 avril en conférence de presse à Vienne.
Alexander HECHT
Je travaille à la télévision autrichienne. Je vais vous présenter un projet de partage des connaissances concernant les archives des télévisions. En effet, lorsque nous avons besoin d’images pour élaborer un journal télévisé, nous n’avons que des bases de données textuelles. Or un système basé sur du texte pose bien évidemment un problème de traduction.
Nous avons donc décidé de développer un logiciel capable de numériser des séquences vidéo et d’en extraire ensuite des images clés. Le nombre d’images clés produites pour un document dépend du type de ce document. Si celui-ci est très riche, il faudra beaucoup d’images. Si le document est statique (comme une interview), il n’existera qu’une ou deux images. Les chaînes de télévision pourront donc plus facilement trouve le document qu’elles recherchent.
De plus, l’accès aux images vidéo se fera d’une manière non linéaire. La recherche se fait beaucoup plus facilement. L’accès sera d’ailleurs extrêmement rapide. Notre but a été de minimiser les frais inhérents à cette recherche, de créer une application utilisable par tous, et de privilégier les documents qui étaient les plus réutilisés (comme les images des actualités).
Les informations de l’ancienne base de données sont combinées avec les images clés. Nous disposons de 1 950 heures qui ont été traitées ce qui représente plus de 70 000 pages HTML. Toutefois, le volume représenté par ces informations reste faible parce que les documents sont compressés.
Laura LOECHEL
Je propose que nous prenions le temps de poser des questions.
De la salle
J’aimerais savoir de quelles manières votre interface fonctionne.
Jean-Yves CHASLE
Il s’agit d’un système qui permet aux enseignants de créer des contenus comme ils le font en classe. Une fois que l’enseignant passe à une cession de travail, qui s’effectue sur le cahier, il peut observer en temps réel tout ce qui se produit. On s’aperçoit qu’un même cours peut être décliné de manières tout à fait différentes. L’enseignant voit ce que l’élève pense.
De la salle
Votre logiciel comporte-t-il un historique qui vous permette de revenir sur un point précis qui vous aurait semblé intéressant?
Jean-Yves CHASLE
Oui, d’autant plus que je dois gérer une classe entière. Ce que je viens d’observer serait alors perdu à la seconde où j’aurais commencé à observer autre chose. Un historique est donc présent qui permet à l’enseignant de synthétiser ses observations. Ceci est très important puisque mon objectif est d’effectuer un apprentissage différencié et très individualisé. J’essaie de mettre la responsabilité de l’enseignant en face du contenu qui est enseigné.
Le produit est actuellement en train d’être perfectionné sous Linux afin d’être très puissant.
De la salle
Je voudrais demander à Monsieur Chasle si son système peut fonctionner avec n’importe quel professeur.
Jean-Yves CHASLE
On continue bien trop souvent à mettre l’enseignant entre l’enfant et le savoir. Mon système consiste à mettre l’enseignant derrière l’enfant pour le pousser à aller vers le savoir. Je crois qu’il est très utile de redonner sa valeur aux erreurs. La pédagogie de l’erreur est très importante. Elle est effectivement absente des entreprises.
De la salle
Nous avons peu parlé des entreprises. Je travaille chez Siemens qui vient d’établir un programme de formation managèriale pour apprendre aux cadres à travailler par projets. Ces projets, liés aux nouvelles technologies, permettent un véritable partage des connaissances. Cette pratique est très motivante et se révèle très utile pour acquérir de nouvelles compétences.
Jean-Marc BLANCHERIE
Je pense effectivement que le monde des entreprises crée plus de connaissances que le monde de l’éducation. Elles favorisent l’échange créatif. La pensée doit précéder l’utilisation des outils.
De la salle
Vous avez dit que les problèmes techniques étant résolus, l’échange est avant tout une question de volonté. Que pensez-vous qu’il existe comme freins à ce sujet ?
Jean-Marc BLANCHERIE
Nous n’avons pas formé les personnes à se servir des outils. Il existe un grand retard quant à l’utilisation des technologies. Le vrai problème n’est pas celui des technologies mais de l’usage. De même, les dirigeants des entreprises n’ont pas encore intériorisé cette usage.
Laura LOECHEL
Nous ne pouvons pas atteindre la perfection, mais nous devons aller vers cette perfection.
De la salle
Je suis convaincue qu’il faut redonner son importance à l’humain. C’est la vision de chacun de nous qui permet de transformer des informations en connaissance.
Claire THOMAS
C’est la raison pour laquelle il faut donner à l’humain du temps pour apprendre.
De la salle
Etant donné que la valeur marchande d’un individu, dans une entreprise, repose sur son capital intellectuel, quel intérêt cet individu a-t-il à partager ses connaissances ?
L’intérêt pour que ce partage soit organisé est qu’il permette aux individus de retirer à leur tour de la connaissance. En organisant du partage, on crée de la connaissance.
Philippe VACHEYROUT
A la CNAMTS, toutes les informations qui ne sont pas confidentielles sont désormais diffusés à tout le personnel.
De la salle
Si un individu ne veut pas partager son savoir, c’est souvent pour la même raison qui fait que certaines entreprises ne veulent pas partager leurs connaissances. Certaines le distribue, d’autres le gardent pour leurs élites.
De la salle
Il existe des personnes qui ont peur de se mettre en situation de fragilité parce qu’elles auront diffusé leur savoir.
De la salle
Chez Siemens, nous travaillons par projets, et donc par équipes. La connaissance se partage d’elle-même.
De la salle
Nous avons dit tout à l’heure que la connaissance n’était pas de l’information. La note que je peux rédiger sur l’Intranet ne remplacera jamais l’intervention orale qui positionnera ce que j’ai à dire dans le vécu de l’équipe. La mise en réseau de l’information ne peut donc pas tuer le rôle du manager.
De la salle
Je crois qu’il est important de dire que la connaissance n’est pas incarnée par des individus, mais par des organisations. L’Humanité doit donc commencer à prendre en compte le rôle de la collectivité.
Laura LOECHEL
Je propose maintenant à chacun des intervenants de prendre la parole chacun leur tour en guise de conclusion. Le défi de la gestion des connaissances est que nous avons tous à devenir des entrepreneurs d’un nouveau genre. Nous sommes un jour professeur, un jour élève, le lendemain animateur, manager, créateur.
Kim H. VELTMAN
C’est un véritable défi que d’apprendre à partager sérieusement les connaissances.
Jean-Marc BLANCHERIE
Nous ne savons pas de quoi l’avenir est fait parce que des systèmes extrêmement contradictoires continuent de coexister. Il reste toutefois très intéressant de tenter l’aventure du partage des connaissances.
Jean-Yves CHASLE
En conclusion, je voudrais vous signaler l’existence de la licence GPL qui permet d’utiliser les connaissances protégées par cette licence et de les enrichir. Mes travaux sont d’ailleurs sous GPL.
Philippe VACHEYROUT
Nous pouvons maintenant matérialiser la connaissance grâce aux nouveaux outils dont nous disposons.
Claire THOMAS
Les nouvelles technologies nous condamnent à ne plus être propriétaires de nos connaissances. Cette notion de propriété est en train de disparaître.
Grégoire BESNIER
L’objectif de la plate-forme que nous souhaitons créer est justement de pouvoir identifier les experts au niveau international qui seront capables de nous aider à nous former.
Laura LOECHEL
Je vous remercie pour la qualité de vos interventions.